Il s’avère très difficile de statuer, en tant qu’expert, lorsque le sujet de l’expertise porte sur les maisons en containers maritimes. Le procédé constructif est jeune, il est très peu documenté, et nos experts s’y perdent. Victime de son succès, très largement vulgarisée, la maison container est sur toutes les vidéos tendances. De nombreux artisans viennent proposer leurs services. Dans cet univers fait de « tâtonnements » rares sont ceux qui œuvrent dans le respect strict de l’art.
Depuis que nous avons investi le sujet, au sein de la rédaction, avec des chantiers « école » et une analyse stricte du système constructif, nous avons de fait de nombreuses demandes d’expertise. Cela tombe bien, car le directeur de la rédaction est fortuitement un expert du bâtiment.
Expertise maison container : Des dossiers en hausse
Ça ne fait plaisir à personne.
Les dossiers concernant l’expertise des maisons containers vont grandissant. Jusque là très marginaux, les désordres sur les maisons containers se multiplient et raison en est :
- Le procédé est récent, et peu ou pas encadré.
- Les principaux prescripteurs du procédés sont autoconstructeurs ou influenceurs.
- La documentation technique est inexistante.
- Les règles de l’art sont floues sur le procédé et les hommes de l’art doivent « composer » à taton.
Depuis une petite année, pendant laquelle la rédaction du magazine s’est penchée sur le sujet, seul média qui suit ce domaine par ailleurs, les dossiers se multiplient.
Nous étudions le système constructif de la maison container, avec le prisme des experts, de fait nous récoltons les multiples doléances des clients finaux.
Par honnêteté intellectuelle, et par devoir juridique, nous devons établir un cadre normatif sur ce procédé, afin que tous soient gagnants, professionnels comme clients. Ce sont près de 7 dossiers en cours que nous avons accepté de gérer alors certes, c’est peu, mais au vu de la marginalité du système constructif c’est déjà beaucoup trop.
La DO absente des ouvrages
Nous avons déjà très largement évoqué les sujets des décennales et de la DO : Dommages-ouvrage.
Cette dernière, la DO, est totalement absente du segment en ce qui concerne les maisons container, ce qui est (selon la rédaction) un véritable dilemme. En théorie, tout contrat de construction devrait être couvert par la DO, or pour ce qui est des maisons containers, il n’en est rien. Nous devons donc, très factuellement, œuvrer dans l’élaboration d’une DO dédiée aux maisons containers. Nous comptons sur Etik Assurance pour nous épauler dans cette directive qui devient, très clairement, urgente.
Dans ce but, nous créons un groupement corporatif, la FFCAC ( Fédération Française des Constructeurs et Aménageurs de Containers) afin de travailler sur des solutions viables et pérennes en termes de technique, de qualité, de nomenclature, et de viabilité du procédé. Seulement après ce travail de recueil d’informations, de calcul de structure, de mise en conformité, de validation par nos pairs, nous pourrons offrir au client final la garantie du parfait achèvement.
Expertise construction : De larges lacunes tous corps d’états
Force est de le constater, l’expertise DO & Construction est malmenée depuis quelques années. Nous le voyons chaque jour sur le terrain, nos confrères experts sont très souvent perdus dans les dossiers, faute de maîtrise des métiers du bâtiment. Un bon ingénieur n’est pas nécessairement un bon expert, et un bon expert n’est pas nécessairement un ingénieur. Ce juste milieu, qui caractérisait les métiers de l’expertise, est en passe de perdition. Peu d’experts réellement qualifiés pour traiter une construction, alors même que c’est ce que nous exigeons d’eux avant tout. Ce segment est un métier à part entière : Le « CRAC ».
De fait, alors que nous maîtrisons (en théorie) la maçonnerie, la charpente, l’électricité (3 principaux états de sinistralité) nous nous retrouvons dorénavant avec un système constructif que personne ne connait ni ne maîtrise : le container ! Ce cas est plus parlant encore pour d’autres systèmes constructifs tels que l’ossature bois.
Il faut composer avec, car de toute évidence le procédé gagne du terrain et sera sans aucun doute le mode de construction, en tout ou partie, de la décennie à venir. Faire sans, c’est nous rendre incapables de donner un dire d’expert fiable et tangible dans les quelques années à venir. Nous serons donc au pied du mur, incapables de statuer.
Peu de compétences, y compris chez nos pairs
Les systèmes constructifs évoluent, doucement pour certains, ou par pallier pour d’autres. Être bon partout et tout le temps, c’est évidemment impossible même pour un expert du bâtiment. La technique évolue, les systèmes constructifs deviennent de plus en plus pointus, Calculer un élancement ou une flèche, connaître les normes NF C15100 sur le bout des doigts, investiguer, déceler la malfaçon, se former aux nouveaux désordres (RGA, fissurations, etc.) : C’est un travail colossal, même pour un expert issu du bâtiment.
Or, nous le savons dorénavant, les experts issus du terrain ou des cursus d’ingénierie structure sont de moins en moins nombreux. Notre rôle, au delà de les former sur les désordres les plus évidents, est également de les former au jour le jour, sur les nouvelles tendances. Tendances qui prennent le pas, de plus en plus, sur les DTU et autres normes en vigueur. Notre devoir est d’être expert y compris sur des sujets novateurs comme l’ossature bois (30 ans tout de même) et plus particulièrement les maisons modulaires comme la maison container, les tiny houses, ou autres.
Rehausser le niveau et qualifier l’exercice : La maison container doit être encadrée
La maison container, ou plus généralement la construction en conteneurs maritimes, doit être encadrée. Nous devons agir sur deux axes : Informer et documenter, puis instruire.
Le but principal est d’éviter un effet rebond très largement prévisible : L’interdiction pure et simple du procédé en raison d’un ratio malfaçons/désordre/parfait achèvement trop important.
De ce point de vue, il s’agit avant tout de collecter les informations disponibles (chantiers déjà réalisés), de compulser les études techniques (trop rares pour le moment) et de définir un état des lieux des désordres identifiés, prévisibles ou non, et de les consigner. Ce travail sera bénéfique à la fois pour l’acteur (artisan, société d’aménagement, constructeur) que pour le client final (particulier ou professionnel).
C’est à cette condition unique que les assureurs accepteront de garantir le risque.

