La mise à la terre des menuiseries aluminium est un véritable sujet, en construction neuve comme en rénovation (si vous rénovez également le lot électricité). Alors que dit vraiment la norme NF C 15-100 et comment réaliser une pose dans les règles ?
Cet article s’adresse aux :
- Experts et experts d’assurés.
- Métreurs et chargés d’affaires.
- Autoconstructeurs.
Fenêtres, baies vitrées, portes-fenêtres en aluminium : Ces menuiseries séduisent par leur finesse et leur robustesse, mais elles posent une question récurrente chez les particuliers comme chez les professionnels du bâtiment : Faut-il les raccorder à la terre ?
La réponse, souvent mal comprise, mérite d’être posée clairement à partir du texte de la norme elle-même plutôt que des idées reçues qui circulent sur les chantiers. Attention, il est ici question de sécurité des personnes, ce sujet ne doit donc pas être négligé.
Raccordement à la terre des menuisiers Aluminium : Pourquoi cette question se pose ?
L’aluminium est un métal conducteur. Une menuiserie en aluminium installée dans un mur ou une cloison peut, dans certaines circonstances, se retrouver au contact d’un câble électrique endommagé, d’une gaine mal fixée ou d’une vis qui vient percer une isolation. On parle alors de courant de fuite. Si un défaut électrique met accidentellement ce cadre métallique sous tension, toute personne qui le touche pourrait être exposée à un risque d’électrisation. C’est ce risque, et lui seul, que la réglementation cherche à couvrir — pas la présence d’aluminium en tant que telle. Le procédé de sécurisation a un nom : C’est la liaison équipotentielle ! Nous vous invitons à découvrir notre guide en lien ci-avant.
Ce que dit précisément la norme
Le texte de référence est l’article 411.3.1.1 de la NF C 15-100, consacré à la liaison équipotentielle principale (LEP). Il impose de relier à la terre, dans chaque bâtiment, un certain nombre d’éléments conducteurs : Les canalisations métalliques (eau, gaz, chauffage), les armatures de béton armé, les gaines de câbles de communication, et plus largement les éléments métalliques de la construction susceptibles d’être portés accidentellement à un potentiel électrique différent de celui de la terre.
La nuance est essentielle : La norme ne vise pas tout élément métallique du logement, mais uniquement ceux qui présentent un risque réel d’être mis sous tension par un défaut d’isolement. Une menuiserie aluminium ordinaire, isolée de tout circuit électrique et ne recevant aucun câble à proximité, n’entre pas mécaniquement dans cette obligation générale.
Il faut également considérer les notions de volumes (1,2,3 etc.).
Mise à la terre des menuiseries aluminium : Deux logiques à distinguer
Il est utile de séparer deux notions que l’on confond souvent sur le terrain.
- La liaison équipotentielle principale (LEP) concerne l’ensemble du bâtiment et cible les éléments métalliques structurels ou susceptibles d’être traversés par une canalisation ou un câble électrique. Une huisserie aluminium qui sert de passage à une gaine électrique alimentant un interrupteur ou une prise proche peut, dans ce cas précis, justifier un raccordement.
- La liaison équipotentielle supplémentaire (LES), elle, s’applique spécifiquement aux pièces d’eau — salle de bains, salle d’eau, et par extension aux locaux humides comme une buanderie ou une cuisine selon les configurations. Dans ces pièces, la norme est nettement plus stricte car l’humidité réduit la résistance du corps humain et aggrave le risque électrique. Les éléments métalliques accessibles, y compris des menuiseries aluminium présentes dans ce volume, doivent alors être reliés à la terre.
Dans la pratique : que faut-il réellement raccorder ?
En dehors des pièces humides, le raccordement systématique de toutes les menuiseries aluminium d’un logement n’est pas une exigence explicite et automatique de la norme. Ce qui prime, c’est l’analyse du risque : Une menuiserie proche d’un câblage électrique, ou installée dans un environnement où un contact accidentel avec une pièce sous tension est plausible, doit être intégrée à la liaison équipotentielle.
Dans les salles de bains et salles d’eau, en revanche, le raccordement des huisseries métalliques accessibles est la règle à suivre sans discussion, dans le cadre de la LES.
Beaucoup d’électriciens et de poseurs de menuiseries choisissent, par prudence et par habitude de chantier, de raccorder systématiquement les cadres aluminium dès qu’un câblage circule à proximité, même hors salle d’eau. Cette pratique n’est pas une exigence normative générale, mais elle relève d’une logique de sécurité raisonnable qui facilite aussi le passage du contrôle Consuel, l’organisme chargé de valider la conformité de l’installation électrique avant sa mise sous tension.
