Vous êtes dans la panade ? Une vis foirée ? Posez vous un instant et ne stressez pas inutilement, car c’est loin d’être un souci. Dans le bâtiment ce cas de figure est pour ainsi dire quotidien, et nous avons les solutions. J’ai décidé d’écrire cet article suite aux nombreuses demandes sur le sujet, mais également suite aux séries de vis actuellement sur le marché qui « foirent » sans raison apparente.
On fait le point, avec mes photos de chantier et mon expérience personnelle car une vis foirée c’est rien : C’est tout sauf un vrai problème.
Vis foirée : comment l’éviter, choisir le bon embout et l’extraire
Une vis qui refuse de sortir est agaçante. Une vis dont on vient soi-même de détruire l’empreinte l’est encore davantage. Parfois à mi-chemin sans même qu’elle ne soit totalement entrée dans son support.
Le scénario est connu de pratiquement tous ceux qui travaillent avec une visseuse : L’embout ripe une première fois, puis une deuxième. On insiste. La visseuse tourne, mais la vis ne bouge plus. L’empreinte qui permettait encore de démonter la vis ressemble à un petit cratère métallique.
La vis est « foirée ».
Il existe heureusement plusieurs techniques permettant d’extraire une vis dont la tête est abîmée. Nous allons voir ça plus bas dans cet article. Mais avant de sortir la perceuse, l’extracteur ou la pince-étau, il faut comprendre une chose essentielle :
La meilleure façon d’extraire une vis foirée reste encore de ne pas la foirer !
Dans une proportion importante des cas rencontrés sur chantier ou à l’atelier, le problème commence par quelque chose d’aussi banal qu’un mauvais choix d’embout.
Phillips, Pozidriv, Torx, six pans, carré… Toutes les empreintes ne fonctionnent pas de la même manière et, surtout, un embout qui « semble rentrer » dans une vis n’est pas nécessairement le bon.
Voyons donc comment choisir correctement ses embouts, comment visser sans massacrer les têtes de vis et, lorsque le mal est fait, comment retirer une vis récalcitrante en commençant toujours par la méthode la moins destructive.
Qu’appelle-t-on exactement une vis « foirée » ?
« Vis foirée » n’est évidemment pas un terme de normalisation mécanique, mais l’expression est parfaitement comprise sur les chantiers.
Elle peut pourtant désigner plusieurs problèmes différents.
Une vis peut avoir :
- son empreinte détériorée ;
- sa tête extérieure arrondie ;
- son filetage endommagé ;
- sa tige cassée : On appelera ça le cisaillement.
- ou être simplement tellement contrainte que le couple nécessaire à son desserrage finit par détruire son empreinte (pour la charpente).
Dans cet article, nous nous intéressons principalement au premier cas : La vis dont l’empreinte ne permet plus à l’outil de transmettre normalement le couple nécessaire au serrage ou au desserrage.
C’est typiquement la vis cruciforme dont la croix s’est transformée en trou presque circulaire, la vis Torx dont les lobes ont été détruits ou la vis six pans creux devenue presque ronde (souvent le cas pour le vissage des huisseries).
Avant la vis foirée : Comprendre les différents types d’embouts
Un coffret d’embouts contient parfois plusieurs dizaines de pièces. Ce n’est pas uniquement pour faire joli dans la boîte.
Chaque profil correspond à une géométrie précise.
Parmi les plus courants dans le bâtiment, le bricolage, la menuiserie et la maintenance, on trouve notamment les empreintes Phillips, Pozidriv, Torx, six pans et fendues. Les catalogues professionnels proposent également carré, Torx de sécurité et différentes empreintes spécialisées. Pour l’ossature bois, le bardage, et le solivage on privilégie actuellement le torx. En menuiserie, il est très courant d’avoir à faire à du 6 pans, en quincaillerie ou en pose.
L’embout Phillips : PH
Le Phillips est probablement l’une des empreintes cruciformes les plus connues. Les embouts portent l’indication : PH / suivie de leur taille :
PH0, PH1, PH2, PH3, etc.
