Ce 26 mai 2026 la chaleur atteint des pics Inédits. Daniel, jeune couvreur de 19 ans, subira la pire et la plus illégitime des sanctions pour avoir simplement réalisé son devoir : Mettre un toit sur la tête des gens.
Ce même jour, nous stoppons notre chantier école vers 11 heures car la chaleur est intenable, voire dangereuse pour le corps humain. Ce même jour, nous allions également interroger des intervenants en gros œuvre sur un chantier de 3000 M2 non loin de là.
Unanimité : Tous les intervenants en présence avouent souffrir de la chaleur. C’est une évidence.
Ce même jour, à seulement 30 kms de là, Daniel allait sceller son destin.
Avant propos
C’est triste à écrire, mais chaque année nous répétons les mêmes éléments de langage : La chaleur tue dans le bâtiment.
Cependant nous étions loin d’imaginer que ce triste constat serait établi à quelques dizaines de kilomètres seulement de notre chantier école. A Ponet et Saint Auban, dans la Drôme, un jeune couvreur décèdera d’hyperthermie dans la nuit, à la suite de son intervention sur un chantier.
Toute la rédaction se lie avec douleur à la famille de Daniel, douleur que nous ne pourrons évidemment pas apaiser. Ne laissons pas ce jeune homme partir sans en tirer les enseignements nécessaires :
- Nous devons apprendre à vivre avec le danger : NON !
- Nous devons nous organiser pour éviter le danger sur les chantiers : OUI.
Toutes nos condoléances sincères, et la gratitude des hommes de l’art que nous sommes, unis à Daniel, car nous mettons un toit sur la tête des gens, c’est même la devise indéfectible de notre magazine.
Daniel est un héros silencieux du quotidien, dont le labeur s’est avéré fatal. Nous écrivons cet article pour sa mémoire.
Pics de chaleur, conditions de travail, et constat
Peu ou pas d’infos. Nous avons sollicité la gendarmerie et l’hôpital de Die, sans aucun retour d’information. L’enquête est en cours.
Dans le bâtiment, la chaleur tue. Nous rédigeons un article sur le sujet chaque année et force est de constater que chaque année, nous devons écrire un nouvel article. D’aucun dirait : « c’est pisser dans une bétonnière ».
Le régime des intempéries en France considère la chaleur comme un critère de retrait sur les chantiers uniquement sur déclaration d’alerte. La pluie, la neige, c’est tangible. On jete un oeil dehors, on comprend aisément que la journée sera chômée.
Pour la chaleur, en revanche, c’est bien plus délicat. Il faut un arrêté de vigilance canicule orange, ou rouge à fortiori. C’est dès lors beaucoup moins tangible, et souvent avec un retard d’appréciation.
Seule règle fondamentale : L’employeur est directement responsable de la santé de ses employés. Et cette règle en revanche, est irréductible, et pleinement opposable. Est-ce flou ? Dans ce cas ? Évidemment oui.
Ajoutez à cela le mental fort et volontaire des gens de l’art, qui ne reculent jamais, qui encaissent sans broncher, et vous avez là le parfait mélange qui mène au pire. Nos nombreuses questions auprès de la gendarmerie et de l’hôpital de Die sont restées sans réponses. L’enquête est en cours. Aussi, nous ne pouvons qu’imaginer la scène, après nous être déplacés sur les lieux à Ponet et Sant Auban dans la Drôme, juste à l’entrée de Die.
Ci-dessus : Photo prise sur le site « potentiel » du chantier. Après arpentage, il semble que ce ne soit pas ici que Daniel travaillait mais plus haut, proche de la chapelle ». Crédit photo : S.USTUN.
« Les photos publiées sur les journaux sont étrangement en décalage avec le constat que j’ai pu faire sur place. Je reconnais une rénovation ou un simple remaniement de tuiles au premier coup d’oeil, et il me semble que le seul ouvrage neuf, propre, et sincèrement réalisé avec une grande technicité se situe bien plus haut, face à la chapelle. » Serge USTUN.
Lire l’article de BFM sur l’accident d’hyperthermie du jeune couvreur.
Canicule, météo, arrêté préfectoral ?
En France, nous avons l’habitude des textes compliqués. C’est un héritage qui pourrait être amusant si cela n’engageait pas des vies humaines. Pour les arrêtés, la règle est simple : Sont éligibles aux congés intempéries les arrêtés préfectoraux « canicule » débutant au 1er juin. Sans doute que le climat est très soucieux du calendrier. Dans notre cas, en date du 26 mai, le texte n’est donc pas opposable aux entreprises et donc aux salariés. Mais le texte prévoit également un « et/ou » concernant les alertes météo : Verte, jaune, orange, et rouge.
C’est le décret du 27 juin 2024. Source : CIBTP.
Conditions :
- Alerte publiée par Météo France et/ou
- Arrêté préfectoral
- Remboursement à N+1 en mars…
- Quotas d’heures.
- Etc.
Faut faire simple, avouons le.