Nota : Ce point est également valable pour les portes de salles de bain en galandage (type scrigno par exemple) dont le cadre est métallique.
Comment se réalise le raccordement
Lorsque le raccordement est retenu, quelques principes techniques doivent être respectés :
- Le conducteur utilisé est un fil de terre de couleur vert-jaune, d’une section généralement de 2,5 mm² pour ce type de liaison.
- La connexion se fait sur une partie métallique nue et accessible de la menuiserie, à l’aide d’une cosse sertie et d’une vis adaptée, en évitant tout contact direct et prolongé entre l’aluminium et un autre métal comme le cuivre en présence d’humidité, source de corrosion galvanique. Évitez les partie peintes ou laquées !
- Le fil doit ensuite rejoindre la barrette ou la borne principale de terre du logement, en respectant le cheminement prévu par l’installation électrique.
- Une fois l’ouvrage terminé, un contrôle de continuité électrique entre la menuiserie et la terre permet de vérifier la qualité du raccordement.
Pourquoi cette question dépasse le seul cadre réglementaire
Au-delà de l’obligation normative, relier une menuiserie aluminium à la terre présente un intérêt pratique dans les logements équipés de domotique ou de motorisation de volets. Un défaut d’isolement sur ce type d’équipement peut transmettre une tension parasite à l’ensemble de la structure métallique de la fenêtre ; une liaison à la terre permet alors au dispositif différentiel de détecter l’anomalie et de couper le circuit avant tout risque pour les occupants.
Mise à la terre des menuiseries alu à proximité des bassins (ou piscines)
Le cas des piscines est justement l’exemple où la norme redevient beaucoup plus stricte que pour une simple huisserie en pièce de vie.
Un cadre réglementaire spécifique aux piscines
Les piscines sont traitées par une partie dédiée de la NF C 15-100 (section 702, « locaux contenant une piscine ou un bassin de fontaine »), qui définit trois volumes de sécurité autour et au-dessus du bassin :
- Volume 0 : l’intérieur même du bassin.
- Volume 1 : jusqu’à 2 mètres du bord du bassin (horizontalement) et jusqu’à 2,5 m de hauteur.
- Volume 2 : de 2 à 3,5 mètres du bord.
Ces volumes s’appliquent aussi bien à une piscine enterrée classique qu’à une piscine hors-sol dès lors que l’accès n’est pas totalement empêché.
Pourquoi ça change la donne pour les menuiseries aluminium ?
Si une baie vitrée, une véranda, un abri de piscine ou une menuiserie aluminium se trouve dans le volume 1 ou le volume 2, la logique n’est plus la même que dans une pièce de vie ordinaire. La norme impose une liaison équipotentielle supplémentaire qui doit relier entre eux tous les éléments conducteurs accessibles situés dans ces volumes :
- structures métalliques, échelles inox, margelles avec armatures,
- rails d’abri, grilles, et donc les cadres aluminium des menuiseries ou des abris de piscine qui s’y trouvent.
Contrairement à une pièce sèche du logement où l’on évalue au cas par cas la proximité d’un câblage, ici le critère est la position dans le volume, pas la présence ou non d’un circuit électrique à proximité immédiate. Toute masse métallique accessible dans les volumes 0, 1 ou 2 est concernée par principe.
Les autres exigences qui accompagnent ce raccordement
- TBTS obligatoire dans les volumes 0 et 1 : tout équipement électrique immergé ou proche du bassin (projecteurs, robots) doit fonctionner en très basse tension de sécurité, généralement 12 V alternatif.
- Distance du local technique : le tableau électrique et la pompe en 230 V doivent être installés au-delà du volume 2, donc typiquement à plus de 3,5 m du bord du bassin.
- Protection différentielle : tous les circuits alimentant les équipements de la piscine sont protégés par un dispositif différentiel haute sensibilité (30 mA).
En pratique
Concrètement, si vous avez une baie coulissante ou un abri aluminium en bordure de piscine (à moins de 3,5 m du bassin), il ne s’agit plus d’une question d’appréciation comme pour une fenêtre de salon : La structure doit être intégrée à la liaison équipotentielle du bassin, avec un conducteur nu ou vert-jaune reliant le cadre aux autres masses métalliques du volume, elles-mêmes reliées à la terre.
