La fausse équerre, également appelée sauterelle, est un instrument de traçage et de report d’angle utilisé principalement en menuiserie, en charpente, en ébénisterie, en métallerie et dans divers métiers du bâtiment. Contrairement à l’équerre classique, dont l’angle est fixe à 90 degrés, la fausse équerre possède une lame mobile permettant de reproduire, reporter ou contrôler n’importe quel angle.
La fausse équerre, au même titre que le compas, est avant tout un outil permettant un report d’angle.
Cet outil est particulièrement apprécié pour sa simplicité, sa polyvalence et sa capacité à transférer fidèlement des angles d’une pièce à une autre sans nécessiter de lecture chiffrée. Il constitue ainsi un instrument fondamental dans les travaux nécessitant des assemblages précis ou la reproduction d’angles complexes.
Fausse équerre : Étymologie et terminologie
Le terme fausse équerre provient de l’ancien sens du mot « faux », qui signifie ici « variable » ou « non fixe », et non « incorrect ». L’expression désigne donc une équerre dont l’angle peut être modifié.
Ci-dessus : La fausse équerre de la rédaction. Crédit photo : S.USTUN / Google Pixel 9 PRO.
L’appellation sauterelle, plus courante dans certaines régions francophones et dans le langage des artisans, ferait référence au mouvement articulé de la lame, évoquant les pattes articulées de l’insecte du même nom. Cette dénomination est particulièrement répandue dans les métiers du bois.
Ci-dessus : Criquet (similaire à la sauterelle) dont l’angle articulé des pattes explique la terminologie de l’outil de tracé. Crédit photo : S.USTUN / Google Pixel 9 PRO.
Dans le monde anglophone, l’outil est connu sous les noms de sliding bevel, bevel gauge ou T-bevel.
Description de la fausse équerre
La fausse équerre se compose généralement de deux éléments principaux :
- un talon ou crosse, généralement en bois, en métal ou en matériau composite ;
- une lame mobile, métallique dans la plupart des cas.
Ces deux parties sont reliées par un axe de pivotement permettant de modifier l’angle entre elles. Une vis de serrage, un écrou papillon ou un mécanisme de blocage assure le maintien de l’angle choisi. Le principe est particulièrement simple.
Ci-dessus : Gros plan sur une fausse équerre à talon bois et coulisse. Crédit photo : S.USTUN / Google Pixel 9 PRO.
Il est tout à fait possible de fabriquer une fausse équerre soi-même, avec le strict minimum de ressources : 2 carrelets de menuisier parfaitement rectilignes, et un écrou avec contre écrou. Si vous n’en disposez pas, deux simples tasseaux feront grossièrement l’affaire.
La longueur de la lame varie selon les modèles et les usages. Les outils destinés à la menuiserie fine possèdent souvent une lame de 150 à 250 mm, tandis que les modèles destinés à la charpente ou à la construction peuvent atteindre 500 mm ou davantage. Il est toujours appréciable d’en posséder au moins deux modèles : Une petite et une grande.
La « sauterelle » ne doit pas être confondue avec la grenouille de charpentier, même si en un sens, elle en reproduit assez bien le fonctionnement. La grenouille étant par nature une double sauterelle assemblée en parallélépipède mobile, permettant de reporter toute section de bois.
Principe de fonctionnement
La fausse équerre ne mesure pas directement les angles. Son rôle consiste avant tout à :
- capter un angle existant ;
- le conserver grâce au système de blocage ;
- le reporter sur une autre pièce ;
- vérifier la conformité d’un angle réalisé.
L’utilisateur place la lame et le talon contre les deux côtés formant un angle. Une fois l’outil ajusté, il serre le mécanisme de blocage. L’angle peut alors être reproduit autant de fois que nécessaire. Il est possible de reporter l’angle au droit supérieur ou inférieur de la fausse équerre selon les besoins.
Ci-dessus : La lame d’une « sauterelle » est généralement en queue de vache à son extrémité, et ronde au talon. Cela permet de la ranger soigneusement sans se blesser lorsque cette dernière est totalement retroussée. Crédit photo : S.USTUN / Google Pixel 9 PRO.
Cette méthode permet d’éviter les erreurs liées à la lecture et à la transcription de mesures angulaires. Plus simplement dit, en charpente, il est littéralement impossible de se passer d’une fausse équerre, notamment pour le traçage des engueulements de noue ou de lien.
