Dans le Puy-de-Dôme, un chantier d’envergure redessine la carte de la production fiduciaire française. À Vic-le-Comte, la Banque de France engage une refondation industrielle majeure autour de nouveaux bâtiments ultramodernes, appelés à devenir le cœur stratégique de l’impression monétaire nationale.
- Architecte retenu pour le projet : Joseph Alwan / Cabinet Ataub.
- Bureau de contrôle : SOCOTEC.
- Maîtrise d’œuvre : Groupe NOX.
Au sud de Clermont-Ferrand, dans la commune de Vic-le-Comte, un vaste projet industriel est en train de transformer durablement le paysage économique local. Derrière les clôtures sécurisées du site historique de la papeterie fiduciaire, la Banque de France mène depuis plusieurs années une opération baptisée « Refondation », destinée à regrouper, moderniser et pérenniser ses activités de production de billets.
Ce projet, d’une ampleur rare pour une institution publique française, dépasse la simple construction de bâtiments neufs. Il s’agit d’une réorganisation stratégique visant à repositionner la France comme acteur majeur de la production fiduciaire en Europe.
Un investissement de 220 millions d’euros
Décidé officiellement en juillet 2022 par le Conseil général de la Banque de France, le projet représente un investissement global de 220 millions d’euros. Son objectif : édifier à Vic-le-Comte une nouvelle imprimerie fiduciaire destinée à accueillir les activités historiquement implantées à Chamalières.
La logique industrielle est claire : rapprocher sur un même site la papeterie, l’imprimerie et un centre logistique afin de constituer un pôle intégré de production monétaire. Une mutualisation qui doit permettre de renforcer la compétitivité, réduire les coûts et améliorer les délais de fabrication.
À terme, ce nouvel ensemble fera de Vic-le-Comte l’un des sites de production publique de billets les plus modernes d’Europe.
Une infrastructure de nouvelle génération
Le projet prévoit la construction d’un complexe industriel de près de 40 000 m², dont environ 29 000 m² de bâtiments utiles répartis sur une emprise de 22 hectares.
Parmi les infrastructures prévues :
- une imprimerie fiduciaire d’environ 13 600 m² ;
- un centre logistique sécurisé ;
- des espaces de stockage de haute valeur ;
- des ateliers de maintenance ;
- des bureaux administratifs ;
- des espaces sociaux et un restaurant d’entreprise.
Au-delà des volumes, c’est toute la conception qui marque une rupture : bâtiments à haute performance énergétique, optimisation des flux, intégration logistique avancée, exigences de sûreté renforcées.
L’ambition est double : répondre aux standards industriels contemporains tout en intégrant les impératifs environnementaux.
Source : MRAE
Une transition écologique assumée
La Banque de France affiche une volonté claire : faire de cette nouvelle implantation un modèle de transition industrielle durable. Le projet prévoit notamment une réduction de 50 % des émissions de gaz à effet de serre par rapport aux installations existantes.
Cette orientation s’inscrit dans un contexte plus large de sobriété énergétique, renforcé depuis la crise ukrainienne et les nouvelles exigences climatiques européennes.
Les nouveaux bâtiments sont pensés pour minimiser leur consommation, optimiser la récupération des eaux pluviales, intégrer des solutions techniques de pointe et limiter leur impact environnemental global.
Un enjeu stratégique pour la souveraineté française
Au-delà des considérations locales, le chantier de Vic-le-Comte revêt une portée nationale.
Dans un contexte où plusieurs pays européens ont progressivement abandonné leur capacité de production fiduciaire, la France fait ici le choix inverse : préserver un savoir-faire régalien.
Produire ses propres billets n’est pas seulement une activité industrielle. C’est un levier de souveraineté.
Le regroupement à Vic-le-Comte vise ainsi à sécuriser durablement cette compétence stratégique, tout en garantissant une fabrication au meilleur coût pour l’État et les citoyens.
Un chantier au long cours
Après validation définitive en 2023, les travaux sont entrés dans leur phase opérationnelle à la fin de cette même année. La construction doit se dérouler principalement sur 2024 et 2025, pour une mise en service progressive à partir de 2026. Le transfert des activités d’impression depuis Chamalières vers Vic-le-Comte marquera alors une nouvelle étape dans l’histoire industrielle de la Banque de France.
Cette transition implique une réorganisation profonde des équipes, des process et des métiers.
La SOCOTEC obtient la gestion de la sécurité du chantier (CSPS)
Le SPS (ou CSPS) définit la notion de Sécurité et de Protection de la Santé (le « C » exprimant la notion de coordination). C’est la SOCOTEC qui décroche le contrat pour assurer cette prestation (obligatoire pour tous les chantiers d’envergure et marchés publics). Les risques à écarter sont la mission principale de ce type d’intervention :
- Risques liés à la coactivité.
- Plus de 100 entreprises présentes sur le chantier.
- Bases de vie.
- Engins de levage.
- Etc.
Ce type d’intervention nécessite l’élaboration d’un cahier des charges appelé PPSPS (pour chaque entreprise) et dont le plan général PGC définira les contours globaux.
Source : SOCOTEC
Une modernisation qui suscite aussi des tensions
Comme tout projet de transformation majeure, la refondation n’a pas été exempte de débats sociaux.
Les négociations autour des conditions de travail, des mobilités internes et des plans de compétitivité ont suscité plusieurs tensions avec les organisations syndicales. Ces discussions ont été au cœur du processus de validation du projet.
La Banque de France a conditionné l’investissement à un accord social garantissant la mise en œuvre d’évolutions organisationnelles.
Pour l’institution, la modernisation industrielle doit impérativement s’accompagner d’un effort collectif sur la performance.
Vic-le-Comte, nouveau centre névralgique
Pour la commune et son bassin d’emploi, l’impact est considérable.
Le site de Vic-le-Comte devient progressivement un pôle industriel d’excellence à haute valeur ajoutée, renforçant l’attractivité économique du territoire.
Cette mutation consolide également la place du Puy-de-Dôme dans l’écosystème industriel national.
En concentrant des activités aussi sensibles que la fabrication monétaire, la région acquiert un rôle stratégique rarement visible mais fondamental.
Une refondation plus large qu’un chantier
À Vic-le-Comte, la Banque de France ne construit pas seulement des murs.
Elle redéfinit son modèle industriel, réaffirme une ambition de souveraineté et prépare une nouvelle génération d’outils de production adaptés aux enjeux du XXIe siècle.
Entre performance, écologie et sécurité, ce projet illustre la manière dont une institution bicentenaire tente de conjuguer héritage et modernité.
À l’horizon 2026, lorsque les premières machines entreront en service, c’est une page nouvelle qui s’ouvrira — pour la Banque de France, pour le territoire auvergnat, et pour l’industrie fiduciaire française.
Sources
- Construction d’une nouvelle imprimerie fiduciaire à Vic-le-Comte | Banque de France
- CSPS pour le projet de construction de l’imprimerie de la Banque de France | Socotec.fr
- Projet Refondation : démarrage de la phase de réalisation de la nouvelle usine | Banque de France




