Pour faire suite Ă mon premier article concernant les murs cyclopĂ©ens, je vous propose aujourd’hui l’analyse d’un point de vue purement technique sur ces magnifiques constructions.
Je vous rassure, il y aura encore de quoi largement rĂŞver pendant des annĂ©es.Â
Mon premier article permettait de situer le contexte et de détourer les grandes lignes de ces structures étonnantes, maintenant il est temps de les appréhender avec le regard du constructeur.
Je vous invite à vous reporter à la première partie de ce dossier : Les murs cyclopéens ; Première partie.
Je vais aborder cette partie du dossier Ă la manière dont je raisonne lorsque je suis face Ă une construction. Autrement dit, je vais raisonner en terme de bâtisseur, et non d’archĂ©ologue ou d’historien, car je ne suis ni l’un, ni l’autre.
Deux Ă©lĂ©ments se dĂ©gagent très distinctement de tous ces Ă©difices : L’ingĂ©nierie, et le savoir faire.
Commençons.
Avant propos
Je tiens Ă prĂ©ciser que nous sommes tous victimes de biais cognitifs naturels. Lorsqu’on Ă©voque ces merveilleux Ă©difices anciens, nous avons tendance Ă nous focaliser sur le gigantisme, alors que les vĂ©ritables prouesses sont parfois minuscules, discrètes et souvent invisibles.
Nos biais de raisonnement nous amènent à nous questionner, je le pense, sous de mauvais angles et de mauvais points de vues.
Je m’explique.
Tous les chercheurs, officiels ou non (archĂ©ologues, historiens, chercheurs indĂ©pendants, etc.) s’Ă©tonnent d’un potentiel usage de techniques rigoureusement scientifiques qui seraient « archaĂŻques » au sens d’anciennes. A cela, je voudrai simplement que nous remettions tous les pieds sur terre :
- Les principaux calculs scientifiques, notamment la gĂ©omĂ©trie, sont antiques. Nous n’avons rien inventĂ© en 2024. Autrement dit, penser que nos ancĂŞtres pouvaient tracer des tangentes et calculer des cosinus n’est en rien une aberration.
- Le gigantisme, et tout ce qui accapare le regard, n’est pas nĂ©cessairement le plus difficile Ă rĂ©aliser. En règle gĂ©nĂ©rale dans le bâtiment, plus c’est gros, plus ça casse vite. Autrement dit, si ça ne casse pas, c’est tout bonnement que le niveau d’ingĂ©nierie des anciens Ă©tait proprement remarquable, bien au delĂ de ce que nous laisse penser l’histoire acadĂ©mique.
Les fondations, base de toute construction : Ingénierie
Dis moi comment sont dimensionnées les fondations de la grande pyramide, et je te dirai combien de siècles elle durera.
Si je dois construire un Ă©difice aujourd’hui, quel que soit le lieu, je dois avant toute chose dĂ©finir si le terrain sur lequel je vais bâtir peut offrir la portance nĂ©cessaire pour supporter la descente de charge de mon bâtiment : Autrement dit, les fondations.
Cette portance est mesurable, c’est la fameuse Ă©tude de sol « G », obligatoire en France avant toute rĂ©alisation d’une construction.
Les fondations reprennent l’ensemble du poids d’un bâtiment, mais ces dernières nĂ©cessitent un sol portant. Autrement dit, on ne bâtit pas sur un sol meuble, ni sur un sol argileux, etc.
A l’Ă©vidence, nos anciens connaissaient cet impĂ©ratif de stabilitĂ© structurelle offerte par le terrain. On peut donc clairement dire que nos anciens connaissaient la notion de « terrain constructible », et ce sera tout pour la petite plaisanterie.
Lorsqu’on Ă©tudie de près les constructions rĂ©gionales, en France ou ailleurs, il est assez aisĂ© de dĂ©finir une constante en matière de localisation des constructions.
Plus ces dernières sont anciennes, plus elles sont Ă©levĂ©es (en terme d’altimĂ©trie). Il y a deux raisons Ă cela, et ces deux raisons ont une cause commune : Les alluvions.