Historique et origines de la fausse équerre
L’origine de la fausse équerre remonte probablement à l’Antiquité. Les artisans de l’Égypte ancienne, de la Grèce et de Rome utilisaient déjà divers instruments articulés pour relever et reproduire des angles.
Au Moyen Âge, les charpentiers et les bâtisseurs de cathédrales employaient des outils similaires lors de la réalisation des charpentes complexes et des voûtes gothiques. Les assemblages de bois nécessitaient en effet la reproduction fidèle d’angles variés.
À partir du XVIIIe siècle, avec le perfectionnement de l’outillage de précision, les fausses équerres deviennent plus sophistiquées. Les mécanismes de serrage sont améliorés et les lames fabriquées avec des aciers de meilleure qualité.
L’industrialisation du XIXe siècle entraîne une production plus standardisée de ces outils, qui deviennent courants dans les ateliers de menuiserie et de mécanique.
Aujourd’hui, malgré l’apparition d’instruments numériques capables de mesurer les angles avec une grande précision, la fausse équerre demeure largement utilisée en raison de sa simplicité et de sa fiabilité.
Utilisation en menuiserie
La menuiserie constitue l’un des principaux domaines d’emploi de la fausse équerre (corps de métier).
Elle est utilisée pour :
- relever les angles d’une pièce existante ;
- tracer des coupes obliques ;
- réaliser des assemblages en onglet ;
- reproduire les angles de murs ou de plafonds ;
- ajuster des éléments de mobilier dans des espaces irréguliers.
Dans les bâtiments anciens, où les murs sont rarement parfaitement perpendiculaires, la fausse équerre permet de prendre directement l’angle réel d’une pièce et de le reporter sur les éléments à fabriquer.
Les ébénistes l’utilisent également lors de la fabrication de meubles comportant des formes polygonales.
Utilisation en charpente
En charpente traditionnelle, la diversité des assemblages rend la fausse équerre particulièrement utile, plutôt indispensable même.
Les charpentiers s’en servent notamment pour :
- tracer les coupes de chevrons ;
- reporter les angles de pente ;
- réaliser des assemblages à tenon et mortaise ;
- préparer les coupes biaises ;
- ajuster les fiches et les contre-fiches.
Les structures complexes, comme les lucarnes, les noues ou les charpentes à pans multiples, nécessitent fréquemment l’utilisation de cet outil. Nous avons évoqué le sujet de la prise de cote d’une ferme industrielle en après sinistre : Dans ce cas, la fausse équerre est indispensable.
Utilisation en maçonnerie et taille de pierre
En maçonnerie traditionnelle ou plus particulièrement en taille de pierre, cet outil est un allié précieux car il permet de reporter des angles parfois subtiles, notamment au droit des consoles ou des corbeaux (jambages) de pièces d’architecture.
Utilisation en métallerie et mécanique
La fausse équerre est également employée dans les métiers du métal.
Les métalliers, chaudronniers et mécaniciens l’utilisent pour :
- vérifier des angles de fabrication ;
- reproduire des profils existants ;
- préparer des découpes ;
- contrôler des assemblages soudés.
Dans certains ateliers, elle complète les rapporteurs d’angle et les goniomètres en offrant un moyen rapide de transfert géométrique.
Utilisation en parqueterie
Comme pour la menuiserie, les parquetiers recourent très régulièrement à la fausse équerre. Cela leur permet de reporter les angles entrants et sortants au droit des cloisons ou des murs périphériques. La fausse équerre permet un report fiable des angles.
Utilisation en architecture et en restauration
Les architectes, les géomètres et les restaurateurs du patrimoine utilisent parfois la fausse équerre lors des relevés de bâtiments anciens.
Les constructions historiques présentent souvent des déformations dues au temps. Les angles théoriques ne correspondent plus nécessairement à la réalité du bâti. La fausse équerre permet alors de relever les angles effectifs sans avoir à effectuer de calculs complexes. Nous parerons alors de « recollement ».
Dans la restauration de monuments, cet outil est fréquemment utilisé pour reproduire des éléments architecturaux existants.
Variantes et modèles
Certains modèles de fausses équerres peuvent s’utiliser comme un trusquin. Cette option de base est d’un remarquable simplicité. Cela permet notamment de reporter un tracé plan ou gauche, avec une grande fidélité. Les plaquistes et les soliers sont particulièrement friand de ce double usage.
Ci-dessus : Exemple d’une fausse équerre numérique. Crédit photo : Grainger.ca (non sponsorisé). Exemple type de traçage d’une échantignole dont nous avons très largement parlé dans nos lignes.