Pour beaucoup de vis courantes, le PH2 est extrêmement répandu. Mais attention : Cruciforme ne signifie pas automatiquement Phillips. C’est précisément là que commencent beaucoup d’erreurs.
L’embout Pozidriv : PZ
À première vue, une empreinte Pozidriv ressemble énormément à une empreinte Phillips. Elle est pourtant différente. L’embout est identifié par : PZ
On retrouve notamment PZ1, PZ2 et PZ3.
Un moyen simple de reconnaître une vis Pozidriv consiste à observer sa tête : en plus de la croix principale, on distingue généralement quatre petites marques supplémentaires disposées à 45° entre les branches principales.
PH2 et PZ2 : le piège classique
C’est probablement l’erreur d’embout que tout utilisateur de visseuse devrait connaître. Un PH2 peut parfois sembler entrer dans une empreinte PZ2. L’inverse peut également donner l’impression de fonctionner. C’est typiquement le cas pour les plaquistes.
Cela ne signifie pas que l’association est correcte.
La géométrie et les surfaces de contact ne sont pas identiques. Sous charge, l’embout peut donc moins bien porter dans l’empreinte, prendre du jeu, riper et détériorer progressivement la tête.
Les fabricants d’outillage distinguent d’ailleurs clairement les deux familles : Les gammes professionnelles proposent séparément des outils PH et PZ.
Un PZ2 appelle un PZ2. Un PH2 appelle un PH2.
Ne choisissez donc jamais un embout simplement parce qu’il « rentre à peu près ». Ça peut fonctionner exceptionnellement, mais il est hors de question de faire un chantier complet avec le mauvais embout.
L’empreinte Torx : T ou TX
L’empreinte Torx est facilement reconnaissable à sa forme à six lobes. On trouve couramment : T10, T15, T20, T25, T30, T40… Elle est devenue extrêmement courante pour les vis à bois et les fixations techniques. Et ce n’est pas un hasard.
Sa géométrie permet une transmission efficace du couple avec un excellent engagement de l’outil lorsque la taille est correcte. Mais là encore : T25 et T30 ne sont pas deux variantes approximativement équivalentes. Un embout trop petit peut avoir suffisamment de prise pour commencer à entraîner la vis, tout en concentrant les efforts sur une mauvaise surface. Dès que le couple augmente, il risque de riper et d’endommager les lobes.
Torx Security : le Torx avec téton central
Certaines empreintes Torx comportent un téton au centre. Un Torx classique ne peut alors pas s’engager complètement. L’embout adapté possède un perçage axial permettant de recevoir ce téton.
Ce profil est souvent qualifié de Security Torx ou Torx de sécurité.
On le rencontre davantage dans les équipements et assemblages pour lesquels le fabricant souhaite limiter le démontage avec un outillage ordinaire.
L’empreinte six pans creux : Hex ou Allen
Ici, l’empreinte est un hexagone.
On parle couramment de vis Allen, même si l’appellation générique correcte reste l’empreinte six pans creux. Les dimensions sont généralement exprimées en millimètres dans les applications métriques : 3, 4, 5, 6 mm, etc. Le danger classique est d’utiliser une clé ou un embout légèrement trop petit.
Cela fonctionne parfois… jusqu’au moment où les six faces de l’empreinte commencent à s’arrondir.
Sur une vis fortement serrée, une empreinte six pans déjà arrondie peut devenir particulièrement pénible à récupérer.
Cas de figure : Réglage des paumelles d’une baie avec deux châssis fixes en bois. Vissage des huisseries. Photos Serge USTUN.
L’empreinte carrée
Moins courante dans certaines applications françaises, l’empreinte carrée — souvent associée au profil Robertson — reste utilisée dans différents secteurs et est notamment très répandue en Amérique du Nord.
Le principe est encore une fois identique : une empreinte géométrique précise exige un embout correspondant.
La bonne vieille vis fendue
C’est historiquement l’une des empreintes les plus simples : une fente droite dans laquelle vient prendre un tournevis plat.
