La remontée d’humidité par capillarité est une cause de dégât des eaux récurrente que nous devons rapidement diagnostiquer et appréhender. C’est notre quotidien en expertise.
Parmi les différentes causes de dégâts des eaux dans un bâtiment, la remontée capillaire est l’une des pathologies les plus insidieuses. Contrairement à une fuite visible ou à une infiltration évidente après un fort orage, elle s’installe lentement, parfois sur plusieurs années, causant des dommages structurels et sanitaires importants. Appréhendons ce phénomène, souvent confondu avec d’autres formes d’infiltrations, car il nécessite une approche spécifique pour être traité efficacement.
On évacue les biais cognitifs et on analyse les symptômes pour établir une expertise fiable, sans ambiguïté.
Qu’est-ce que la remontée d’humidité par capillarité ?
Comment faire un bon diagnostic ?
La remontée capillaire est un phénomène physique naturel. Elle se produit lorsque l’eau présente dans le sol remonte dans les matériaux poreux d’un bâtiment (briques, parpaings, pierres, mortier) par un mécanisme appelé capillarité. Ce phénomène est comparable à celui d’une éponge qui absorbe l’eau.
Les matériaux de construction anciens, mal protégés ou trop exposés, sont les principaux points faibles. L’eau contenue dans le sol s’y infiltre et peut remonter parfois jusqu’à 1,50 mètre de hauteur, voire davantage dans certains cas. Ce type d’humidité concerne principalement les bâtiments anciens qui ne disposent pas de coupure de capillarité (barrière étanche horizontale intégrée dans les murs à la construction). Cependant, des bâtiments plus récents peuvent également être touchés si cette barrière est défectueuse ou mal réalisée.
Il est par conséquent nécessaire de bien cerner cette pathologie afin de pouvoir offrir le bon diagnostic, et proposer la solution la plus adaptée. Si le doute persiste, il est également envisageable (voire pertinent) de solliciter une entreprise spécialisée en recherche de fuite afin de confirmer qu’il s’agit bien de remontées capillaires.
Les signes caractéristiques : L’œil de l’expert
La remontée capillaire présente des symptômes bien spécifiques, ce qui permet généralement de la distinguer d’une infiltration de toiture ou d’une fuite de canalisation.
Les principaux signes sont :
- Des traces d’humidité en bas des murs, généralement uniformes et horizontales
- Des cloques ou décollements de peinture
- Un effritement des plâtres et enduits
- L’apparition de salpêtre (dépôts blanchâtres)
- Une odeur persistante de moisi
- Des sols froids et humides
Le salpêtre est un indicateur clé.
Lorsque l’eau s’évapore en surface, elle laisse derrière elle les sels minéraux contenus dans le sol. Ces cristallisations dégradent progressivement les revêtements et fragilisent les matériaux. Nous avons pu constater ce phénomène sur notre dernière visite technique à la Mairie de Blacons (Drôme). Le cas est léger, mais il est réellement caractéristique du phénomène. Nous reviendrons dessus pour une analyse complète car des travaux sont en cours.
Les signes plus subtiles
- Tâches et assombrissement des joints de carrelage.
- Tâches et noircissement du bois sur les planchers, notamment le plancher bâtonnet.
- Piètements en talon extérieurs (enduit dégradé).
Il n’est pas toujours très évident de caractériser la cause, autrement dit la remontée par capillarité dans notre cas. Il faut une connaissance certaine des mécanismes principaux qui sont sources de dégâts des eaux. Nous avons récemment rédigé un dossier sur le métier de technicien en recherche de fuite car ces derniers sont formés pour discerner la naissance de ce type de désordre.
En maçonnerie, nous avons l’habitude de diagnostiquer une remontée capillaire, il s’agit principalement de corriger l’étanchéité des murs enterrés. Y compris les simples soubassements. En ossature bois, il s’agit de vérifier si la rupture de capillarité est effective : Bande de désolidarisation, bardeau bitumé, EPDM, etc.
L’Agence Qualité Conseil propose un guide technique plutôt très bien réalisé pour mieux appréhender le phénomène. Ce dernier est disponible en téléchargement sur leur site internet.
Ne pas confondre capillarité et point de rosée
Principal symptôme dans les deux cas : La moisissure sur les murs.
Les deux conséquences sont strictement identiques mais les causes ne le sont pas. L’expert doit immédiatement écarter l’une ou l’autre des ces deux causes.
Le point de rosée (que nous avons largement évoqué dans un dossier dédié) peut causer des symptômes identiques à la remontée de capillarité. En revanche, le traitement sera évidemment différent car dans ce cas le désordre n’est pas dû à une infiltration d’eau, mais plutôt à une accumulation d’eau due à la vapeur et au point de rosée. Certes, le cas de figure est plus rare et l’expert doit soulever cette hypothèse dans son raisonnement. Il visera la nature des matériaux en présence, le bon fonctionnement de la VMC, la présence d’un pare-vapeur, etc.
Pourquoi est-ce un véritable dégât des eaux ?
La remontée d’humidité par capillarité est souvent sous-estimée car elle ne provoque pas d’inondation spectaculaire. Pourtant, ses conséquences peuvent être lourdes. Salpêtre, dégradation des parement (notamment l’isolant et le BA13), la moisissure sur les murs marque la sonnette d’alarme.
En revanche, on oublie immédiatement toute notion de prise en charge de type IRSI. Ce qui n’empêche en rien de solliciter une recherche de fuite. Plus vite nous agissons, moindres seront les réparations.
