Le carrelage qui se décolle ? Est-ce une question d’humidité résiduelle ou de remontée capillaire ? Quelles peuvent être les causes d’un décollement des carreaux : C’est notre expertise du jour.
Décollement du carrelage : Quels sont les cas les plus courants ?
Lorsque nous faisons face à un décollement du carrelage (et non une fissuration) la cause est souvent simple :
- Manque de colle : L’encollage est irrégulier, les carreaux sonnent creux.
- Manque de préparation préalable du support : Pas de couche d’accroche sur un ancien carrelage.
- Pression hydrostatique.
- Gel/dégel (pour le carrelage extérieur).
Un encollage trop léger ou mal adapté sur un support non préparé est la cause la plus fréquente d’un décollement de carrelage. Aucun mystère, une colle mal gâchée, de faible qualité, avec un peigne trop fin va créer un effet de pose par inertie dûe à la surface et au jointoiement, mais ne sera pas pérenne. La moindre contrariété créera un décollement.
Le double encollage en question ?
Le diagnostic immédiat consistant à incriminer un simple encollage n’est pas valable. Attention aux biais cognitifs, le double encollage n’est pas un gage de réussite de la pose. Par ailleurs, attention également aux fausses informations, le double encollage n’est pas obligatoire ! Nous avons déjà très largement traité le sujet dans nos lignes.
Pour traiter ce sujet en profondeur, nous avons tourné une vidéo (bientôt en ligne) sur laquelle notre rédacteur (S.USTUN) démontre in situ la solidité d’un simple encollage sur un chantier réel.
Sur ce dossier type que nous évoquons aujourd’hui, il est question d’un simple encollage, très fin, mal peigné mais surtout et avant tout : Aucune couche d’accroche.
Entrons dans le détail.
Décollement du carrelage : Le constat visuel
Étape numéro 1 : Réaliser un constat visuel
Crédit photo : S.Ustun.
Principal avantage pour l’expertise, un carrelage qui se décolle permet d’inspecter visuellement le support, la colle, la qualité de préparation, bref : Tout est sondable.
Sans prendre trop de risque, en restant dans le giron des prérogatives de l’expert, nous déposons simplement et manuellement les carreaux décollés. Rien de plus simple, et cela reste une méthode non destructive car ces derniers pourront être recollés si le client le demande.
Évitons la casse, soyons précautionneux, et entreposons les carreaux en « conservation » quelque part à l’abri. Nous allons par conséquent nous ouvrir un visuel sur lequel nous pourrons poser un premier avis.
Les questions préliminaires : De bons indices !
Quelques questions simples peuvent nous aiguiller dans notre raisonnement :
- Y a t’il eu ponctuellement du poids ajouté ou enlevé : Dans ce cas, non. Nous pourrions songer à une ouverture dans un mur en soubassement, ou au passage d’un transpalette par exemple ? Non.
- Y a t’il eu une forte innondation ? Pression hydrostatique même infime. Non.
- Y a t’il eu un évènement quelconque particulier à noter : Oui, selon le client, une forte odeur de moisi pendant quelques heures au constat du décollement, et une forte humidité résiduelle au droit des carreaux relevés.
Nous retiendrons ce dernier indice : Odeur de moisi, forte humidité (qui séchera rapidement, nous sommes en période canicule).
Le sondage du support : Une fois un ou plusieurs carreaux décollés
Étape numéro 2 : Profiter d’un décollement partiel du carrelage pour analyser le support
Crédit photo : S.Ustun.
Les premiers carreaux déposés nous permettent de visualiser une première couche de parement, en terre cuite. Les premières constatations sont évidentes :
- Pose de carrelage sur un ancien carrelage (ici de la terre cuite)
- Manque de colle.
- Support non préparé (les couches d’accroche créent un grain au touché).
- Aucune présence d’humidité (nous verrons que c’est trompeur, plus tard).
En retournant les carreaux nous remarquons également que ces derniers ont été finement graissés mais que la colle a adhéré au biscuit du gré céram sans adhérer à la terre cuite en sous œuvre.
Les stries d’encollage (trace du peigne) sont très irrégulières, et se desquament simplement au gratté. La colle en présence était certainement un premier prix, et le peignage mal réalisé (peigne trop incliné et pas suffisamment de matière).
On trouve un balai, on le retourne, et on sonde chaque carreau en tapotant : Ça sonne creux. Aucun doute, tout va finir par s’enlever sans aucun effort.
Identifier la cause et établir un diagnostic préalable
Étape numéro 3 : Identification de la cause du décollement et pose du diagnostic
Si vous disposez d’un humidimètre, il est très judicieux de vérifier les deltas d’humidité au droit des joints des carreaux. C’est bien souvent le meilleur endroit pour réaliser un test car les joints ne sont pas fermés comme l’est le carrelage (souvent en céramique).
Remontez à la source, en allant chercher les taux les plus élevés en TH. C’est un simple pistage, et un incroyable indice à relever. Si l’humidité est constante, rien n’est concluant.
En revanche si votre humidimètre indique des valeurs montantes lorsque vous arpentez quelques mètres plus loin, alors il y a peut-être une cause autre qu’un simple mauvais encollage du carrelage. Suivez l’humidité !