Elle existe toujours et reste présente dans de nombreuses installations et équipements.
Pour le vissage mécanisé, elle présente toutefois un défaut évident : l’outil est beaucoup moins naturellement guidé latéralement qu’avec un Torx ou un six pans.
Un embout mal dimensionné peut donc facilement sortir de la fente et marquer la tête de vis — voire le matériau situé juste à côté.
Et il en existe beaucoup d’autres
Cette liste n’est pas exhaustive.
Selon les métiers et équipements, on peut rencontrer des empreintes Torx Plus, Tri-Wing, Torq-Set, PlusMinus, différentes empreintes de sécurité ou encore des profils propriétaires ou beaucoup plus rares. L’objectif n’est donc pas de posséder immédiatement tous les embouts existant sur Terre.
Il est de retenir une règle :
On identifie d’abord précisément l’empreinte et sa dimension. Ensuite seulement on choisit l’outil.
La qualité des vis est également un élément des plus important, notamment pour le bois. Je vous invite à consulter mon dossier sur les vis bois à double filetage.
Comment savoir si l’on a choisi le bon embout ?
Il existe un test extrêmement simple.
Introduisez l’embout dans la vis avant de démarrer la visseuse. Il doit s’engager franchement et ne pas être « branlant ».
Ma méthode est simple : Positionnez votre vis sur votre embout à l’horizontale, si elle tient, c’est le bon embout !
Un léger jeu peut exister selon les profils, les tolérances et la qualité des fixations, mais un embout qui flotte manifestement dans l’empreinte doit immédiatement éveiller les soupçons. On le met de côté et on cherche un embout adapté.
Essayez la taille supérieure ou vérifiez que vous n’êtes pas en train de confondre deux profils.
Sur une vis cruciforme, posez-vous notamment cette question : PH ou PZ ? Ces cinq secondes de vérification peuvent éviter vingt minutes d’extraction.
Pourquoi foire-t-on une vis ?
Le mauvais embout n’est pas le seul responsable. Plusieurs facteurs peuvent conduire à la destruction de l’empreinte.
1. Utiliser le mauvais profil
PH dans PZ, PZ dans PH, Torx approximatif…
L’outil entraîne encore la vis, mais le contact n’est pas celui prévu par la géométrie de l’assemblage. C’est la première chose à vérifier.
2. Utiliser la mauvaise taille
Un Torx T20 dans une empreinte T25 peut parfois accrocher. Ce n’est pas pour autant une bonne idée. Même chose avec un six pans légèrement sous-dimensionné.
3. Utiliser un embout usé
Les embouts sont des consommables.
Après de nombreux vissages, leurs arêtes peuvent s’user. Un embout fatigué transmet moins correctement l’effort et augmente le risque de ripage.
Un professionnel qui remplace une vis à quelques centimes mais conserve pendant des mois un embout complètement arrondi fait parfois une économie assez étrange.
4. Ne pas travailler dans l’axe
L’axe de la vis et celui de la visseuse doivent autant que possible être confondus. Si la machine est inclinée, une partie seulement de l’embout travaille correctement. À couple élevé, le risque de sortie de l’empreinte augmente. Facile à dire, pas facile à faire. Quand on est dans des positions tendues, à bout de bras sur une échelle, trouver le bon axe n’est pas nécessairement évident.
5. Ne pas exercer suffisamment de pression axiale
C’est particulièrement important avec certaines empreintes. La visseuse produit un couple de rotation, mais l’opérateur doit également maintenir correctement l’embout engagé dans la vis.
6. Régler inutilement la machine à pleine vitesse
Plus vite n’est pas toujours mieux.
Pour commencer un vissage, terminer une fixation délicate ou intervenir sur une vis déjà difficile, contrôler la vitesse est souvent beaucoup plus judicieux que d’utiliser immédiatement toute la puissance disponible.
7. Continuer lorsque l’embout commence à riper
C’est probablement l’erreur la plus destructrice.
