Ferme arcachonnaise : Synthèse technique basée sur les principes de charpente traditionnelle et les spécificités architecturales du style arcachonnais. Définition et modèles.
La ferme arcachonnaise en charpente traditionnelle
Typologie, structure et principes techniques.
Contexte architectural et historique
La ferme arcachonnaise est un élément caractéristique de l’architecture balnéaire du Bassin d’Arcachon, notamment dans les villas de la Ville d’Hiver (fin XIXᵉ – début XXᵉ siècle).
Elle se distingue par :
- une charpente traditionnelle apparente,
- des éléments cintrés et décoratifs,
- des contrefiches travaillées,
- une recherche d’esthétique autant que de fonction structurelle.
Dans les maisons arcachonnaises, la charpente est un élément architectural visible, avec des fermes et consoles apparentes participant au style régional.
Définition générale de la ferme
Ci-dessus : Détail de réalisation d’une ferme Arcachonnaise réalisée par l’entreprise CHAUSSON CHARPENTE.
En charpente, une ferme est un assemblage triangulé de pièces de bois destiné à :
- porter la couverture,
- transmettre les charges aux murs porteurs,
- stabiliser la structure du toit.
Une ferme classique comprend généralement :
- un entrait : pièce horizontale inférieure travaillant en traction et empêchant l’écartement des murs,
- deux arbalétriers : pièces inclinées supportant les pannes et travaillant en compression,
- un poinçon : pièce verticale centrale,
- des contrefiches : pièces obliques de renfort.
Spécificités de la ferme arcachonnaise
La ferme arcachonnaise n’est pas une typologie structurale normalisée comme la ferme latine ou la ferme à la Palladio.
Il s’agit plutôt d’une variante décorative d’une ferme traditionnelle, adaptée à l’architecture régionale.
Ses particularités sont assez singulières. Passons les en revue :
Arbalétriers cintrés
- Arbalétriers ou liens de ferme légèrement courbes.
- Aspect plus léger et décoratif que la ferme droite classique.
- Souvent visibles depuis les combles ou sous les débords de toiture.
Contrefiches travaillées
- Contrefiches profilées ou cintrées.
- Assemblages décoratifs, parfois moulurés.
- Rôle structurel et esthétique.
Entrait apparent
- Souvent visible dans les pièces principales ou les auvents.
- Peut être droit ou légèrement décoré.
Consoles et éléments d’avant-toit
- Consoles apparentes sous les débords de toiture.
- Participation à l’identité visuelle des villas arcachonnaises.
Composition structurelle type
Une ferme arcachonnaise standard peut être décrite comme une ferme triangulée traditionnelle, à laquelle s’ajoutent des éléments décoratifs.
Fonctionnement mécanique
La ferme arcachonnaise suit les mêmes principes mécaniques que les fermes traditionnelles.
Répartition des efforts :
Les charges verticales (poids de couverture, neige, vent) sont reprises par :
- les pannes,
- les arbalétriers.
Les arbalétriers travaillent principalement :
- en compression,
- Parfois en flexion selon la portée.
L’entrait :
- travaille en traction,
- empêche l’écartement des murs.
Les contrefiches :
- réduisent la portée des arbalétriers,
- limitent les déformations.
Dimensions et proportions usuelles
Les sections varient selon :
- la portée,
- la pente,
- la couverture.
Exemple de charges pour une ferme traditionnelle :
- bois de ferme : environ 20 kg/m²,
- pannes et chevrons : environ 15 kg/m²,
- couverture : environ 50 kg/m²,
- surcharge climatique : environ 50 kg/m²,
- charge totale : environ 180 kg/m².
Ces valeurs servent de base pour le dimensionnement.
Essences de bois utilisées
Historiquement, dans le Bassin d’Arcachon :
- pin maritime local, utilisé pour les structures traditionnelles.
Aujourd’hui :
- sapin ou épicéa de charpente,
- douglas,
- parfois chêne pour éléments apparents.
Assemblages traditionnels
Les fermes arcachonnaises sont généralement réalisées avec :
- tenons-mortaises chevillés,
- embrèvements,
- moisage pour les entraits ou poinçons.
- Échantignoles
Lire notre dossier sur l’entrait retroussé moisé.
