Technique d’expertise suite à un incendie (RCCI) : introduction à la méthode de recherche des causes d’incendie. Complément de notre dossier en tronc commun.
Comment analyser un bâtiment après un incendie ? Quelles traces permettent de localiser le départ du feu ? Comment distinguer les dommages causés par l’incendie des indices révélateurs de son origine ?
La Recherche des Causes et Circonstances d’Incendie (RCCI) repose sur une démarche scientifique qui associe l’observation des lieux, la compréhension des phénomènes thermiques, la connaissance des matériaux et l’analyse des installations techniques.
Pour l’expert en bâtiment, cette discipline représente un domaine particulièrement exigeant. Elle impose de comprendre non seulement les mécanismes de l’incendie, mais également le comportement des ouvrages soumis à des sollicitations thermiques parfois considérables. Dans ce premier volet de nos Cahiers de l’expertise, nous allons aborder les fondamentaux de la méthode en recherche de causes, en privilégiant les investigations techniques réalisées dans les bâtiments.
Notre objectif n’est pas de traiter les enquêtes criminelles, mais de comprendre comment les investigations scientifiques permettent d’établir des hypothèses fiables sur l’origine et le développement d’un incendie afin de mener une expertise cohérente.
Pour commencer : nous avons déjà consacré un dossier général à la (lien plus haut). Le présent article en constitue un prolongement méthodologique.
Comprendre le feu avant de rechercher son origine
Avant même de rechercher un point de départ, l’expert doit comprendre les phénomènes physiques qui gouvernent le développement d’un incendie.
La combustion est une réaction chimique exothermique entre un combustible et un comburant, généralement l’oxygène de l’air, déclenchée dans des conditions favorables.
Le traditionnel triangle du feu repose sur trois éléments :
- Un combustible : bois, plastique, textile, isolant ou autre matériau susceptible de brûler.
- Un comburant : principalement l’oxygène présent dans l’air.
- Une énergie d’activation : source thermique ou électrique susceptible de déclencher la combustion.
On complète souvent ce modèle par le tétraèdre du feu, qui intègre la réaction chimique en chaîne entretenant la combustion. Pour l’expert RCCI, cette représentation constitue un point de départ. Elle ne suffit cependant pas à expliquer les phénomènes complexes observés dans un bâtiment incendié.
Les trois modes de transfert thermique
La propagation d’un incendie résulte notamment de trois mécanismes.
La conduction correspond à la transmission de chaleur au sein d’un matériau ou entre deux matériaux en contact. Une pièce métallique chauffée à une extrémité peut ainsi transmettre de l’énergie thermique à une autre partie de l’ouvrage. Nous reviendrons sur ce sujet notamment lors des cas de « matelas » de combustion crées par la double isolation en combles.
La convection désigne le transport de chaleur par le déplacement des fluides, notamment des gaz chauds. Dans un bâtiment, ces mouvements peuvent contribuer à la propagation de l’incendie dans les cages d’escalier, les gaines techniques ou les volumes communiquant entre eux.
Le rayonnement permet le transfert d’énergie thermique sans contact direct. Un foyer peut ainsi provoquer l’échauffement, puis éventuellement l’inflammation d’un combustible situé à distance.
Ces trois phénomènes peuvent intervenir simultanément.
Pour l’expert, leur compréhension est essentielle : un matériau fortement dégradé n’est pas nécessairement situé à proximité du point de départ initial.
Les différentes phases de développement d’un incendie
L’incendie d’un local peut être décrit selon plusieurs phases, dont le déroulement dépend notamment de la charge combustible, de la géométrie des volumes et de la ventilation.
La phase de croissance
L’incendie se développe à partir d’une source d’inflammation et des premiers matériaux combustibles. Sa progression dépend de leur nature, de leur disposition et de l’apport en oxygène.
À ce stade, certaines traces thermiques peuvent encore présenter un intérêt pour la localisation de la zone d’origine.
L’embrasement généralisé éclair
L’embrasement généralisé éclair, ou « flashover », correspond à une transition rapide vers un incendie généralisé dans un compartiment.
Le rayonnement thermique et l’accumulation de gaz chauds peuvent conduire à l’inflammation de nombreuses surfaces combustibles. Cette phase peut considérablement compliquer l’interprétation des dommages.
En effet, après un embrasement généralisé, les traces initiales peuvent être masquées ou modifiées par le développement ultérieur de l’incendie.
La phase pleinement développée et le déclin
L’incendie peut atteindre une phase durant laquelle une grande partie des combustibles disponibles participe à la combustion. Son intensité dépend alors notamment de la quantité de combustible et de l’alimentation en air.
La diminution de la puissance thermique peut résulter de l’épuisement du combustible ou d’un apport insuffisant en oxygène.
Attention : un incendie limité par la ventilation peut présenter un risque important lors d’une modification brutale de l’apport d’air. Son comportement ne doit pas être assimilé à celui d’un feu simplement en voie d’extinction.
La première règle en recherche et cause : observer avant d’interpréter
L’une des principales difficultés de l’expertise incendie réside dans la tentation d’attribuer immédiatement une cause aux dommages observés. Un tableau électrique détruit, un appareil électroménager calciné ou une charpente fortement carbonisée peuvent naturellement attirer l’attention.
Mais aucun de ces constats ne démontre, à lui seul, que l’élément concerné est à l’origine du sinistre.
Il faut distinguer trois notions fondamentales :
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