L’embout saute une première fois. CRRRR. L’empreinte vient déjà de perdre un peu de matière. On recommence. CRRRR. Elle en perd encore. Puis on appuie davantage sur la gâchette dans l’espoir que la puissance de la machine résolve le problème.
Quelques secondes plus tard, il n’y a pratiquement plus d’empreinte.
Dès que l’embout ripe : ARRÊTEZ.
- Retirez la machine.
- Regardez la tête.
- Vérifiez l’embout.
- Vérifiez sa taille.
Nettoyez éventuellement l’empreinte. Et demandez-vous surtout pourquoi la vis résiste avant de continuer. Dans la vraie vie, personne ne nettoie l’emprunte, je le concède.
Une vis peut résister pour une bonne raison
Une vis difficile à démonter n’est pas nécessairement victime d’un mauvais vissage. Elle peut être :
- oxydée : Corrosion sur les parement extérieurs (pluie).
- grippée : Quincaillerie / huisserie / etc.
- bloquée par des dépôts : Mécanique.
- soumise à une contrainte mécanique : Bois massif.
- freinée par un produit de blocage ;
- très fortement serrée : Quand on est passé par une boulonneuse à choc (de plus en plus courant).
- Bref…
Dans ces situations, augmenter brutalement le couple appliqué sur une petite empreinte peut transformer un problème de desserrage en problème d’extraction. Le cisaillement guette et si la vis cisaille, le problème sera encore plus handicapant.
Il faut donc traiter la cause de la résistance, lorsque cela est possible, avant de détruire l’interface qui nous permet encore d’agir sur la vis.
Comment enlever une vis foirée ?
Supposons maintenant que le mal soit fait. L’empreinte est abîmée et l’embout normal n’entraîne plus correctement la vis.
Ne sortez pas immédiatement la perceuse.
L’extraction doit être progressive. On commence par la solution qui présente le moins de risque pour la vis, la pièce et le support.
Méthode 1 : nettoyer l’empreinte et réessayer avec l’embout exact
Cela paraît presque trop simple. Personne ne le fait !
Pourtant, une empreinte remplie de peinture, de plâtre, de poussière, de corrosion ou de débris peut empêcher l’embout de descendre complètement. Nettoyez soigneusement l’empreinte. Ça personne ne le fait, moi le premier.
Choisissez ensuite un embout neuf, du profil exact et de la bonne dimension. Enfoncez-le complètement. Exercez une pression axiale ferme et tentez le desserrage lentement.
Une empreinte que l’on croyait détruite peut parfois encore transmettre suffisamment de couple.
Méthode 2 : abandonner la visseuse et reprendre un outil manuel
Une visseuse est formidable pour travailler vite.
Elle n’est pas toujours l’outil idéal pour sauver une empreinte déjà endommagée.
Un tournevis manuel adapté permet de mieux sentir :
- l’engagement de l’outil ;
- le début du mouvement ;
- la résistance ;
- et surtout le moment où l’embout commence à vouloir sortir de l’empreinte.
Sur une fixation délicate, retrouver du contrôle peut être plus utile que disposer de davantage de puissance.
Méthode 3 : augmenter légèrement l’adhérence
La célèbre astuce de l’élastique ou d’un morceau de caoutchouc placé entre l’embout et la tête peut parfois fonctionner lorsque l’empreinte est seulement légèrement détériorée. Le matériau souple vient combler une partie du jeu et peut améliorer temporairement l’accroche.
Mais soyons clairs : Ce n’est pas une méthode miracle. D’ailleurs qui fait ça réellement sur un chantier ? Personne. Ça fait parti du lot de petites astuces pour faire un short rapide sur Youtube, sans plus.
Sur une empreinte totalement détruite ou une vis fortement grippée, un morceau de caoutchouc ne recréera pas magiquement les surfaces métalliques disparues. D’autant qu’on se ballade pas avec du caoutchouc dans sa poche sur un chantier. En atelier, pourquoi pas.
Cela vaut néanmoins la peine d’être essayé avant de passer à des méthodes destructives.
