Le SAVOIR FAIRE face au dérèglement climatique n’est pas un jeu de mot dans le bâtiment. L’adaptation, la résilience, les changements de paradigmes se heurtent à la réalité, et au réalisme : Mettre dans le réel. Comprenez bien ces nuances car elles vont diriger notre réflexion, qualifiable d’onthologiques, sur nos métiers, notre quotidien et notre avenir en tant qu’acteurs du bâtiment.
- Comment nous adapter ?
- Comment compenser la crise à venir avec résilience ?
- Comment accroître des compétences jusqu’à lors marginales (construction hors site, voies sèches, etc.) ?
- Allons nous perdre le SAVOIR FAIRE ?
Notre constat est sévère : Les entreprises artisanales qui ne disposent pas des outils de production hors site vont s’éteindre, mettre la clé sous la porte, ou se transformer pour résister « du moins » dans le gros oeuvre.
Nous testons pour la première fois, un article ouvert et vivant, qui de ce fait ne sera pas figé mais sera abondé de vos avis. Si ces derniers sont contradicteurs et judicieux, nous les intégrerons au présent dossier en vue de finaliser le sujet pour cette fin d’année.
Nous posons les bases, vous enrichissez.
Explications, raisonnement et prospective.
22 Août 2026, première journée travaillable depuis le 26 mai. Soit 89 jours de souffrance sur les chantiers pour nos collaborateurs, mais également pour les ouvrages. Inédit ? Certes.
Exceptionnel ? Il semblerait que non, car l’avenir laisse présager de mauvaises augures sur ce point. Je me suis donc posé la question, en tant que penseur du bâtiment, sur ce que vont devenir nos usages dans le bâtiment. J’organiserai ma pensée par étape, avec un constat de terrain, une prospective, et un recollement avec le savoir faire d’où je tire cet exercice de pensée : Le SAVOIR FAIRE face.
- Constat
- Prospective
- Solutions
Je proposerai d’ailleurs ce travail à communauté de lecture des professionnels du bâtiment, professionnels de la santé, et sociologues. Ce sujet dois être transpartisan et pluridisciplinaire du fait de son enjeu inédit. C’est la raison pour laquelle nous parlerons de dossier « vivant » ou article « vivant » car ce dernier va évoluer avec, précisément, vos avis.
Je vous remercie, et vous souhaite une bonne lecture. Serge USTUN, directeur de la rédaction du magazine Monbatiment.fr / Expert et formateur.
Face à la canicule : Attaquer les chantiers plus tôt n’est pas viable
En été, au risque de suggérer que l’été débute dorénavant en mai, tous les intervenants et interlocuteurs cristallisent leurs solutions sur un paradigme infondé et très faiblement crédible : Pour parer aux conditions des canicules récurrentes, il suffit d’attaquer les chantiers plus tôt. Nous allons déconstruire cette pensée qui tient plus de l’optimisme (sain malgré tout) que du réalisme sur le terrain. Et de ce fait, nous tirerons une conclusion peu habituelle, peu intuitive, et qui va rebrousser les avis d’un grand nombre de spécialistes. Nous sommes, pour une fois, réellement face au mur, comment allons nous gérer cette nouvelle et complexe difficulté dans nos métiers.
Électroportatif : La pièce angulaire d’une impossibilité technique de s’adapter
Que veut dire très exactement « attaquer nos chantiers plus tôt » ? Qu’entendons nous par plus tôt ? 8 heures ? 7 heures ? Ou pourquoi pas 6 heures du matin ?
Le principe est fiable, il est entendable, et il est crédible. Sur le papier. Car dans les faits, attaquer un chantier « plus tôt » induit de nombreux barrages que les intervenants et intellectuels qui s’expriment sur le sujet ne comprennent pas : Aujourd’hui, on ne scie plus à la main, avec une simple égoïne, et on ne coule plus le béton à la brouette. Nos métiers sont devenus friands, voire esclaves et totalement dépendants des technologies :
- On scie avec une circulaire, plongeante, radiale, etc.
- On démolit avec un marteau piqueur.
- On cloue avec un cloueur à gaz.
