Aujourd’hui, ce qui nous intéresse, c’est une idée qui revient particulièrement souvent je trouve, peut-être même un peu trop souvent dans les discussions et sur les réseaux : Dans un logement, faut-il isoler le sol ou non ?
« Alors, peut-être que ma réponse va vous surprendre, mais je dirai non. Il ne faut pas isoler la dalle. » Nous affirme un architecte dans une de ses vidéos. Vient le tour d’un célèbre habitologue, de nous expliquer que : « Il ne faudrait pas isoler nos sols. Or nous isolons nos sols. »
Si le raisonnement de fond de ces Youtubeurs n’est pas totalement dépourvu de bon sens, la réalité quant à elle nous prouve que ces affirmations sont très largement fausses. Cela va à l’encontre du bon sens, mais cela va surtout aiguiller les rénovateurs sur des solutions techniquement dangereuses, pour leur confort. Il est important de revenir à la réalité en matière d’isolation, certainement le plus grand défi de ce siècle. Ecartons les bavards en manque de buzz, et faisons le point.
La question est donc posée : Qui a raison ? Et doit-on oui ou non, isoler ses sols dans un logement ?
Faut-il isoler le sol d’une maison ?
On entend souvent dire que la température du sol est de 12 à 13 °C à 1,50 m de profondeur, été comme hiver. Du moins ce sont les affirmations de ce célèbre habitologue qui estime qu’isoler son sol dans un logement est une erreur. À partir de cette affirmation, certains en concluent que, dans une maison peu isolée, le sol serait naturellement à 12 ou 13 °C et qu’il ne serait donc pas nécessaire d’isoler la dalle. C’est évidement faux, et cette affirmation, au mieux rigolote, va pourtant faire germer une idée dangereuse dans la tête des gens : Isoler son sol ne servirait à rien, et pire, serait contre-productif !
Pourtant, cette affirmation mérite d’être nuancée. Je vais m’employer à débunker ce courant narratif, tant il est une hérésie intellectuelle et technique.
Le sol n’est pas uniformément à 12 ou 13 °C
Dire que « le sol est à 12 ou 13 °C » n’a pas vraiment de sens. Cette température dépend de nombreux paramètres :
- la région
- l’ensoleillement
- la nature et la densité du terrain
- l’humidité du sol
- la profondeur considérée.
Ci-dessus : La température du sol en Juillet 2026, au jour de l’écriture de cet article, en période de canicule, est de 23.3° à 50 cm et de 19.90° à 1.5 mètres de profondeur. Cette donnée ne varie guère selon si le bâtiment est sur l’emprise de la terre ou non.
Les professionnels de la géothermie expliquent d’ailleurs que la température stable du sous-sol est souvent atteinte vers 2 à 2,50 mètres, et non pas à 1,50 m. Il est donc préférable de s’appuyer sur des données techniques plutôt que sur des affirmations simplifiées et vulgarisées à l’extrême. Ce principe, bien connu, est le principe du puits canadien que nous avons évoqué dans un précédent article. Cette hypothèse peut donc paraître juste pour le client soucieux de bien faire les choses.
Mais voilà, c’est un biais cognitif.
Moyen de réflexion par analogie : La notion de hors-gel
Dans le bâtiment, une notion essentielle est celle du hors-gel.
Les fondations sont généralement confinées entre 50 et 80 cm (voire davantage selon les régions) afin d’être protégées du gel. Cela signifie simplement qu’à cette profondeur, le terrain ne gèle plus. Autrement dit, tout ce qui est au-dessus de ce seuil est soumis au gel. L’affirmation des habitologues selon laquelle le sol est à 12° est donc fausse, par simple déduction en première approche. Cela ne veut absolument pas dire que le sol situé sous une dalle va geler, mais non plus qu’il est constamment à 12 ou 13 °C. Il s’agit là d’une grande incompétence de savoir, qui confine au délit de conseil. Rappelons nous que dans le bâtiment, tous les intervenants ont un « devoir de conseil ».
Confondre ces deux notions est une erreur.
Les habitologues habiles utilisent ce levier pour tromper le client dans son appréciation du chantier. La raison est simple : Isoler le sol demeure le geste le plus difficile en rénovation, alors autant éluder le problème. Cependant, ce sont ces mêmes intervenant qui quelques mois plus tard vous vendront les mérites d’une bonne isolation du sol, et notamment en hiver. Bref, c’est du fake.
Les études sérieuses, fondées, et consensuelles sont nombreuses. Elles concernent notamment les professionnels de la géothermie, principaux intéressés. Soyons serieux, et évitons de consulter des YouTubeurs quant nous avons, à disposions, des résultats de travaux réels et concrets qui émanent d’ingénieurs.