Méthode 4 : Utiliser le mandrin de la visseuse
Dans le cas d’une vis foirée en cours de vissage (ossature bois, bardage, terrasses, etc.) si la tête de vis n’est pas en contact avec le support, essayez simplement d’oter le porte embout, de serrer manuellement le mandrin sur la tête de vis, et desserrez doucement (à gauche) la vis. Ça marche plus que souvent !
Méthode 5 : Utiliser une pince si la tête est accessible
Lorsque la tête dépasse suffisamment du support, la solution peut devenir extrêmement simple. On oublie l’empreinte.
Une pince multiprise ou, mieux encore selon la configuration, une pince-étau correctement serrée sur la tête permet d’appliquer directement un couple sur son diamètre extérieur.
Il faut obtenir une prise franche.
Une pince qui glisse continuellement ne fera qu’arrondir davantage la tête.
Méthode 6 : recréer une fente
Lorsque la tête reste accessible, il est parfois possible de créer une nouvelle empreinte.
Avec un outil approprié, on réalise une fente droite dans la tête afin de pouvoir utiliser un tournevis plat.
Cette méthode est efficace mais devient déjà destructive.
Elle présente également des risques :
- dérapage de l’outil ;
- détérioration du support ;
- affaiblissement excessif de la tête ;
- projections métalliques.
Lunettes de protection obligatoires lors du meulage ou du tronçonnage. Et évidemment, cette technique n’a aucun intérêt si la tête est noyée profondément dans un matériau fini que l’on souhaite préserver.
Le cas du tournevis à frapper (désuet)
Bon, ça n’existe plus ce procédé mais on en parle quand même, histoire d’être exhaustif.
Le tournevis à frapper reste un outil extrêmement intéressant pour certaines fixations récalcitrantes. Son principe consiste à associer le choc axial à un mouvement de rotation. (Grosso modo le principe de la boulonneuse à choc).
Le choc contribue à maintenir fortement l’embout engagé tout en aidant à provoquer le desserrage.
Il est particulièrement connu en mécanique (donc pas pour nous autres du bâtiment) mais peut trouver son intérêt dans certaines opérations de maintenance.
Attention cependant au support : On ne frappe pas aveuglément sur n’importe quel assemblage.
Une pièce fragile, un support susceptible de fissurer ou un équipement sensible aux chocs impose évidemment une autre stratégie.
L’extracteur de vis : lorsque l’empreinte n’est plus exploitable
Lorsque les solutions précédentes échouent, on entre dans le véritable domaine de l’extraction.
Il existe différents systèmes d’extracteurs.
Le principe de nombreux modèles consiste à préparer la vis par perçage puis à introduire un extracteur qui vient mordre dans la matière afin de transmettre un couple de desserrage. FACOM décrit par exemple pour son système d’extraction une séquence comprenant le perçage suivant le diamètre indiqué, l’introduction de l’extracteur puis le desserrage. Pour nous, dans le bâtiment, il y a bien plus simple ! Un coffret d’extracteur fera l’affaire, et très largement.
La méthode exacte dépend donc du système d’extraction utilisé : il faut suivre les indications de diamètre et de mise en œuvre du fabricant.
Attention au perçage
Le foret doit être correctement centré. Si l’on part de travers, on risque :
- d’endommager le filetage femelle ;
- d’attaquer la pièce ;
- de rendre l’extraction encore plus compliquée ;
- ou de casser le foret.
Prenez votre temps. Dans ce genre d’intervention, trente secondes passées à préparer correctement un point de perçage valent largement mieux que trente minutes à récupérer une opération partie de travers.
Et les forets à gauche ?
Ils méritent également d’être connus.
Contrairement à un foret classique, un foret à gauche travaille dans le sens correspondant au desserrage de la fixation. Pendant le perçage, il arrive donc que le couple exercé suffise à débloquer la vis.
La vis commence alors à sortir avant même que l’utilisation d’un extracteur soit nécessaire.
Cela ne fonctionne évidemment pas à tous les coups, mais c’est une solution intéressante dans l’arsenal d’extraction.