Fausse équerre traditionnelle
Le modèle classique comporte un talon en bois et une lame métallique articulée. Cette version reste largement utilisée dans les ateliers de menuiserie.
Fausse équerre métallique
Entièrement réalisée en acier ou en aluminium, elle offre une meilleure résistance aux conditions difficiles des chantiers.
Fausse équerre à verrouillage rapide
Certains modèles modernes intègrent un levier permettant de bloquer ou de libérer instantanément la lame.
Fausse équerre numérique
Les versions électroniques associent une articulation mobile à un capteur d’angle numérique. Elles permettent non seulement de reproduire un angle mais aussi d’afficher sa valeur avec précision.
Avantages
La popularité durable de la fausse équerre repose sur plusieurs qualités :
- simplicité d’utilisation ;
- robustesse ;
- faible coût ;
- absence de réglage complexe ;
- capacité à reproduire fidèlement les angles ;
- indépendance vis-à-vis des unités de mesure.
Elle permet également de travailler efficacement dans des environnements où les mesures théoriques sont moins pertinentes que les relevés directs.
Limites
Malgré ses avantages, la fausse équerre présente certaines limitations.
Elle ne fournit pas directement la valeur numérique de l’angle. Lorsqu’une mesure précise en degrés est nécessaire, elle doit être associée à un rapporteur ou à un goniomètre.
Par ailleurs, un mauvais serrage du mécanisme peut entraîner un déplacement de la lame et provoquer des erreurs de traçage.
Les modèles bas de gamme peuvent également souffrir d’un jeu excessif au niveau de l’articulation.
Turlututu et tête pointue !
La plupart des sauterelles ont un talon bois et un coulisseau en fer ou en alu. Vous noterez que la tête du coulisseau est pointue, avec une arête qui permet de récupérer l’aplomb d’une poutre (en sablière notamment). Cela permet en un seul report d’angle, de prendre l’angle d’emprunt du chevron, mais également l’aplomb de sa panne. Pour exemple, cela permet en une seule opération, de créer une échantignole parfaitement délignée qui va épouser la panne en support et la poutre qu’elle maintient.
Cet usage permet de gagner un temps précieux sur les chantiers, surtout en hauteur lorsque le trait doit être précis sans pour autant prendre de risques.
A l’inverse, le réglet se termine systématiquement par un bord arrondi et ce afin de ne pas se blesser lors de la manipulation (voir photo d’exemple plus haut dans l’article).
Angles entrant ou sortant ? Rien n’échappe à la fausse équerre !
Nous imaginons le plus souvent l’utilité de la fausse équerre pour les angles entrants. Cependant son opposé, sortant, est tout aussi valable dans de nombreux cas. En charpente, la sauterelle permet notamment d’apprécier et de régler les délardements pour réaliser les « coyaux ». Dans ce cas, le prise et le report de cotes se fait avec une ouverture sortante, souvent très largement ouverte. C’est le principe même d’un coyau.
Dans ce cas de figure, sauf à parfaitement maîtriser les techniques du trait, la fausse équerre s’avère littéralement indispensable.
Place dans l’outillage traditionnel
La fausse équerre appartient à la famille des instruments de traçage géométrique, aux côtés de l’équerre, du trusquin, du compas et du rapporteur.
Dans les métiers artisanaux, elle représente un exemple caractéristique d’outil fondé sur le transfert direct de formes plutôt que sur la mesure chiffrée. Cette approche, héritée des traditions de construction anciennes, demeure particulièrement efficace pour la réalisation d’ouvrages complexes.
Malgré le développement des technologies numériques et des instruments de mesure électroniques, la fausse équerre conserve une place importante dans les ateliers contemporains. Sa capacité à reproduire instantanément un angle, sans calcul ni lecture, en fait un outil toujours apprécié des professionnels comme des amateurs.
Voir aussi
- Équerre
- Rapporteur d’angle
- Trusquin
- Compas de menuisier
- Tarabiscot
- Grenouille de charpentier.
Bibliographie indicative
- Pierre Bouillot, Le Traité de Charpente Traditionnelle.
- Bernard Meyer, Menuiserie pratique et tracés d’atelier.
- Jean-Marie Pérouse de Montclos, Principes d’analyse scientifique de l’architecture.
- Encyclopédies des métiers du bois et de la construction traditionnels.
- Article (assez pauvre) sur wikipédia.