À l’inverse, une menuiserie aluminium située au-delà de 3,5 m du bord (hors volume 2) revient au régime « classique » évoqué dans l’article précédent — raccordement non systématique, sauf proximité d’un câblage.
Quid des volets roulants électriques ?
En effet, si nous suivons nos précédentes logiques, il paraît naturel de considérer le volet roulant électrique comme un potentiel risque puisque ce dernier est de fait alimenté en 230 v.
C’est un excellent raisonnement, et la réponse est plus nuancée qu’il n’y paraît : la présence de 230 V ne déclenche pas automatiquement l’obligation, tout dépend de la classe d’isolation du moteur.
La classe de l’appareil change tout
La norme électrique distingue les appareils selon leur classe d’isolation :
- Classe I : l’appareil repose en partie sur la mise à la terre pour sa sécurité. Un défaut d’isolement interne peut mettre le boîtier métallique sous tension, et seule l’évacuation vers la terre (via le conducteur de protection) permet au disjoncteur différentiel de couper le circuit à temps. Ces appareils sont alimentés par un câble comportant un fil de terre.
- Classe II (double isolation) : l’appareil est conçu pour qu’aucun défaut interne ne puisse rendre ses parties accessibles dangereuses, même sans terre. Pas de fil de terre requis, pas de borne de terre sur l’appareil.
Or, la grande majorité des moteurs de volets roulants tubulaires résidentiels sont de classe II. Leur câble d’alimentation ne comporte souvent que 2 ou 3 fils (phase, neutre, parfois un fil de commande), sans conducteur de terre, précisément parce que le moteur est doublement isolé. Dans ce cas, le simple fait d’alimenter un moteur en 230 V à l’intérieur du coffre n’introduit pas mécaniquement de risque de mise sous tension du cadre aluminium.
Ce qui, en revanche, justifierait le raccordement
Le critère normatif reste toujours le même que celui de l’article 411.3.1.1 : le cadre aluminium doit être raccordé s’il est susceptible d’être mis accidentellement sous tension. Cela peut arriver dans plusieurs cas concrets, indépendamment de la classe du moteur :
- Le câble d’alimentation lui-même traverse ou frôle une partie métallique du coffre ou de la menuiserie, avec un risque de pincement, d’usure de gaine ou de perçage par une vis de fixation. Attention aux doublages placostyl !
- Le moteur est en réalité de classe I (certains modèles plus puissants, moteurs filaires anciens, ou équipements avec commande électronique intégrée) et dispose d’une borne de terre : dans ce cas, cette terre doit être raccordée, et si le boîtier moteur est en contact électrique avec le coffre aluminium, celui-ci se retrouve solidaire d’une masse qui, elle, exige la terre.
- Une boîte de dérivation ou de connexion est logée dans le coffre aluminium lui-même, ce qui multiplie les points de contact possibles entre câblage et métal.
En pratique sur votre chantier :
C’est pour cette raison qu’on trouve deux écoles chez les électriciens :
- Ceux qui vérifient la classe du moteur et ne raccordent que si nécessaire (approche strictement normative).
- Ceux qui raccordent systématiquement dès qu’un moteur 230 V est intégré au coffre, par précaution, indépendamment de la classe — une pratique qui n’est pas explicitement exigée par la norme dans le cas général, mais qui élimine toute ambiguïté et facilite le passage du Consuel.
Une réponse plus rigoureuse serait donc :
Non, un volet roulant en 230 V n’oblige pas automatiquement la mise à la terre de la menuiserie aluminium qui le porte.
Cela dépend de la classe du moteur et de la configuration réelle du câblage dans le coffre. Mais dans le doute, ou si le moteur est de classe I, le raccordement redevient une obligation de fait.
Dans le cas de la pose en rénovation, avec un volet alimenté par une « sur-prise », la question ne se pose pas car dans ce cas, la prise gigogne se reprend sur la terre initiale.
En résumé
La norme NF C 15-100 n’impose pas de mettre systématiquement à la terre toutes les menuiseries aluminium d’un logement. Elle exige en revanche le raccordement des éléments métalliques susceptibles d’être mis accidentellement sous tension, ce qui inclut de façon quasi automatique les pièces d’eau via la liaison équipotentielle supplémentaire, et plus ponctuellement les menuiseries situées à proximité d’un câblage électrique dans le reste du logement. En cas de doute sur une configuration particulière, l’avis d’un électricien qualifié reste le moyen le plus sûr de garantir à la fois la conformité de l’installation et la sécurité des occupants.