Dernier recours : percer la tête de la vis
Nous arrivons à une méthode beaucoup plus radicale.
Lorsque l’empreinte est inutilisable et qu’aucune autre solution raisonnable ne fonctionne, il peut être possible de percer la tête jusqu’à la désolidariser de la tige.
Une fois la tête supprimée, la pièce assemblée peut être retirée.
La tige de la vis peut alors dépasser suffisamment pour être saisie avec une pince et dévissée.
Cette méthode peut sauver un assemblage, mais elle exige précision et discernement.
Le but est de sacrifier la vis. Pas le support qui se trouve autour.
Et si la vis casse à ras ?
On change alors complètement de problème. Il n’y a plus de tête ni d’empreinte exploitable. Selon le diamètre, le matériau, l’accessibilité et la valeur de la pièce, plusieurs solutions peuvent être envisagées :
- perçage centré et extracteur ;
- foret à gauche ;
- création d’une nouvelle prise ;
- méthodes spécifiques de mécanique ;
- perçage complet puis restauration du filetage dans les situations les plus difficiles. Pas valable dans le bâtiment.
À ce stade, surtout sur une pièce coûteuse, mieux vaut parfois consacrer dix minutes à réfléchir à la méthode plutôt que de transformer une vis cassée en foret cassé dans une vis cassée.
Parce qu’un extracteur ou un foret cassé dans la fixation peut faire passer l’intervention à un tout autre niveau de difficulté.
Peut-on mettre du dégrippant sur une vis bloquée ?
Oui, lorsque la configuration et les matériaux le permettent.
Si la résistance provient de corrosion ou d’un grippage, un produit pénétrant adapté peut faciliter le démontage. Il faut lui laisser le temps d’agir. Mais là encore, le dégrippant n’est pas magique.
Une fixation mécaniquement bloquée, inaccessible au produit ou immobilisée par un système de freinage ne sera pas nécessairement libérée par quelques gouttes pulvérisées sur sa tête.
Identifier la cause reste essentiel.
Le vrai secret : sentir ce qui se passe sous l’embout.
Les visseuses modernes développent des couples considérables. C’est extrêmement pratique mais cette puissance permet également de détruire une petite empreinte en une fraction de seconde.
Le bon geste consiste donc à surveiller ce que l’on ressent et ce que l’on entend. Lorsque l’embout commence à :
- claquer ;
- sauter ;
- vibrer anormalement ;
- prendre du jeu ;
- ou sortir de l’empreinte,
on arrête immédiatement.
Le bruit d’un embout qui ripe n’est pas celui d’une machine « qui force ». C’est souvent celui d’une empreinte en train de mourir.
Faut-il acheter des embouts de qualité professionnelle ?
Sans tomber dans l’idée simpliste selon laquelle « cher = forcément bon », la qualité de l’embout compte.
Les fabricants professionnels proposent notamment des embouts conçus pour résister à des couples importants et des gammes spécifiques pour les visseuses à chocs.
Bosch distingue par exemple ses embouts destinés aux applications à impact de ses gammes standard.
Vous devez retenir un point : l’embout doit s’adapter à l’usage de la machine. Un embout soumis régulièrement aux chocs et aux couples élevés n’est pas sollicité comme un tournevis utilisé manuellement.
Et quel que soit son prix, un embout usé doit être remplacé.
Le petit tableau à garder sous la main
| Empreinte | Marquage courant de l’embout | Point de vigilance |
|---|---|---|
| Phillips | PH | Ne pas confondre avec PZ |
| Pozidriv | PZ | Reconnaître les marques secondaires de l’empreinte |
| Torx | T / TX | Utiliser exactement la bonne taille |
| Torx Security | selon fabricant | Embout percé nécessaire |
| Six pans creux | Hex / dimension en mm | Un embout trop petit arrondit l’empreinte |
| Fendue | SL / largeur | Adapter largeur et épaisseur de lame |
| Carrée | SQ / Robertson selon systèmes | Utiliser la taille exacte |
Vis foirée : Dans quel ordre essayer les solutions ?