Consolider le diagnostic
Étape numéro 4 : Consolider le diagnostic avec un raisonnement de constat ou par analogie
Crédit photo : S.Ustun.
Nous avons posé notre diagnostic et établi un défaut secondaire (la très mauvaise qualité de pose) en supposant un dégât primaire : Une fuite d’eau légère.
Fort heureusement, au vu du dégât, le client souhaite de toute façon effectuer une dépose totale du carrelage, prise en charge de l’assureur ou non. Nous en profitons donc pour revenir quelques jours plus tard et notre diagnostic se précise : Un léger écoulement d’eau venait recouvrir plusieurs mètres carrés dans l’interstice entre la terre cuite et le gré-ceram. Les fortes chaleurs, le passage, et les années ont fait la différence.
- Défaut de mise en œuvre manifeste (très largement hors sujet de DO ou de décennale : compte tenu de l’ancienneté de l’ouvrage)
- Dégât des eaux manifeste (au droit du mur périphérique extérieur) en cours de réparation.
- Pas de recours aux tiers, hors sujet assurantiel.
- Diagnostic préliminaire pertinent.
- Compte tenu de la surface le client aurait pu faire une déclaration et bénéficier de l’IRSI (ce qu’il ne souhaitait pas, il avait prévu de tout refaire quoi qu’il arrive).
Consultez notre dossier concernant la pose de carrelage sur un ancien carrelage.
Option : Déclencher une recherche de fuite d’eau
Dans de nombreux cas il ne sera évidemment pas question de tout démolir ! Nous n’allons pas retirer le carrelage d’un magnifique séjour de 35 m2 juste pour sonder les sols ! Dès lors, en cas de suspicion d’une cause due à l’eau, il faut déclencher une recherche de fuite. Nous vous renvoyons au lien ci-avant pour consulter notre dossier dédié à la RDF.
Cette dernière peut notamment être non destructive, et donc préserver au maximum le confort du client. Dans la plupart des cas, la recherche de fuite sera prise en charge par l’assureur.
Dans notre cas, la simple dépose des carreaux est venue valider notre suspicion de fuite. Les travaux sont en cours.
Écarter les hypothèses annexes
Il convient également d’écarter les différentes hypothèses annexes qui peuvent engendrer le décollement d’un carrelage. Ici, sur la photo que nous avons prise sur un autre dossier de décollement, vous pouvez clairement distinguer une fissuration de la colle qui épouse parfaitement la fissuration de la dalle. En cause dans ce dossier, un début de sinistre RGA (Retrait Gonflement des Argiles) qui désolidarise le parement extérieur de la terrasse.
Mais les causes peuvent être nombreuses, en extérieur comme en intérieur. C’est à l’expert d’agir en recherche de causes, et d’écarter les cas qu’il juge non compatibles avec les symptômes. Certes, l’exercice est difficile car nous sommes en double aveugle dans la plupart des cas.
Avantages : Un avantage non négligeable en cas de décollement demeure le fait de pouvoir effectuer un sondage non destructif, à l’évidence, étant donné que le carreau se décolle ! Alors profitons en pour jeter un œil sur ce qu’il se passe dessous !
Pour aller plus loin, les paragraphes suivants sont dédiés aux experts.
L’œil de l’expert : Méthodologie
1. Contexte de la mission
- Type de bâtiment, âge, usage (habitation, ERP, etc.)
- Motif de la saisine (litige, sinistre déclaré, contrôle avant réception…)
- Désordre signalé par le PNO/occupant/ PO ?
2. Constat visuel et symptomatologie
- Description factuelle des désordres observés (localisation précise, étendue, chronologie si connue)
- Photos annotées si vous en avez (angle, échelle, repères)
- Ce que vous avez exclu d’emblée et pourquoi (ex : pas de sinistre récent signalé → s’oriente vers capillarité plutôt que fuite ponctuelle)
3. Méthodologie de diagnostic
- Instruments utilisés (humidimètre, caméra thermique, etc.) et valeurs mesurées, pas juste « on peut utiliser… »
- Protocole suivi (ordre des vérifications, zones de mesure, points de comparaison sain/sinistré)
- Éventuels sondages ou ouvertures pratiqués.
- Déclenchement d’une recherche de fuite.
4. Analyse et interprétation
- Mise en relation des mesures avec les hypothèses.
- Raisonnement d’élimination (pourquoi ce n’est pas X, pourquoi c’est Y).
- Référence aux DTU/normes applicables (DTU 52.1 pour carrelage, DTU 20.1 pour maçonnerie, NF P 11-221 pour cuvelage si pertinent).
5. Origine retenue et mécanisme du désordre
- Conclusion argumentée sur la cause.
- Explication du mécanisme physique (pourquoi ça se produit techniquement).
6. Préconisations
- Solutions techniques hiérarchisées (urgence / durable).
- Responsabilités éventuelles (si contexte de litige/garantie décennale).
- Points de vigilance pour éviter une aggravation.
Merci pour vos lectures et bonne expertise. N’hésitez pas à participer avec vos propres retours d’expériences.
Serge USTUN.