- On coule le béton à la toupie.
- Bref : On fait du bruit.
Si nous excluons les artisans très minoritaires et marginaux (en nombre) qui constituent le corps des compagnons, comprenons bien que la totalité des autres intervenants sur les chantiers ne peuvent plus se dispenser de l’outillage électroportatif.
Aucun collaborateur en 2026 n’acceptera de débiter une panne massive de 32 centimètres avec une scie égoine. Et comment le lui reprocher ?
- 1er problème : L’électroportatif génère des nuisances sonores incompatibles avec un démarrage de chantier à 5 ou 6 heures du matin.
- 2ème problème : La qualité du geste (dégradée aux heures évoquées), la sécurité, et la pérennité des ouvrages exécutés.
Maintenant que nous savons cela, c’est intellectuellement et juridiquement imparable, nous allons simplement écarter les outils qui génèrent une nuisance sonore et faire un bilan :
Débuter les chantiers plus tôt : Qui souffre le plus ?
Sur les plateaux télévisés, les chroniqueurs évoquent des solutions pour être résilient face à la canicule. Cela consiste à débuter les chantiers plus tôt (en termes horaire). L’hypothèse intelligible, mais est-ce un hypothèse viable sur le terrain ?
Un ouvrier du bâtiment qui peine à trouver le sommeil vers quatre heures du matin en période de canicule, et qui doit « embaucher » à 5 heures n’est pas ce qu’on considérer comme une stratégie judicieuse. Les accidents du travail vont considérablement se multiplier, du fait du manque de repos et de la désynchronisation des gestes dus à une embauche trop matinale. Le corps humain n’est pas une machine.
Ce risque vise essentiellement les erreurs lourdes, qui mènent bien souvent à l’irréparable. Une planche mal posée qui s’efface sous son poids, manque de visibilité et d’acuité, un trait de scie qui dérape, ou pire : Une chute du 3eme étage.
- Risque d’augmentation des accidents du travail.
- Risque de dégradation de la mise en œuvre.
- Risque de désertion de nos métiers et moyen / court terme.
« Aux heures matinales en été, le point de rosée va lourdement contraindre la faculté de circuler sur une toiture. Les couvreurs se mettront en danger., comme les charpentiers. » Un détail qui tue dans le bâtiment.
Par conséquent, il est légitime d’intégrer ici la fameuse notion tant appréciée du « bénéfice sur risque ». Au vu de la législation, parfaitement univoque, l’employeur est responsable de la santé de ses employés. Alors soyons simplement factuels, au regard de l’accidentologie, aucun employeur ne prendra ce risque. Maintenant que cela est dit, soyons simplement humains : Ce paradigme est totalement irresponsable.
Démarrer les chantiers plus tôt en été : Une douce chimère irréalisable dans les faits
Deux conditions irréductibles se heurtent à la modification substantielle des horaires de travail en été :
- Le bruit généré par les chantiers, les rotations d’engins, etc.
- Les conditions de travail (fatigue, visibilité, assurance des gestes).
Les textes juridiques de base
- Code de la santé publique (art. R.1336-5 à R.1336-11 et R.1337-7) : réprime les bruits de voisinage excessifs, dont ceux des chantiers, sans fixer d’horaires précis nationaux.
- Code de l’environnement : encadre notamment les gros chantiers d’infrastructure (obligation d’informer préfet et maire un mois avant le début des travaux).
- Code du travail (art. R4213-5 et R4213-6) : oblige les employeurs à limiter le bruit pour les salariés et le voisinage.
Horaires « indicatifs » les plus fréquemment retenus
Ces plages reviennent le plus souvent dans les arrêtés municipaux, mais elles ne remplacent jamais l’arrêté de votre propre commune :
| Jour | Plage habituelle |
|---|---|
| Lundi–vendredi | 7h/8h – 20h/22h |
| Samedi | 8h – 19h/20h |
| Dimanche et jours fériés | Interdit, sauf dérogation exceptionnelle |
Exemple concret : à Paris, l’arrêté préfectoral du 29 octobre 2001 autorise les travaux bruyants du lundi au vendredi de 7h à 22h, le samedi de 8h à 20h, et les interdit le dimanche.