Se référer à l’outil de dimensionnement en géothermie sur le site du BRGM. (site officiel).
Faut-il isoler le sol ?
La réponse est oui. Dans tous les cas !
Contrairement à ces vidéos diffusées sur Internet, l’isolation du sol reste une excellente pratique en construction, TOUT COMME EN RENOVATION. Elle améliore considérablement le confort en hiver en limitant les pertes de chaleur. En revanche, prétendre qu’elle pénalise fortement le confort d’été parce qu’elle empêcherait de profiter d’un hypothétique « réservoir de fraîcheur » situé sous la maison est beaucoup plus discutable. Du moins sur une maison qui ne dispose pas d’une véritable cave, au sens strict.
Cette assertion est donc fausse par incrédulité, ou incompétence, mais souvent par malveillance. Pour rappel, le métier d’habitologue n’existe pas, c’est une simple mouvance dont nous connaissons parfaitement les gurus. Si vous souhaitez avoir un avis formel et indiscutable, faîtes appel à un bureau d’étude thermique, dont les intervenant sont ingénieurs, et non fantaisistes.
Cette notion nouvelle, qui fait polémique, ne sert uniquement qu’à apporter de l’eau au moulin des non sachants que sont les habitologues, afin de justifier leur prestation.
Les solutions d’isolation
La technique la plus répandue consiste à poser des panneaux de polystyrène ou de polyuréthane sous la chape. Ces matériaux présentent plusieurs avantages :
- excellente résistance thermique ;
- résistance à l’humidité ;
- bonne résistance mécanique permettant de supporter la chape et les revêtements.
Le principal inconvénient reste leur impact environnemental, notamment pour le polystyrène et le polyuréthane. Nous avons très largement abordé ce sujet dans nos différents articles, notamment pour l’isolation en vide sanitaire et sous chape (ou dalle). L’efficacité de ces isolants n’est plus à prouver : C’est fiable !
En revanche, ne pas isoler du tout, comme le prétendent les habitologues, c’est aller contre le bons sens, contre le confort, et nuire indirectement à l’environnement en proposant des logements déséquilibrés en isolation.
Une vérification sur le terrain
Plutôt que de se fier uniquement aux discours de certains youtubeurs, j’ai voulu faire une comparaison simple. J’ai construit deux bâtiments sur le même terrain et j’ai effectué des relevés, en pleine période de canicule. La température extérieure est de 37 degrés depuis plusieurs jours. Le test porte sur :
- une maison dont la dalle est isolée avec un isolant en polyuréthane, selon les méthodes traditionnelles utilisées depuis une vingtaine d’années ;
- un garage dont la dalle est brute, sans isolation.
Les deux bâtiments sont côte à côte et subissent exactement les mêmes conditions climatiques. À l’aide d’un thermomètre infrarouge, j’ai mesuré la température des dalles. Le résultat est surprenant : la dalle brute du garage n’est absolument pas à 12 °C. Elle est proche de 24 °C, soit une température très voisine de celle relevée dans la maison isolée.
Autrement dit, je n’observe pas de différence significative entre la dalle isolée et la dalle non isolée concernant la température de surface. Cela montre que certaines affirmations largement diffusées sur Internet ne correspondent pas forcément à la réalité. Isoler sa dalle ne protège pas de la chaleur certes, mais cela protège du froid. Ne rien faire en revanche n’est absolument pas pertinent.
- Isoler sa dalle protège du froid mais n’apporte pas de confort d’été.
- Ne pas isoler sa dalle ne protège ni du froid, ni n’apporte du confort d’été.
Conclusion
Dire qu’il ne faut plus isoler les sols est une erreur, voire une tromperie manifeste. L’isolation sous dalle n’a pratiquement aucune incidence négative sur le confort d’été, mais elle améliore nettement le confort en hiver en réduisant les déperditions thermiques. Si vous souhaitez vous faire votre propre opinion, l’expérience est simple.
Trouvez une maison correctement isolée possédant un garage non isolé construit sur le même terrain. Munissez-vous d’un thermomètre infrarouge — on en trouve facilement dans les magasins de bricolage — et comparez les températures des deux dalles.
Vous pourrez ainsi vérifier par vous-même si les affirmations que l’on entend sur les réseaux sociaux correspondent réellement aux mesures de terrain. À chacun ensuite de se faire son opinion, mais, pour ma part, les mesures que vais finalement réaliser in situ ne confirment absolument pas l’idée selon laquelle une dalle non isolée profiterait naturellement d’un sol à 12 ou 13 °C.
Merci pour vos lectures et bon chantier.
Serge USTUN.



