Choisir un bois de construction adapté à son projet, c’est éviter des erreurs coûteuses et garantir la durabilité de l’ouvrage. Entre les essences, les classes de résistance mécanique, les classes d’emploi et les traitements disponibles, le choix peut vite devenir complexe. Ce guide vous donne les clés pour y voir clair, que vous soyez professionnel du bâtiment ou bricoleur expérimenté.
Pourquoi le choix du type de bois de construction est déterminant
Le bois est un matériau vivant, hétérogène, dont les performances varient considérablement selon l’essence, la provenance, le séchage et les conditions d’emploi. Un bois mal choisi peut se déformer, se fissurer ou se dégrader prématurément. À l’inverse, un bois sur-spécifié augmente inutilement le coût du projet.
Les professionnels distinguent plusieurs critères d’entrée :
- La nature du bois : résineux ou feuillu
- La classe de résistance mécanique (C, D ou GL pour le lamellé-collé)
- La classe d’emploi liée à l’exposition à l’humidité et aux agents biologiques
- L’état hygrométrique : bois vert ou bois séché
- Le traitement de préservation appliqué
Résineux et feuillus : deux grandes familles aux usages distincts
Les bois résineux : la référence en charpente et ossature
Les résineux représentent l’immense majorité du bois de structure utilisé en Europe. Légers, faciles à mettre en œuvre et disponibles en grandes longueurs, ils s’imposent pour :
- La charpente traditionnelle et fermette
- L’ossature bois (construction à ossature légère)
- La menuiserie de second œuvre
- Les planchers et solives
Les essences les plus courantes en France :
- Épicéa : bois blanc, léger, classe de résistance C24 accessible. Très utilisé en charpente industrielle.
- Pin sylvestre : plus dense que l’épicéa, bonne résistance mécanique, se traite facilement.
- Douglas : essence française en plein essor, naturellement durable (classe d’emploi 3 sans traitement dans certaines configurations), très apprécié pour les bardages et charpentes exposées.
- Sapin blanc : proche de l’épicéa, souvent commercialisé en association avec lui (sapin-épicéa).
Les bois feuillus : robustesse et durabilité naturelle
Les feuillus sont plus denses et plus résistants à l’usure mécanique. Leur usage en construction structure est plus spécifique :
- Chêne : référence pour les charpentes anciennes et les ouvrages en contact avec le sol ou l’eau. Classe de durabilité naturelle 2.
- Châtaignier : excellente durabilité naturelle, utilisé en poteaux, pieux et clôtures.
- Peuplier : léger, utilisé principalement en contreplaqué et caissons.
- Hêtre : très utilisé dans le lamellé-collé et les planchers à forte sollicitation mécanique.
Point technique : la masse volumique conditionne directement la résistance mécanique. Le chêne atteint environ 700 kg/m³, contre 430 kg/m³ pour l’épicéa. Ce différentiel impacte autant les calculs de structure que la logistique sur chantier.
Les classes de résistance mécanique du bois de construction
Depuis la norme européenne EN 338, les bois de structure sont classés par résistance mécanique. Cette classification est indispensable pour le dimensionnement des ouvrages selon l’Eurocode 5.
|
Classe |
Type de bois |
Résistance en flexion (MPa) |
Module d’élasticité moyen (GPa) |
Usage typique |
| C16 | Résineux | 16 | 8 | Chevrons, liteaux, éléments secondaires |
| C24 | Résineux | 24 | 11 | Charpente courante, solives, poteaux |
| C30 | Résineux / Douglas | 30 | 12 | Charpente sollicitée, portées importantes |
| D30 | Feuillu (chêne, châtaignier) | 30 | 10 | Poteaux, traverses, ouvrages extérieurs |
| GL24h | Lamellé-collé homogène | 24 | 11,6 | Grandes portées, bâtiments industriels |
| GL28h | Lamellé-collé homogène | 28 | 12,6 | Charpentes architecturales, gymnases |
Le classement C24 est le minimum recommandé pour toute charpente soumise à des charges significatives. En dessous, on reste sur des applications non structurelles ou des éléments de faible portée.
