Qu’est-ce qu’une embrasure ?
L’embrasure ne doit pas se confondre avec l’ébrasure. Les termes sont proches en écriture tout comme en localisation.
Définition de l’embrasure
L’embrasure désigne, dans le vocabulaire du bâtiment, l’espace ménagé dans l’épaisseur d’un mur pour recevoir une baie — porte, fenêtre, ou ouverture défensive. Par extension, le terme désigne également les parois latérales et le plafond de cette ouverture, c’est-à-dire les surfaces visibles entre le nu extérieur et le nu intérieur du mur, une fois la baie percée.
On distingue souvent l’embrasure de l’ébrasement : ce dernier terme s’applique plus précisément à l’évasement en biais des parois d’une embrasure, lorsque celles-ci ne sont pas perpendiculaires au plan de façade. Un mur peut être percé d’une baie droite (embrasure « à angle droit ») ou d’une baie ébrasée (élargie vers l’intérieur, vers l’extérieur, ou dans les deux sens).
Embrasure : Anatomie et vocabulaire technique
Une embrasure se compose généralement des éléments suivants :
- Le tableau : la paroi verticale latérale de l’embrasure, de part et d’autre de la baie.
- La feuillure : le petit ressaut ménagé dans le tableau ou le linteau pour recevoir le dormant de la menuiserie (porte ou fenêtre).
- Le linteau : l’élément horizontal supérieur qui reprend les charges du mur au-dessus de l’ouverture et ferme l’embrasure en partie haute.
- L’appui (pour une fenêtre) ou le seuil (pour une porte) : l’élément horizontal bas, généralement en pente vers l’extérieur pour l’évacuation des eaux de pluie.
- La retombée ou le linteau bas : parfois utilisé pour désigner la sous-face du linteau.
- Le nu intérieur et le nu extérieur : les deux plans de référence du mur entre lesquels se développe l’embrasure.
Dans une baie ébrasée, l’angle formé par le tableau avec le plan de la façade s’appelle le biais ou fruit de l’ébrasement.
Rôle fonctionnel de l’embrasure
L’embrasure remplit plusieurs fonctions, souvent cumulées :
1. Réception de la menuiserie
L’embrasure loge le dormant des fenêtres et des portes. Ses dimensions et sa géométrie (feuillures, appuis) doivent être calculées avec précision pour assurer l’étanchéité à l’air et à l’eau, ainsi que la bonne tenue mécanique de l’huisserie.
2. Diffusion de la lumière naturelle
Un ébrasement évasé vers l’intérieur — technique très répandue dans l’architecture ancienne (roman, gothique, ou constructions vernaculaires à murs épais) — permet d’élargir l’angle de pénétration de la lumière dans la pièce, alors que l’ouverture proprement dite reste étroite en façade. Ce principe optimise l’éclairage naturel tout en limitant la surface vitrée, ce qui était historiquement important pour des raisons thermiques, structurelles ou fiscales (certaines législations ont taxé les fenêtres selon leur nombre ou leur surface).
3. Performance thermique et acoustique
Dans la construction contemporaine, la conception de l’embrasure influence directement les ponts thermiques au droit des baies. Un ébrasement mal isolé constitue un point faible de l’enveloppe du bâtiment. Les tableaux peuvent recevoir un retour d’isolant, un habillage, ou un traitement spécifique (rupture de pont thermique) pour limiter les déperditions.
4. Usage défensif (architecture militaire)
Dans l’architecture fortifiée (châteaux forts, remparts, casemates), l’embrasure prend un sens plus spécifique : c’est l’ouverture pratiquée dans une muraille ou un parapet pour permettre le tir (à l’arc, à l’arbalète, puis à l’arme à feu) tout en protégeant le défenseur. On parle alors d’embrasure de tir ou de créneau. Ces embrasures sont généralement très ébrasées côté intérieur (pour offrir un large champ de vision et de manœuvre au tireur) et étroites côté extérieur (pour limiter la vulnérabilité de l’ouverture aux projectiles adverses). Les archères, meurtrières et canonnières sont des formes spécialisées d’embrasures défensives, dont la géométrie a évolué avec les armes : fentes verticales pour le tir à l’arc, croix pour l’arbalète, orifices circulaires ou évasés pour l’artillerie.
Formes et typologies
- Embrasure droite : tableaux perpendiculaires au plan de façade, la plus courante dans le bâtiment courant.
- Embrasure ébrasée simple : évasement d’un seul côté (généralement intérieur).
- Embrasure ébrasée double : évasement des deux côtés du mur, fréquente dans les murs très épais (architecture romane, fortifications).
- Embrasure en tunnel ou en entonnoir : forme accentuée typique des ouvertures défensives.
- Embrasure à ressauts : succession de retraits en gradins, parfois utilisée pour renforcer l’isolation ou l’effet architectural (portails romans, par exemple).
Ne pas confondre embrasure et ébrasure
Il ne faut pas confondre l’embrasure et l’ébrasure qui ne signifient pas la même chose.
La plupart des dictionnaires font état et amalgamment par là même l’embrasure et l’ébrasure. Or cette dernière n’est qu’une taille dans la pierre pour élargir les angles en les ouvrant, et permettre ainsi un meilleur débattement de l’ouvrant lui même. C’est d’autant plus important que sur les anciennes constructions, l’appareillage est très épais. Plus ce dernier est épais, plus il interdit une ouverture supérieure à 90°. En créant ces biais de taille, il est alors possible d’ouvrir plus grand.
Si l’ébrasure est opposé au sens d’ouverture (exemple pour les ouvertures à l’anglaise) alors elle ne revêt qu’un enjeu de lecture architecturale simple, sans nécessité fonctionnelle réelle.
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Enjeux constructifs actuels
Dans la construction moderne, la conception des embrasures fait l’objet d’une attention particulière lors de la pose des menuiseries extérieures :
- Étanchéité : mise en œuvre de bandes d’étanchéité, de mousses compribandes ou de membranes pour éviter les infiltrations d’eau et d’air au pourtour de la baie.
- Continuité de l’isolation : traitement du tableau, du linteau et de l’appui pour éviter les ponts thermiques, notamment dans les constructions à ossature bois ou en isolation thermique par l’extérieur (ITE).
- Finitions : habillage des tableaux (plâtre, enduit, lambris, aluminium) et pose d’appuis de fenêtre (en pierre, béton, ou métal) assurant l’évacuation des eaux pluviales loin du parement du mur.
- Accessibilité et sécurité : dans les bâtiments recevant du public, les dimensions d’embrasure des portes doivent respecter des normes précises de largeur de passage.
Étymologie
Le mot embrasure dérive du verbe ancien embraser, ici non pas dans son sens de « mettre le feu » mais dans celui, plus ancien, d’« évaser », « élargir une ouverture ». Il partage cette racine avec des mots comme ébraser et ébrasement, employés de manière quasi synonyme dans le vocabulaire de la construction.
Pour le Littré, définition qui paraît tout aussi pertinente, l’embrasure provient du fait que ces ouvertures permettant la mise à feu des canons désignait le moment de l’embrasement : Mettre le feu aux poudres ! A méditer.
Voir aussi
- Linteau
- Appui de fenêtre
- Meurtrière
- Pont thermique
- Menuiserie (bâtiment)
Sources