La charpente traditionnelle du bassin repose sur des assemblages bois à bois, souvent réalisés à la main, selon un savoir-faire transmis historiquement.
Pentes et formes de toiture associées
Les maisons arcachonnaises présentent généralement :
- des toitures à 2 ou 4 pans,
- couverture en tuiles canal ou mécaniques,
- pentes modérées à fortes.
La charpente traditionnelle avec fermes apparentes est un marqueur stylistique important de ces habitations.
Rôle esthétique et patrimonial
La ferme arcachonnaise a une double fonction :
Fonction structurelle
- Port de la toiture.
- Stabilité de la charpente.
Fonction décorative
- Élément architectural visible.
- Signature visuelle des villas balnéaires.
- Mise en valeur des façades et des avant-toits.
Variantes courantes
On distingue plusieurs variantes selon les projets :
Ferme décorative d’avant-toit
- Petite ferme apparente.
- Principalement esthétique.
Ferme principale cintrée
- Structure porteuse complète.
- Utilisée dans les pièces de réception.
Ferme à entrait retroussé
- Pour dégager du volume sous combles.
- Adaptée aux villas avec grands espaces intérieurs.
Comparaison avec une ferme traditionnelle standard
| Caractéristique | Ferme traditionnelle | Ferme arcachonnaise |
|---|---|---|
| Géométrie | Triangulaire droite | Triangulaire avec pièces cintrées |
| Fonction | Structurelle | Structurelle + décorative |
| Assemblages | Tenon-mortaise | Tenon-mortaise, souvent apparents |
| Essence historique | Chêne, sapin | Pin maritime |
| Visibilité | Souvent cachée | Souvent apparente |
Dimensionnement moderne
Aujourd’hui, le dimensionnement se fait selon :
- l’Eurocode 5 pour les structures bois,
- Les charges climatiques locales,
- La nature de la couverture.
Les arbalétriers et entraits sont dimensionnés pour reprendre les efforts de compression et traction, conformément aux normes structurelles en vigueur.
Approche “compagnon” de la ferme arcachonnaise
Pour le charpentier, la ferme arcachonnaise n’est pas seulement une structure de toiture : c’est une pièce d’ouvrage qui demande autant de soin dans le trait que dans l’esthétique. Contrairement à une ferme purement utilitaire, chaque pièce est visible, jugée à l’œil avant même d’être jugée à la résistance. Le travail commence donc au tracé d’épure, où l’on met en place les axes, les pentes et les proportions générales. Les arbalétriers, souvent cintrés ou allégés par des profils adoucis, doivent conserver une ligne fluide et régulière, sans cassure ni déséquilibre visuel. Les contrefiches, elles, sont placées non seulement pour soulager les efforts, mais aussi pour donner du rythme à la ferme : leur inclinaison, leur épaisseur et la position des assemblages participent à l’harmonie de l’ensemble.
Au débit, le choix du bois est essentiel. Traditionnellement, le pin maritime du pays était employé, mais quel que soit le bois, le compagnon recherche des pièces saines, droites de fil, sans défauts majeurs, surtout pour les éléments apparents. Les assemblages se font dans la tradition : tenons-mortaises ajustés au maillet, épaulements francs, et chevilles tirantes pour mettre la ferme en tension. Rien n’est laissé au hasard, car une ferme visible doit être propre sous tous les angles : arêtes cassées légèrement au rabot, surfaces dressées, proportions équilibrées.
Au levage, la ferme arcachonnaise se comporte comme toute ferme triangulée, mais elle demande une attention particulière pour ne pas marquer ou déformer les parties cintrées et décoratives. Une fois en place, elle devient un élément d’architecture à part entière. Pour le compagnon, c’est un ouvrage où se mêlent science du trait, justesse des assemblages et sens du beau, dans l’esprit des charpentes traditionnelles où la structure et l’ornement ne font qu’un.
Conclusion
La ferme arcachonnaise est une adaptation régionale de la ferme traditionnelle, combinant :
- efficacité structurelle,
- savoir-faire charpentier,
- forte dimension esthétique.
Elle constitue un élément emblématique du patrimoine architectural du Bassin d’Arcachon, où la charpente n’est pas seulement un ouvrage technique, mais aussi un élément de composition architecturale.