Les classes d’emploi : comprendre l’exposition au risque biologique
La norme EN 335 définit 5 classes d’emploi selon le niveau d’humidité auquel le bois est exposé et les organismes biologiques susceptibles de l’attaquer (champignons, insectes, termites, marine-borers).
|
Classe d’emploi |
Situation |
Humidité d’équilibre |
Exemples d’application |
| CE 1 | Intérieur sec | < 20 % | Charpente intérieure, solives sous dalle chauffée |
| CE 2 | Intérieur, risque de condensation | Occasionnellement > 20 % | Charpente sous toiture froide, vide sanitaire ventilé |
| CE 3 | Extérieur, non en contact avec le sol | Régulièrement > 20 % | Bardage, terrasse hors sol, pergola, volige |
| CE 4 | Extérieur, contact sol ou eau douce | Souvent > 20 % | Pieux, poteaux enterrés, passerelles, berges |
| CE 5 | Contact eau de mer | Permanent | Ouvrages maritimes, pontons, pilotis littoraux |
Règle fondamentale : un bois non traité ou de faible durabilité naturelle ne doit jamais être utilisé en CE 3 ou supérieur sans traitement adapté. C’est une exigence des DTU, pas une simple recommandation.
Les traitements de préservation : adapter le bois à son environnement
Lorsque la durabilité naturelle d’une essence est insuffisante pour la classe d’emploi visée, un traitement de préservation s’impose. La norme EN 351 encadre ces procédés.
Les principaux procédés
- Traitement par autoclave (imprégnation sous vide-pression) : le plus efficace pour les CE 3 à 5. Produits actuellement homologués en France : autoclave CTB-P+ pour les classes 3 et 4, autoclave CTB-B pour le bois en contact avec l’eau.
- Traitement classe 2 (trempage ou enduction) : protection légère contre les insectes xylophages et les champignons, pour les CE 1 et 2.
- Rétification thermique : traitement thermique sans produit chimique, améliore la stabilité dimensionnelle et la durabilité (classe 3 accessible), mais réduit légèrement la résistance mécanique.
- Acétylation : modification chimique par acide acétique, produit un bois très stable et durable (classe 3-4), utilisé notamment pour le Accoya.
Le marquage CE et la traçabilité
Tout bois de structure commercialisé en Europe doit porter le marquage CE selon la norme EN 14081. Ce marquage garantit le classement en résistance, l’essence, la section, le taux d’humidité à la livraison et le traitement éventuel. Exigez systématiquement la déclaration de performance (DoP) pour vos approvisionnements structurels.
Bois massif, lamellé-collé, LVL, OSB : les produits de structure
Le bois massif reconstitué (BMR)
Assemblage de lamelles bout à bout par entures multiples, sans collage latéral. Permet d’obtenir de grandes longueurs en éliminant les défauts majeurs. Classé C24 ou C30, moins onéreux que le lamellé-collé.
Le bois lamellé-collé (BLC)
Lamelles collées sous pression en couches parallèles ou croisées. Permet des portées jusqu’à 40 à 50 mètres et des formes cintrées. Disponible en classe GL24h à GL32h. Incontournable pour les bâtiments à grandes portées : gymnases, entrepôts, salles polyvalentes.
Le LVL (Laminated Veneer Lumber)
Produit à base de placages déroulés collés parallèlement. Résistance mécanique élevée, excellente homogénéité. Utilisé en poutres de linteau, solives industrielles, éléments de plancher.
L’OSB (Oriented Strand Board)
Panneaux à copeaux orientés, produit en classes OSB/2 (intérieur sec), OSB/3 (humide) et OSB/4 (charges élevées en milieu humide). Utilisé en contreventement, plancher, voile de travail. L’OSB/3 est la référence pour les constructions à ossature bois.
|
Produit |
Portée maximale indicative |
Points forts |
Limites |
| Bois massif | 6-7 m | Coût, disponibilité | Hétérogénéité, retraits |
| BMR | 12 m | Grandes longueurs, régularité | Moins de formes libres |
| BLC | 40-50 m | Formes, performances, esthétique | Coût, délai |
| LVL | 12-20 m | Homogénéité, résistance | Aspect industriel |
| OSB/3 | — (panneau) | Contreventement, prix | Sensible à l’eau prolongée |
Le séchage : un critère souvent négligé
Le taux d’humidité du bois à la livraison conditionne directement le comportement de l’ouvrage dans le temps.