Dans le réel, que traduisent ces données ?
Nous rédigions un triste article ce 26 mai 2026 expliquant que nous devions stopper notre chantier pédagogique pour cause de chaleur extrême. Ce même jour un jeune couvreur de 19 ans mourrait d’hyperthermie due à la canicule (dans le Diois). Ce que nous ignorions à ce moment précis.
Nous profitions de cet arrêt de l’activité pour aller questionner des ouvriers du bâtiment à quelques kilomètres de là, sur le chantier d’un EPHAD de grande envergure, totalement réalisé en béton. Prise de température entre deux écoinçons axés EST/SUD : 69 degrés celsius au voisinage des parois. A 12 heures.
Soyons pragmatiques : Dans cette commune l’activité de chantier ne peux en aucun cas débuter avant 8 heures, d’autant plus que le chantier jouxte un hôpital. 8 heures – 11 heures : 3 heures d’activité avant de se mettre en danger. Certes, ce jour là particulièrement fut terrible mais si nous retenons les prévisions des experts climatiques, ces pics de chaleur vont devenir la norme dans les quelques années à venir.
Dès lors, pour effectuer une journée traditionnelle de 7 heures, il faudrait que nos collaborateurs débutent dès 4 heures du matin. Problème principal, à 4 heures du matin il est impossible de travailler dans des conditions « safe » faute d’éclairage naturel. En outre, nos chantiers devront être suffisamment loins de tout lieu résidentiel pour ne pas contrevenir au légitime bien être des résidents.
A 4 ou 5 heures du matin, même avec des projecteurs, chaque geste devient un danger.
- Faux pas, chutes, glissades.
- Faux gestes, coupes biaises, accidents.
- Travail mal exécuté.
- Etc.
Autre élément important non pris en compte par les intervenants au sujet : A 4 heures du matin, aucun transport en commun sur la commune et les communes avoisinantes (à 50 kms de rayon). Est-ce à dire que chaque employé devra de facto disposer d’un véhicule ? Allons nous organiser des « ramassages » et surtout : Accepterons nous de payer nos employés en heures de nuit, à l’instar de l’industrie ?
Dernier point, et non des moindres, avec ces fortes chaleurs, le corps humain ne se repose réellement que tard dans la nuit, aux heures de fraîcheur. Or c’est très exactement à ces heures qu’il faudrait débuter son chantier en période de canicule. La boucle semble bouclée, c’est un pari impossible à tenir.
Consulter le livret statistique de sinistralité de l’assurance maladie / CTN B 2024 / Format PDF.
On décrypte en chiffres
Analyse par concaténation des jours, dans une hypothèse où nous devrions observer à la règle les congés intempéries et canicule (commune de Crest / période du 26 mai au 22 Août 2026). On extrait les jours de canicule et de pluie qui tombent un weekend.
Nous gardons exactement notre définition précédente : pas de travail si le jour est un samedi/dimanche, férié, jour de pluie (≥ 1 mm) ou jour de canicule/vigilance canicule.
Pour Crest, dans la Drôme (26) les relevés météo confirment notamment les jours de pluie de juin (2 et 4 juin) et les épisodes très secs de juillet ; le 19 août a reçu 1,2 mm. (Meteociel) Les périodes de vigilance canicule de la Drôme sont également documentées pour fin mai, fin juin et fin juillet-début août. (Santé publique France)
🧮 Résultat
Sur 89 jours, du 26 mai au 22 août inclus :
- Week-ends : 25 jours
- Jours fériés supplémentaires : 1 jour (14 juillet ; le 15 août est déjà un samedi)
- Jours de canicule supplémentaires après retrait des week-ends : 32 jours
- Jours de pluie supplémentaires : 3 jours
Cela donne :
89 − 25 − 1 − 32 − 3 = 28 jours travaillés.
👉 Donc, selon les règles, il ne resterait que 28 jours travaillés sur ces 89 jours.
Autrement dit, 61 jours sur 89 auraient été des jours « non travaillés », soit environ 69 % de la période.
