15 erreurs que même les pros font encore en posant du placo ! Aucune rancune, on fait le tour, on en parle simplement et on analyse le sujet. Si cela peut vous éviter de reprendre vos ouvrages et vos travaux, alors le pari sera gagné !
15 erreurs que les pros font encore en pose de placo
Et comment les éviter !
La pose de plaques de plâtre (le fameux « placo ») fait partie des tâches les plus courantes dans le second œuvre. Elle semble simple, presque évidente : Monter une ossature, visser, enduire, poncer. Mais en réalité, même les artisans expérimentés laissent parfois passer des détails qui peuvent impacter la solidité, la planéité, l’isolation, l’étanchéité à l’air ou la tenue des finitions.
Dans ce dossier, je vous propose de passer en revue 15 erreurs fréquentes, parfois surprenantes, commises aussi bien par des amateurs que par des professionnels aguerris. Comprendre ces pièges est la meilleure façon de garantir un rendu impeccable et durable. Le but étant d’éviter les désordres pouvant être sanctionnés suite à une expertise, ou tout simplement de vous éviter de devoir reprendre vos ouvrages.
Faire et défaire, c’est pas top !
1. Mal dimensionner ou espacer l’ossature métallique
Attention aux faux entraxes !
Beaucoup pensent que « du moment que les rails sont droits, ça ira ». Notamment lorsqu’il s’agit de combler un manque, dans un angle par exemple. On se dit qu’une plaque posée à « l’américaine » pourra faire l’affaire. En réalité, l’espacement des montants (généralement 40 ou 60 cm selon plaques et orientation) est très important et ce même dans un « coins » ou des angles à faible passage.
Un espacement trop large entraîne :
- une plaque qui cintre,
- des potentielles fissures à venir,
- un manque de stabilité structurelle.
Conseil :
Toujours respecter les entraxes, que ce sont en montants dos à dos ou en montants simples (mais également pour les fourrures) :
- Montage double → entraxe 60 cm dos à dos
- Montage simple → entraxe 40 cm
Et surtout : vérifier la planéité du sol et du plafond avant pose.
2. Fixer les montants directement contre les murs irréguliers
Dans les vieilles bâtisses ou les murs en briques, beaucoup fixent directement les rails contre le support, sans vérifier la verticalité ou la planéité. Résultat : Une contre cloison de travers et un montage difficile. Cela ne serra peut être pas flagrant dans un couloir, mais s’il s’agit d’une cuisine ou d’une salle de bain, vos équerrages seront impossibles à réaliser.
Mon conseil :
Toujours caler les rails avec des cales métalliques réglables et/ou des appuis de type OPTIMA, et vérifier au laser ou au niveau. La plaque doit être posée sur une ossature parfaitement plane, même si le mur d’origine ne l’est pas. Y compris s’il s’agit de perdre « quelques » centimètres de surface habitable.
3. Visser trop près des bords de la plaque
Les vis trop proches du bord (< 1 cm) font éclater le carton et réduisent la tenue mécanique. Même si la plaque « tient » pour l’instant, le bord fragilisé se fissurera dans le temps. Certains imaginent que gorger au plâtre, notamment sur les bords arrondis (le fameux « BA » de BA13) va consolider la structure : C’est faux !
Mon conseil : Respecter le « couturage » selon les préconisations des fabricants (PLACO FRANCE / SINIAT / Etc.) :
- 1 cm minimum du bord longitudinal,
- 1,5 cm du bord coupé,
- et toujours enfoncer la tête de vis sans déchirer le carton.
4. Oublier l’espace de dilatation en pied de plaque
Erreur très courante : poser la plaque « à ras du sol ». Le placo absorbe l’humidité et peut gonfler en cas de condensation ou de lavage du sol. Or une plaque de plâtre n’a pas « besoin » de prendre appui au sol, si cette dernière est correctement vissée, selon le couturage conseillé, elle ne risque pas de tomber ! Poser des petits cales d’épaisseurs pour donner un peu de mou, vissez, puis ôtez les cales. Dans le cas contraire, vous pourrez obtenir des désordres.