Problème dans l’équation ? En ce 26 mai 2026, la Drôme est placée en vigilance jaune seulement, et ce pour une semaine. Autrement dit, aucun texte réglementaire, ni relevé d’exception, aurait sauvé la vie de Daniel. Au regard du droit, il devait simplement accomplir sa tâche. Dans la réalité, nous étions bel et bien en période de canicule, même si Météo France considérait que non.
Source réglementaire : Anact.fr
La véritable question est donc celle-ci : Si météo France avait décrété une vigilance orange le 26 mai, la vie de Daniel aurait-elle pu être sauvée.
Un danger pour le corps humain
La chaleur excessive des ces dernières semaines n’est plus une vue de l’esprit. Nous évoquons régulièrement la souffrance des hommes et femmes de terrain qui oeuvrent sur les chantiers en période de canicule. Malheureusement, face à cela, il n’existe aucune protection efficace et boire de l’eau ne suffit pas. Température au droit d’une tuile en été : de 50 à 70 degrés.
Le corps souffre, les efforts se multiplient, et les gestes deviennent gauches. Monter sur un échelle, soulever un poids, se concentrer sur une coupe : Tout devient particulièrement pénible, et dangereux.
La responsabilité de l’entreprise
A cet instant, il est proprement impossible d’évoquer une quelconque responsabilité de l’employeur de Daniel. Du moins, en l’état actuel de nos informations. Oui, en ces périodes de forte chaleur le bon sens oblige à tout stopper. On pose les outils, on rentre prendre une bonne douche froide, et on reste à l’ombre.
Certes.
Moi, vous, les « vieux de la vieille », nous aurions tous eu ce réflexe de dire : Si t’as trop chaud mon piou, tu plies et tu rentres. Mais c’est méconnaître les « p’tits gars du bâtiment ». A 19 ans, et précisément dans les métiers du bâtiment, c’est un devoir de faire son devoir : C’est un honneur et une satisfaction personnelle. Tant que la Gendarmerie de Die, conjointement avec la Gendarmerie de Crest, n’aura pas donné son rapport définitif, il conviendra d’imaginer que Daniel était, comme nous tous plus jeunes, motivé par son seul amour de l’art.
Son employeur aurait-il pu prévoir ce drame ? Oui et non. L’appréciation est une chose très personnelle, et c’est la raison pour laquelle il existe des lois. C’est au législateur de trancher, et de définir un seuil de faisabilité.
Quelques minutes dans le camion avec la climatisation ne servent à rien
Selon le récit officiel, Daniel serait retourné à son véhicule après avoir subi un coup de chaleur. Une fois dans son camion, il aurait activé la climatisation pour se rafraîchir et se faisant, passé un coup de fil à son employeur pour lui faire part de sa fatigue.
Malheureusement, quelques heures plus tard, les soignants de l’hôpital de Die ne pourront sauver le jeune homme, victime d’une sévère hyperthermie. Le décès est prononcé.
« Je me suis rendu sur les lieux, j’ai éprouvé la température intenable au droit des deux ou trois maisons qui semblent être en travaux. Aucun point d’ombre, le soleil tape sévèrement. Sur les toits, ce coktail (réverbération et accumulation de chaleur) est explosif pour le corps humain. » Serge USTUN, Directeur de la rédaction.
Un non sens pour la qualité de travail, et pour la dignité humaine
L’article de Midi Libre évoque 9 accidents du travail mortels depuis ce début d’année. Pour Médiapart, » L’employeur n’avait rien mis en place pour protéger ses salariés. » Fin de citation.
Cependant il paraît difficile d’appréhender une quelconque méthode de protection, autre qu’une tentative hasardeuse de bricolage, pour se protéger de la chaleur sur un toit. Cela ne vous aura pas échappé, mais c’est justement le rôle d’une toiture de nous protéger de la chaleur (entre autre). En surplomb, sans ombre, sur des tuiles en terre cuite qui font office de four, comment peut-on objectivement se protéger ?
La réponse semble évidente : Stopper son chantier.
Le rayonnement est clairement sensible, insupportable, et chaque minute passée sur une toiture en période de canicule est un véritable choc pour le corps.
Conclusion
Nous sommes toujours dans l’attente d’un retour des différents services de Gendarmerie de la Drôme, qui ont accueilli nos demandes avec un grand professionnalisme. Cependant, le sujet est actuellement sous scellée car en phase d’enquête, aucune information ne filtre. Nous attendons simplement de pouvoir vous livrer les éléments factuels de ce drame car c’est aussi notre rôle, de diffuser, afin que ce type d’accident tragique ne se reproduise plus à l’avenir. Nous mettons également un surlignage en gras sous la notion d’intempéries que nous devons, en tant qu’hommes de l’art, faire évoluer. Un simple décret ou son absence, peut-il sceller le sort de nos collaborateurs dans le bâtiment ?
Avec une immense tristesse, nos pensées vont à la famille de Daniel.
Serge USTUN.