- Bois vert (> 30 %) : moins cher, mais sujet à des retraits importants, risque de fissures et de gauchissement après mise en œuvre. Réservé à la charpente traditionnelle dimensionnée avec surcotes.
- Bois séché à l’air (18-22 %) : stabilité correcte pour la construction courante. Norme EN 14081 : le taux est indiqué sur le marquage.
- Bois séché en étuve (≤ 15 %) : stabilité optimale, recommandé pour les locaux chauffés, les parquets, les menuiseries et les constructions à ossature bois.
Un bois livré à 20 % d’humidité dans un local chauffé à 20°C et 50 % d’hygrométrie relative atteindra un équilibre hygroscopique autour de 10-11 %. Le retrait volumique peut atteindre 1 à 2 % selon l’essence. Ce point est particulièrement critique pour les ossatures et les planchers.
Sections courantes et disponibilité commerciale
En France, les sections normalisées les plus couramment disponibles en résineux sont :
- 38 x 89 mm, 38 x 140 mm, 38 x 184 mm (ossature bois, standard anglo-saxon)
- 45 x 145 mm, 45 x 195 mm, 45 x 245 mm (charpente industrielle)
- 63 x 175 mm, 75 x 175 mm (charpente traditionnelle légère)
- 100 x 200 mm, 150 x 300 mm (charpente lourde, poutres principales)
Les longueurs standard vont de 3 à 6 mètres pour le bois massif, et jusqu’à 12 à 13 mètres pour le BMR. Au-delà, le lamellé-collé ou le LVL prend le relais.
Comment sourcer son bois de construction : Les bons réflexes
Pour un professionnel comme pour un bricoleur averti, plusieurs points méritent attention lors de l’approvisionnement :
- Vérifier le marquage CE sur chaque pièce ou lot (classe de résistance, essence, taux d’humidité)
- Demander la fiche technique ou la déclaration de performance pour les pièces de structure
- Vérifier la certification de la forêt d’origine : PEFC ou FSC garantissent une gestion forestière durable
- Prévoir une surcote de 10 à 15 % sur les volumes commandés pour tenir compte des pertes de coupe et des pièces à écarter
- Contrôler visuellement à réception : fil du bois, nœuds, présence de bleu (champignon de bleuissement), flaches
Pour découvrir une offre complète de bois destiné à la construction, Barillet Distribution propose un catalogue structuré par type de produit, classe et section, adapté aussi bien aux chantiers professionnels qu’aux projets d’auto-construction.
Résumé : Quelle essence et quel produit pour quel usage ?
|
Usage |
Produit recommandé |
Classe d’emploi |
Traitement |
| Charpente sous toiture (intérieur sec) | Résineux C24 / BMR C24 | CE 1-2 | Classe 2 (insectes) |
| Ossature bois | Résineux C24 séché étuve | CE 2 | Classe 2 |
| Bardage extérieur | Douglas, mélèze, épicéa traité | CE 3 | Autoclave CTB-P+ ou durabilité naturelle |
| Terrasse hors sol | Pin traité autoclave, robinier, douglas | CE 3 | Autoclave classe 3 |
| Poteau enterré, contact sol | Pin traité autoclave, chêne, châtaignier | CE 4 | Autoclave CTB-B classe 4 |
| Grande portée (gymnase, entrepôt) | Lamellé-collé GL24h à GL28h | CE 1-2 | Selon exposition |
| Contreventement, voile de travail | OSB/3 | CE 2-3 | Produit certifié |
La maîtrise des types et des classes de bois de construction est un prérequis pour tout projet sérieux. Elle conditionne la durabilité, la conformité aux DTU et Eurocodes, et in fine la sécurité des occupants. Un bois bien choisi, correctement mis en œuvre, peut dépasser sans difficulté 50 à 100 ans de service.