Conséquence :
- remontée d’humidité,
- déformation en pied,
- fissures dans les joints.
Mon conseil : Toujours laisser 1 cm d’espace entre la plaque et le sol (utiliser des cales) → invisible après plinthes ou le ravoirage.
5. Ne pas croiser les joints entre couches (doublage)
Quand deux couches de placo sont nécessaires (acoustique, résistance mécanique), certains alignent les joints pour aller vite. C’est une erreur majeure qui crée une zone de faiblesse. Ce cas de figure peut se produire lorsqu’on souhaite obtenir un parement coupe feu 1 heure par exemple (donc deux épaisseurs de BA13) ou bien dans le cadre de la réalisation de cloisons SAA ou SAD.
Le clouage (ou couturage) va fragiliser les montants et les éventuels supports si les plaques ne sont pas croisées, et vous risquez de visser au droit d’une vis déjà existante.
Mon conseil : Toujours décaler les joints d’un montant sur l’autre en quinconce.
6. Négliger le traitement de l’étanchéité à l’air
Même les pros n’accordent pas toujours l’attention nécessaire à l’étanchéité à l’air derrière le placo, alors que c’est essentiel pour :
- éviter les déperditions et les ponts thermiques,
- empêcher les circulations parasites dans les murs,
- améliorer l’acoustique.
Dans tout bâtiment, l’étanchéité à l’air est aussi importante que l’isolation elle même. C’est la base.
Mon conseil : Utiliser bandes adhésives spécifiques, manchons étanches, et joint acrylique à la périphérie (ou même de la mousse PU).
7. Faire des découpes imprécises
C’est l’erreur classique : découpe trop large, boîtier électrique mal tenu, plaque fragilisée, bourrage au MAP ou au PF3. Nous avons tous vu ces vidéos YouTube où les plaquistes découpent une plaque à main levée, et bien ne le faîtes pas ! Une plaque se découpe avec une règle, quelque soit votre niveau d’expertise. Une mauvaise coupe va vous obliger à corriger au plâtre, et cela va contrarier les supports. Pour les appareillages électriques, vous allez « handicaper » le travail des électriciens qui devront consolider au droit des boites d’encastrement.
Conséquences :
- décalage des appareillages, obligation de consolider au MAP ou au PF3,
- fissures, retrait du plâtre, mauvaise tenue dans le temps,
- finitions médiocres.
Mon conseil : Coupez vos plaques avec une règle, en reprenant votre cote pour ne pas devoir raboter ou recouper. Ne coupez pas non plus trop large. Utilisez une scie-cloche pour les encastrements, tracez au compas ou utiliser un gabarit, etc. « Mesure twice, cut one » comme je le répète souvent.
8. Utiliser les mauvaises plaques selon les pièces
Même des artisans se trompent encore entre BA13 standard, hydrofuge, feu, acoustique, renforcé…
Exemples d’erreurs fréquentes
- BA13 standard dans une salle de bain → catastrophe.
- Plaque acoustique dans un garage → inutile.
- Plaque standard derrière un poêle → dangereux.
Mon conseil : Toujours choisir la plaque en fonction de l’usage, l’humidité, la chaleur et la résistance mécanique requise. Je vous invite à lire mon dossier sur les différents types de plaques de plâtre.
9. Trop serrer les vis lors du vissage
Trop visser déchire le carton et affaiblit la fixation. La plaque tient… mais mal. C’est un coup de main à prendre, surtout lorsqu’on travaille avec un outillage non adapté.
Symptôme : Tête de vis enfoncée profondément, carton éclaté.
Conseil :
La vis doit juste affleurer légèrement en creux, sans rupture de la fibre du carton.
=> Utiliser une visseuse avec butée ou un embout spécial placo.
10. Ne pas utiliser les bonnes vis placo
Lorsqu’on pose du placo plusieurs types de vis sont nécessaires. Il y a effectivement les vis placo très connues, celles qui sont fines et noires, mais beaucoup de bricoleurs ou de plaquiste continuent à utiliser ces dernières pour visser les montants dos à dos : Erreur fatale !