Dégradation des matériaux
L’humidité constante affaiblit les maçonneries, détériore les joints et réduit la durabilité des structures. Les enduits se désagrègent, les peintures cloquent, les plinthes et parquets se déforment.
À long terme, cela peut compromettre la solidité du bâtiment.
Problèmes de santé / plus rares mais tangibles
L’humidité favorise le développement de moisissures et d’acariens. Ces micro-organismes peuvent provoquer :
- Allergies
- Troubles respiratoires
- Irritations
- Asthme
Les logements touchés deviennent inconfortables et potentiellement insalubres. Attention, comme nous l’évoquons plus haut, il ne faut pas confondre ce phénomène avec l’accumulation d’humidité dûe au point de rosée et au manque de ventilation.
Perte de valeur immobilière / dévaluation du bâti
Un bien affecté par la remontée capillaire perd de sa valeur. Les acheteurs sont particulièrement vigilants face aux traces d’humidité, car les travaux peuvent être coûteux et complexes. Même si vous réalisez un embellissements propre et récent, un expert pourra rapidement déceler le désordre masqué et les risques sous jacents. Ne trichez pas sur ce point ! Corrigez le simplement.
Les causes aggravantes
Plusieurs facteurs peuvent amplifier le phénomène :
- Absence de drainage autour du bâtiment
- Niveau du sol extérieur plus élevé que le plancher intérieur
- Mauvaise ventilation intérieure
- Enduits extérieurs imperméables bloquant l’évaporation
- Gouttières défectueuses saturant le sol
Un terrain naturellement humide ou argileux accentue également le risque.
Comment diagnostiquer correctement ?
Un diagnostic précis est essentiel. Il ne faut pas confondre remontée capillaire avec :
- Infiltration latérale
- Condensation
- Fuite de canalisation
- Défaut d’étanchéité de façade
Un professionnel utilisera :
- Un humidimètre
- Une analyse des sels minéraux
- Un examen des schémas d’humidité
- Parfois une inspection par caméra thermique
La hauteur constante et horizontale des traces d’humidité est souvent révélatrice d’une remontée capillaire.
Les solutions de traitement
Le traitement dépend de la gravité et de la configuration du bâtiment. Plusieurs méthodes existent.
L’injection de résine hydrophobe :
C’est l’une des techniques les plus répandues. Elle consiste à injecter un produit hydrofuge dans la base des murs pour créer une barrière étanche empêchant l’eau de remonter.
Avantages :
- Solution durable
- Intervention relativement rapide
- Adaptée aux bâtiments existants
Le drainage périphérique :
Il s’agit de creuser autour du bâtiment pour installer un système de drainage qui détourne l’eau du sol loin des fondations.
Cette solution est efficace lorsque le terrain est fortement saturé en eau.
L’électro-osmose :
Technique plus spécifique, elle utilise un faible courant électrique pour inverser le flux de l’eau dans les murs. Elle est moins courante et dépend fortement des caractéristiques du bâtiment.
Les enduits respirants :
Après traitement, il est essentiel d’utiliser des enduits adaptés (chaux par exemple) permettant aux murs d’évacuer naturellement l’humidité résiduelle.
Un simple coup de peinture anti-humidité ne règle jamais le problème à la source.
En bref, il existe de nombreux produits pour réaliser une reprise de cette pathologie, les plus répandus étant les produits de PAREX ou SIKA, deux leaders sur le traitement des faiblesses d’étanchéité.
Prise en charge par l’assurance
La remontée capillaire est un cas particulier en matière d’assurance. Elle est souvent considérée comme un phénomène progressif et non accidentel. De ce fait, elle n’est généralement pas couverte par les garanties classiques “dégât des eaux”.
Cependant, si elle résulte d’un événement précis (canalisation rompue, défaut structurel couvert par une garantie décennale), une prise en charge peut être envisagée.
Il est donc important de :
- Vérifier son contrat.
- Déclarer rapidement tout dommage.
- Faire établir un diagnostic précis.
En bref, nous sortons donc clairement du cadre de l’IRSI en ce qui concerne les remontées capillaires. Nous avons déjà étudié le principe de l’IRSI, cette règlementation qui vise à faciliter la prise en charge des sinistres et notamment les dégâts des eaux.
Prévention : la meilleure stratégie à adopter
Comme souvent en matière de bâtiment, la prévention reste la solution la plus économique.
Quelques mesures efficaces :
- Vérifier régulièrement l’état des gouttières
- Assurer une bonne ventilation intérieure
- Maintenir un drainage fonctionnel
- Éviter les revêtements étanches sur des murs anciens
- Contrôler les niveaux de sol extérieur
Dans les constructions neuves, la mise en place d’une rupture de capillarité conforme aux normes est indispensable. Au risque de nous répéter, ceci est valable en maçonnerie traditionnelle comme en ossature bois ou pour le madrier empilé. Les conséquences sont potentiellement désastreuses.
Conclusion
La remontée capillaire est un dégât des eaux discret mais potentiellement destructeur. Son évolution lente la rend difficile à détecter au départ, mais ses conséquences peuvent être importantes tant sur le plan structurel que sanitaire.
Un diagnostic précoce, un traitement adapté et une prévention rigoureuse permettent de préserver la solidité du bâtiment et le confort des occupants. Ignorer les premiers signes revient souvent à laisser le problème s’aggraver et à multiplier les coûts de réparation.
Face à l’humidité, il ne faut jamais se contenter de masquer les symptômes : Il faut traiter la cause.
Merci pour vos lectures et bon chantier.
Serge USTUN.