Lorsqu’une vis est déjà abîmée, inutile de sortir immédiatement l’artillerie lourde. Nous procédons généralement du moins destructif au plus destructif :
- nettoyer parfaitement l’empreinte ;
- remettre un embout neuf, exact et correctement dimensionné ;
- essayer manuellement avec une forte pression axiale ;
- traiter un éventuel grippage lorsque c’est pertinent ;
- tenter une augmentation d’adhérence si l’empreinte est seulement légèrement abîmée ;
- saisir la tête avec une pince si elle dépasse ;
- recréer une empreinte si la configuration le permet ;
- utiliser un outil ou système d’extraction adapté ;
- percer la tête lorsque les autres méthodes raisonnables ont échoué.
Le meilleur choix dépend évidemment de la fixation et surtout de ce qui l’entoure.
Extraire une vis d’une vieille planche que l’on va jeter n’impose pas les mêmes précautions qu’intervenir sur une menuiserie, une machine, une pièce mécanique ou un équipement coûtant plusieurs milliers d’euros.
FAQ – Vis foirées et embouts de vissage
Comment enlever une vis foirée ?
Commencez toujours par nettoyer l’empreinte et essayer l’embout exact, neuf et correctement dimensionné. Si cela ne fonctionne plus, les solutions dépendent de l’accessibilité de la tête : tournevis manuel, pince-étau, création d’une nouvelle empreinte, extracteur ou, en dernier recours, perçage de la tête.
Comment enlever une vis foirée sans extracteur ?
Si la tête dépasse, une pince-étau peut être extrêmement efficace. Une empreinte seulement légèrement endommagée peut parfois encore être utilisée avec un embout neuf et parfaitement adapté. Il est également possible, dans certaines configurations, de recréer une fente dans la tête.
Quelle différence entre PH et PZ ?
Phillips (PH) et Pozidriv (PZ) sont deux empreintes cruciformes différentes. Elles peuvent sembler proches visuellement, mais leurs géométries ne sont pas identiques. Il faut utiliser un embout correspondant à l’empreinte.
Comment reconnaître une vis Pozidriv ?
En plus de la croix principale, l’empreinte Pozidriv présente généralement quatre marques secondaires disposées à 45° entre les branches principales.
Peut-on utiliser un PH2 dans une vis PZ2 ?
Le fait qu’un embout puisse entrer dans une empreinte ne signifie pas qu’il soit adapté. Utiliser le profil correspondant assure un meilleur contact et réduit le risque de détérioration. Pour une empreinte PZ2, utilisez un PZ2.
Pourquoi mon embout saute-t-il dans la vis ?
Les causes possibles sont nombreuses : mauvais profil, mauvaise taille, embout usé, mauvais alignement, pression axiale insuffisante, vitesse excessive ou résistance anormale de la vis.
Un embout usé peut-il foirer une vis ?
Oui. Lorsque les arêtes de l’embout sont détériorées, le contact avec l’empreinte devient moins efficace et le risque de ripage augmente.
Une vis à quelques centimes peut vous faire perdre une heure
Il y a quelque chose d’assez ironique dans les vis foirées. La fixation elle-même ne vaut parfois que quelques centimes.
Pourtant, lorsque son empreinte est détruite dans un endroit inaccessible, elle peut immobiliser un chantier, empêcher le démontage d’une machine ou transformer une intervention de cinq minutes en véritable séance de mécanique.
Conclusions
La plupart du temps, les premières secondes sont déterminantes.
- Identifier l’empreinte.
- Choisir le bon profil.
- Choisir la bonne taille.
- Utiliser un embout en bon état.
- Travailler dans l’axe.
Et surtout : Arrêter immédiatement lorsque l’embout commence à riper. Parce qu’entre une vis difficile à desserrer et une vis réellement foirée, il n’y a parfois que deux secondes de gâchette en trop. A bon entendeur !
Merci pour vos lectures et bon chantier.
Serge USTUN.