⚠️ Petite réserve : le chiffre de 28 dépend de notre définition de « jour de canicule » par vigilance départementale et de « jour de pluie » à partir de 1 mm. Les données de la station de Crest sont bien disponibles au jour le jour, mais certaines données du mois courant restent provisoires. (infoclimat.fr)
Décompte consolidé :
🌡️ 1. Jours de canicule
Si l’on retient comme critère les jours où la Drôme était officiellement en vigilance canicule jaune/orange Météo-France, j’arrive à :
➡️ 47 jours de canicule
Détail :
- 26 au 31 mai : 6 jours en vigilance jaune canicule.
- 20 au 28 juin : 9 jours en vigilance orange.
- 5 au 16 juillet : 12 jours : la Drôme était concernée dès le 5 juillet et la vigilance canicule a été maintenue jusqu’au 16 juillet.
- 29 juillet au 17 août : 20 jours consécutifs en vigilance orange, ce qui a constitué un record national pour la Drôme et l’Ardèche.
Total : 6 + 9 + 12 + 20 = 47 jours.
Petite précision importante : ici, « jour de canicule » signifie jour faisant partie d’un épisode de vigilance canicule, et non simplement un jour où il a fait plus de 30 ou 35 °C à Crest.
🌧️ 2. Jours de pluie
En prenant comme définition au moins 1 mm de précipitations sur la journée, comme dans les relevés climatologiques de Meteociel :
➡️ environ 14 jours de pluie
- 26–31 mai : 0 jour
- Juin : 2 jours (2 et 4 juin)
- Juillet : 3 jours environ, notamment autour des 25–26 juillet
- 1–22 août : 2 jours au-dessus du seuil de 1 mm dans les relevés disponibles (14 et 19 août).
➡️ Total : environ 14 jours.
La période a donc été très sèche, malgré quelques épisodes orageux.
📅 3. Samedis, dimanches et jours fériés
Sur les 89 jours calendaires du 26 mai au 22 août inclus :
Type de jour Nombre
- Samedis 13
- Dimanches 12
- Jours fériés 2
Week-ends au total 25
Les deux jours fériés concernés sont :
- 14 juillet — Fête nationale
- 15 août — Assomption
À noter que le 15 août 2026 tombe un samedi, donc il est déjà compris dans les 13 samedis.
📊 Résumé
Du 26 mai au 22 août 2026 inclus :
🌡️ 47 jours de canicule selon les périodes de vigilance canicule
🌧️ ≈ 14 jours de pluie
🟦 13 samedis
🟩 12 dimanches
🇫🇷 2 jours fériés
📆 89 jours au total
En bref, sur la période
Cette période aurait dû permettre un total de 63 jours travaillés, réduite à 28 jours. Si nous prenons uniquement ces chiffres, le quota collerait presque avec les congés payés qui pourraient techniquement couvrir la période. En revanche, cela sous tend que plus aucun jour de CP ne serait pris en dehors de cette période, notamment pour la fin d’année par exemple. Malheureusement, le segment canicule précoce / forte pluies s’élargit d’année en année. La canicule arrive plus tôt, perdure plus longtemps, et les pluies torrentielles lui font immédiatement place.
La tendance du dérèglement climatique étant très nettement à la hausse, il paraît irréfragable que cette situation, encore absorbable par le système, ne finisse pas très rapidement être en stress, et générer des désordres sans précédent dans la manière dont on appréhende nos chantiers, nos plannings, et nos systèmes constructifs.
Un inévitable désengagement des jeunes sur les métiers du bâtiment
Les métiers du bâtiment sont des métiers rudes, délétères, éprouvants, et seuls les plus motivés souhaitent s’engager à long termes sur ces professions. Adapter les horaires ou les journées de travail en fonction des conditions climatiques va générer un regain de désintérêt des plus jeunes pour nos métiers.
Historiquement, le bâtiment structure ses propres codes, et les érige au rang supra-réglementaire. On ne travaille pas le samedi, on s’arrête manger convenablement à midi, et on essaie de récupérer : Nos métiers sont physiquement éprouvants et dangereux pour un corps fatigué.