Lorsqu’on double les montants, la pose dite « dos à dos », il faut utiliser de vis auto perforantes INOX. Celles qui sont couleur argent et qui sont spécialement conçues pour. Or je note que sur beaucoup de chantiers, vous continuez à utiliser les simples vis placo.
Conséquence : Les montants ne sont pas jointifs, et la stabilité structurelle n’est pas bonne. Résultat : Vous aurez immanquablement des fissures qui vont apparaitre.
Le cas de figure est déjà grave lorsqu’il s’agit de montants verticaux, mais il est littéralement dangereux lorsqu’il s’agit de plafonds autoportants. J’ai rédigé un article complet sur ce sujet, que je vous invite à lire :
Le faux plafond autoportant placo. Je vous donne tous les bons conseils et le guide technique pour réaliser votre faux plafond.
11. Charger trop l’enduit d’une seule passe
Erreur typique : vouloir remplir le joint du premier coup pour aller vite.
Résultat :
- retrait en séchant,
- fissures,
- sur-épaisseurs difficiles à rattraper.
Conseil :
Toujours travailler en 3 passes minimum :
- collage de bande
- première passe de recouvrement
- finition large (30 cm de large pour être invisible)
12. Pose de bandes papier mal marouflées
Même les pros en manque de patience le font :
une bande mal marouflée → bulles d’air → fissures visibles après peinture.
Conseil : Utiliser un couteau inox large, maroufler en appuyant fort, et vérifier qu’aucune bulle ne subsiste.
Si une bulle apparaît une fois sec → ouvrir au cutter et ragréer proprement.
13. Poncer trop tôt ou trop fort
Le ponçage excessif crée :
- des creux,
- une surface pelucheuse,
- l’apparition du carton.
Conseil : Laisser sécher totalement et poncer avec une grain 180–240, sans pression. Une aspiration couplée réduit la poussière et évite de trop poncer.
14. Négliger les jonctions angles sortants / rentrants
Les angles sont les zones les plus fragiles.
Erreurs courantes :
- pas de renfort,
- bande mal posée,
- angles non rectilignes.
Conseil
Pour angles sortants : cornières métalliques ou PVC + enduit.
Pour angles rentrants : bande renforcée ou bande papier bien marouflée.
Utiliser une règle ou un laser pour garantir la rectitude.
15. Ne pas prévoir la dilatation et les mouvements structurels
Le placo est stable… mais les bâtiments bougent. Le symptôme le plus connu étant la fissure du placo qui apparait systématiquement au droit des linteaux de fenêtres et de portes. Dans ce cas, vous devez adopter les bons gestes et ne pas poser un bord franc au droit de l’huisserie, mais faire une coupe en « L ». Fastidieux, certes, mais efficace.
Erreurs récurrentes :
- oublier un joint périphérique,
- calfeutrer trop rigide,
- visser trop près de zones de mouvement.
Conséquences : Fissures aux jonctions plafond/mur, autour des ouvertures, ou aux angles.
Conseil : Toujours prévoir un joint souple en périphérie (acrylique), et laisser au moins 3 à 5 mm de jeu autour des menuiseries.
Conclusion
Même les meilleurs plaquistes peuvent commettre des erreurs lorsqu’ils vont vite, lorsqu’ils travaillent dans des bâtiments anciens ou lorsqu’ils sous-estiment des détails qui semblent anodins. Pourtant, la qualité d’une pose de placo repose sur des points de rigueur très simples :
- une ossature parfaite,
- le bon choix de plaques,
- un vissage précis,
- un traitement des joints irréprochable,
- une anticipation des dilatations et défauts du bâtiment.
En évitant ces 15 erreurs (dont certaines sont très courantes) vous assurez une finition durable, propre et solide. Et surtout, vous évitez des fissures et des reprises qui coûtent du temps et donc, de l’argent.
Merci pour vos lectures et bon chantier.
Serge USTUN. Crédit photo de couverture : Jimmy Nilsson Masth.



