Vente frauduleuse : Drôme (26) et Ardèche (07), nous assistons à une explosion de la vente de prestations abusives en accessoires de toiture ! Protégez vous en ayant les bons réflexes lors d’un démarchage à domicile, et plus particulièrement pour vos toitures. Depuis quelques mois, dans les départements 26 et 07, le nombre de plaintes de particuliers augmente sensiblement et pour cause : Les crochets de tuiles en vente organisée, c’est la nouvelle mode à la une, au détriment du respect de la forme et du droit.
Avant propos : Les crochets de tuiles oui, l’absence de devis, non
Avant tout il s’agit de poser le contexte. A la rédaction, nous ne sommes absolument pas contre la vente d’une prestation pour la pose de crochets de tuiles, c’est un acte technique tout à fait honorable. Pendant longtemps nous attachions les tuiles avec un simple fil de fer, lors de la pose de ces dernières, puis des marques renommées comme Sika ont démocratisé les points de colles, méthode tout aussi fiable et pérenne. Autrement dit, crochet ou colle le procédé est évidemment à prescrire dans de nombreux cas : C’est bon pour nos toitures ! Évitons que nos tuiles s’envolent aux vents !
En revanche, nous écartons les grandes vagues de prospection de certaines entreprises qui culpabilisent le client, dénigrent les couvreurs, et font de la peur du sinistre un levier pour une vente « à l’arrachée ».
Enquête :
La rédaction est sollicitée par une assurée, hors sinistre, et fait appel à nos services d’expertise pro bono. C’est dans ce cadre précis que nous soulevons un vaste réseau de vente de prestation abusive, largement discutable et pénalement répréhensible. Rien ne va sur la forme, ni sur le fond.
Votre toiture est en danger ? Vite, posez des crochets de tuiles !
Très grossièrement, voilà le discours qui est proposé à notre assurée lorsque deux charmants jeunes hommes viennent l’alerter par un beau matin.
« Votre toiture est à risque », vous devriez urgemment faire poser des crochets de tuiles.
Alors oui, les crochets de tuiles sont utiles. En aucun cas la rédaction du magazine ne vous dira l’inverse. Cependant, la grande mode est à l’urgence des crochets, alors même que les maisons concernées ont été construites il y a 30 ans. La cible : Les lotissement des années 2000 et plus (moins en années). Car ces derniers ont souvent des couvertures en tuile RED Land, dont nous savons qu’elles sont rarement crochetées (il y a une raison à cela).
Alors même que les clients(e)s ne se posent pas la nécessaire question : Mais quand est-ce que mes tuiles se sont envolées depuis 30 ans ? Question légitime et dont la réponse est évidemment « jamais », voilà que le premier des deux charmants jeunes hommes est déjà dans les combles, et qu’il œuvre à faire un semblant de diagnostic ! Il marche dans les combles, sans y être invité.
Crochet de tuile : Le faux diagnostic
Pendant que le premier jeune homme, propre sur lui et dont le métier n’est clairement pas celui de couvreur, vous énumère les nombreux risques qui résultent de votre couverture en tuile, dont le dégât des eaux, voici que le second est déjà dans les combles.
Ce comportement est notoirement préjudiciable car nul ne doit monter dans les combles d’une habitation sans y avoir été préalablement invité :
Autrement dit en cas de sinistre, et non en prévention d’un éventuel sinistre. Notez bien ceci.
Si vous mandatez un couvreur pour venir vérifier votre tuilage, alors oui, ce dernier peut monter dans les combles. Et d’ailleurs, une inspection de toiture se réalise par dessus, et non par dessous la couverture. Soit le couvreur grimpe, avec une échelle, soit il envoie un drone.
En revanche, en aucun cas des démarcheurs non sollicités ne peuvent y pénétrer : Ils génèrent de fait une responsabilité ! La leur.
Voilà donc que notre homme redescend des combles desquels il n’était nullement invité ni habilité à en faire le diagnostic, et que ce dernier est formel : La toiture est à risque !
Ce diagnostic à l’emporte pièce est triste de médiocrité, pour nous autres qui sommes des hommes de l’art, cependant la cliente le croit. De fait, il ne s’agit plus qu’à sortir un bon de commande, évaluer grossièrement un prix « à la volée » puis jouer sur la crainte de la cliente pour signer un document qui ne vaut pas devis, et nous y reviendrons plus bas.
NOTA : Seul un charpentier ou un couvreur de métier peut s’inviter sur votre toiture. Et ce dernier ne le fera généralement que si vous l’avez préalablement sollicité.
La RED Land : La pire candidate aux crochets de tuiles
Évidemment, nous sommes dans la Drôme, et cette couverture comme la grande majorité des toitures de presque tous les lotissements de 1990 à 2000, les tuiles sont en RED Land. Vous la connaissez bien cette tuile, celle là même qui s’emboîte au millimètre, qui ne laisse presque pas passer l’air (donc le vent), et qui pèse « un blinde » !!! Et oui, nous en avons tous posé des centaines voire des milliers de m2 dans nos carrières ! Et bien de fait, à contrario d’un tuile grand galbe de type Sainte Foy, la RED Land est sans aucun doute la tuile qui nécessite le moins des crochets de tuiles, parmi toutes ses autres consœurs.
Après de gros doutes sur la forme, voici que c’est le fond de l’argumentaire qui devient réellement abusif. Pente moyenne, RedLand, toiture peu exposée, et localisation en Drôme hors des couloirs de vent : L’argument commercial est sans fondement, du moins sans « urgence ».
Il s’agit bel et bien d’une vulgaire « arnaque » qui consiste à faire peur aux clients, puis leur apporter une solution quasi immédiatement : Un bon de commande !
Un bon de commande ne vaut pas devis, c’est illégal
Chez notre assurée, pas le temps de réfléchir. Il faut rapidement signer car l’offre est trop belle ! Oui, nos deux couvreurs en costume vous font bénéficier d’un prix hors concurrence car ils sont en « vente groupée » ! Autrement dit, ils vous forcent à croire qu’ils vont rénover toutes les toitures du quartier ! Ce qui est évidemment faux.
Cependant soyez vigilants. Dans notre cas de figure, notre assurée a signé un « bon de commande » et non un devis. Or dans le bâtiment, et plus particulièrement en termes de rénovation, il est interdit de faire signer un bon de commande sans un devis préalable. La manœuvre est donc illégale, et nos vendeurs le savent bien.
Un véritable homme de l’art vous proposera un devis avec plusieurs mentions (obligatoires) :
- Date du devis.
- Surface à traiter en m2. Etat de la couverture.
- Nombre de crochets de tuiles au m2.
- Méthodologie d’intervention, aménagements, etc.
- Accessoires au chantier (prévisible casse, remplacement, remaniement), nettoyage de chantier.
- Risque lors du passage en combles.
- Prix au m2, quantité des crochets, désignation du modèle.
- Etc.
Si vous faites intervenir un véritable couvreur, de métier, ce dernier vous surprendra avec un vrai devis et non un bon de commande, et le prix sera moindre. De fait, c’est son métier !
Dans le doute, c’est ce que nous avons fait, au détriment du dire d’expert qui s’est avéré juste, à quelques centimes près. Notre a priori était donc fondé.
Notre conseil
Dans tous les cas de figures, vous devez exiger un devis détaillé et ne jamais signer un bon de commande en direct. Ce comportement est répréhensible et la loi vous protège. Demandez un devis puis comparer avec un autre artisan. Vous pouvez également vérifier la solvabilité de l’artisan via sa renommée et les éventuels avis sur internet
Merci pour vos lectures et bon chantier.