Si nous écartons la notion de régularité dans le travail, et que nous tentons de compenser par un report des heures non travaillées sur des jours ou des horaires habituellement chômés, cela sera contre productif. Les jeunes apprentis, ou jeunes ouvriers qui généralement exécutent les tâches les plus pénibles vont fuir le secteur.
Nous perdrons du savoir faire en devenir, de façon irréversible.
Un enjeu de santé global sous estimé
Arrêts de travail, accidents grave, et décès dans le BTP : Baisse des arrêts courts, hausse des accidents graves.
- Nombre de décès en hausse sur la période.
- Nombre d’interruptions permanentes (IP) en hausse sur la période.
- Nombre d’arrêts courts en baisse.
En première approche il est possible de constater quelque tendances sur la décennie en termes de santé dans le BTP. Les arrêts courts, sont clairement à la baisse (ce qui est un bon signe pour le secteur) mais les accidents graves et les décès sont à la hausse. La question légitime qui se pose est double. La baisse des arrêts de courts termes est-elle due à une amélioration de la prévention et notamment sur la question des EPI (Equipements de protection individuels) ou bien au durcissement des règles d’indemnisations par l’assurance maladie ?
La deuxième question qui se pose évidemment, à laquelle nous devons impérativement apporter des réponses, c’est l’augmentation des accidents graves entrainants des interruptions définitives de travail. A n’en point douter, les vecteurs climatiques jouent ici leur rôles d’accélérateurs de risques.
Les matériaux devront évoluer conjointement à nos modes de mise en œuvre
Construction hors site, changement des procédés et systèmes constructifs, la voie sèche semble incontournable. Le maître mot à retenir ici est : voix sèche.
Nous devons des aujourd’hui penser en termes de construction hors site. Toute entreprise du gros œuvre qui ne comprend pas cela se met en danger. Il faut donc être proactif et ne pas sous estimer les challenges inédits qui nous attendent.
- Créer des ateliers pour favoriser le hors site.
- Minimiser les flux de transports.
- Planifier avec précision la pose des grues, engins de levages etc.
- Former des techniciens compétents pour les implantations, les phases avant exécution, les plannings.
- S’orienter vers des matériaux résilients.
- Se rapprocher des systèmes de production des industriels.
Nous perdrons du savoir faire, à n’en point douter. En revanche, nous perdureront sur la décennie, ce que les entreprises 100% terrain n’arriveront pas tenir. Cela vaut également pour la rénovation, car le paradigme de la complexité qui engendre la marginalité n’est plus d’actualité. Dans le gros œuvre, personne ne sera épargné par les périodes de canicules et même les métiers très prisés, marginaux, et en tension vont perdre en planning, donc en CA.
Avec les fortes périodes de pluies qui vont se substituer aux fortes périodes de canicules, nous devrons nous tourner vers des matériaux très résistants, hydrofuges, et aptes à rester « nus » pendant les phases d’abandon du chantier.
Couverture et parois en grand éléments : Le futur non négociable
Les systèmes de couverture et d’étanchéité en grand éléments (tout comme les parois préfabriquées) devront se substituer aux appareillage en petits éléments.
Le parpaing et la brique devront reculer face aux murs ossature bois ou murs en béton de bois par exemple, préfabriqués en usine. Les tuiles, le tavaillons, l’ardoise devront faire place aux panneaux en grands éléments tels que les panneaux sandwichs ou le bardeau bitumé. Le bardeau demeure un petit élément certes, mais sa mis en œuvre peux se substituer aisément à la tuile du fait d’un manutention réduite et d’une mise en œuvre extrêmement rapide.
L’avenir c’est :
- Les parois porteuses réalisées en atelier (hors site). Ossature bois / panneaux massifs / béton de bois.
- Des couvertures déployables rapidement : Panneaux sandwich, platelages hydrofuges types AGEPAN, bardeaux bitumés.
Impossibilité technique, manque de réalisme du paradigme, métier par métier
- Maçons (appareilleurs) et maçons coffreurs.
- Terrassiers.
- Charpentiers.
- Couvreurs / étancheurs.
- Zingueurs.
Ces métiers sont à surveiller. Ils sont au plus proche des matériaux et au plus exposé du rayonnement solaire souffrant d’un double effet : Le rayonnement direct et la réverbération des supports (souvent nus) qui créent un phénomène de « grill » au voisinage des parois. La chaleur devient dès lors extrêmement dangereuse pour le corps humain, mais également pour les matériaux et les outils.
Des vacances forcées et une hausse de l’activité hebdomadaire pendant les autres mois
25 jours de congés payés équivalent jours ouvrés, nous sommes dorés et déjà en dépassement selon nos hypothèses sur la simple année 2026. Nous avons besoin de 35 jours, et nous n’en disposons que de 25. Autrement dit, et pour faire simple, l’ouvrier du bâtiment est de facto redevable de 10 jours, cette année dans la Drôme. Nous grossissons volontairement le trait car les projections sont plus pessimistes qu’optimistes à l’horizon 2030.
Un salarié débiteur de 10 jours ? Nos systèmes basés sur la production sont allergiques à ces propos. En première approche, il sera évidemment demandé à nos collaborateurs de faire du RTT inversé. Autrement dit, de surcharger des journées ou semaines de travail, pour combler ces 10 jours d’absence de production. Tout ceci, sans évoquer les périodes de gel, de neige, et les fortes périodes de pluies à venir : Nous ferons un nouveau bilan en fin d’année.
Dans le bâtiment nous en avons l’habitude, nous le faisons naturellement. Mais pas à de tels niveaux. En cas de hausse des journées défavorables de seulement 10%, ce sont près de 40 jours non travaillés qu’il faudra rattraper : Un non sens.
Quand la canicule de sévit pas, il pleut !
Le dérèglement climatique n’est pas uniquement et strictement synonyme de chaleur caniculaire, il vient avec son lot de pluies plus violentes et moins prédictibles. Or la pluie (comme la neige ou le gel) est l’ennemie numéro 1 du bâtiment. Raison pour laquelle le régime des intempéries ne formalise que ce cas de figure officiellement depuis des décennies. Si les pluies torrentielles consécutives aux canicules s’abattent dès Septembre, avec une charge permanent en octobre et en novembre, il est aisé d’anticiper une véritable aggravation de tous les éléments de stress que nous venons d’évoquer jusqu’ici.
De quoi alourdir considérablement le casse tête que va représenter un planning chantier dans les années à venir. Pour faire simple, les « lucarnes » météo idéales se réduisent, et nous devrons donc anticiper, évoluer, et revoir nos systèmes constructifs. Les bétonniers maîtrisent cela depuis des décennies, mais ils sont les seuls. En quoi cela va-t’il nous obliger à repenser le bâtiment, et faire œuvre de SAVOIR FAIRE face ? Et bien nous y venons.
Le SAVOIRE FAIRE, premier outil pour faire face
Nous serons brefs et concis : Seuls les systèmes constructifs hors sites vont perdurer et se pérenniser après 2030. Cette affirmation n’est pas une croyance, elle est fondée sur une extrapolation des constats actuels. Seules les entreprises qui maîtrisent la construction hors site vont tenir face au dérèglement climatique et le SAVOIR FAIRE va évoluer, au risque de se perdre. C’est ici que le bénéfice / risque devient contre intuitif. Nous allons déployer des trésors d’ingénierie et de systèmes de productions en atelier, et nous allons DE FACTO perdre les connaissances ancestrales du geste et du savoir de l’homme de l’art. Le maçon et le charpentier ne seront plus indispensables, ils seront marginaux. En outre nous risquons par là même de perdre des sciences inégalées telles que celle du trait par exemple (en charpente).
Celles et ceux qui ont un SAVOIR réel et pointu sortiront, pendant un temps, leur épingle du jeu. Ils feront face. Les autres seront relayés à la mise en arase de la lisse basse, et point barre. C’est éminemment triste, et réducteur, nous en convenons. Mais c’est très exactement ainsi que les choses vont évoluer.
Conclusion
Ce document est un exercice de pensée dont le sujet demeure pour le moins grave. Nous souhaitons que vous participiez en abondant vos avis, vos hypothèses, et du contradictoire constructif à nos conclusions.