Autrement dit, vous vous demandez pourquoi je « case » la notion de localisation dans le chapitre « fondations ». Et bien la rĂ©ponse est simple, les deux Ă©lĂ©ments sont issus d’une seule et mĂŞme cause.
Plus vous bâtissez en hauteur, plus vous ĂŞtes sur un terrain stable. Les vieux villages sont tous flanquĂ©s sur des collines, c’est un fait. Et les invasions barbares n’y sont pour rien.
Bâtir en hauteur prĂ©serve des inondations, et les inondations crĂ©ent du remblai. L’alluvion Ă©tant le rĂ©sultat du drainage des terres des collines vers les plaines. En outre, plus vous ĂŞtes en plaine, plus vous ĂŞtes en prĂ©sence de terrains argileux.
Dès lors, il est parfaitement légitime de se dire que nos anciens savaient déjà se préserver des constructions sur terrain meuble (sauf à Pise).
Le raisonnement doit donc se tenir ainsi : Le lieu des constructions est (sans doute) déterminé en fonction de la nature du terrain. Du moins, pour les constructions massives.
Le sol propice au bâti & le terrassement : Ingénierie
Pour construire, le terrain doit ĂŞtre propice Ă gĂ©nĂ©rer une portance adaptĂ©e. Si tel n’est pas le cas, alors le constructeur surdimensionne les fondations dans leur masse et leur emprise pour palier aux dĂ©fauts du terrain naturel, ou bien en allant chercher la profondeur.
Autrement dit, sur un terrain meuble (je songe à Gizeh), les constructions massives devront avoir un « socle » beaucoup plus large, beaucoup plus profond, et beaucoup plus épais. Dans ce cas de figure, il faudra « décaisser » un maximum de terrain meuble pour établir des fondations sous forme de terre plein, un « gros » matelas en somme.
A Sacsayhuaman, la question n’est pas la portance du sol (terrain rocheux) mais l’extraordinaire adaptation du relief et le très haut niveau de maĂ®trise du terrassement.
Les fondations se dimensionnent en fonction du poids qu’elles reçoivent, c’est leur rĂ´le principal.
En d’autres termes, nous pouvons lĂ encore imaginer que nos anciens connaissaient parfaitement la notion de portance, et de descente de charge.
Sans ces deux connaissances (nécessitant des règles de calculs précises) aucune construction massive ne peut être pérenne et traverser les âges.
On résume :
- Connaissance de la topologie et de la gĂ©otechnie, c’est un fait.
- Connaissance poussée de la notion de descente de charge.
- Excellente maîtrise des notions de terrassement.
Les notions de drainage :
La notion de drainage ne doit pas ĂŞtre Ă©cartĂ©e, car c’est le drainage qui protège les fondations de l’effet dĂ©lĂ©tère du ruissellement.
Les notions d’aplomb et de faux aplomb :
Sacsayhuaman est l’exemple parfait qui atteste que les anciens connaissait les notions de « soutènement » et de faux aplomb pour maintenir le remblai. Encore une fois, ce sont lĂ des techniques hautement techniques qui ne doivent rien Ă l’empirisme.
La maîtrise des redans : Ingénierie & Savoir faire
Ci-dessus : Redans parfaitement exĂ©cutĂ©s (j’ai tracĂ© le principe en bleu) / CrĂ©dit photo : machutravelperu.com / Lien vers la photo.
Au premier coup d’Ĺ“il, pour un averti, il est parfaitement Ă©vident que les anciens bâtisseurs connaissaient les notions de redans. Un redan n’est pas un « hasard ». On crĂ©e un redan volontairement. Attention, je ne parle pas de refend.
Encore une fois, ce petit dĂ©tail qui parait insignifiant au demeurant m’interpelle. Seul un maçon comprend la nĂ©cessitĂ© d’un redan et voit immĂ©diatement la diffĂ©rence entre un redan naturel et un redan artificiellement exĂ©cutĂ©.
L’Ă©querrage et la pierre angulaire : IngĂ©nierie
De très loin la notion la plus fondamentale en bâtiment, l’Ă©querrage et la pose des pierres angulaires semble cependant peu dĂ©veloppĂ©e par les chercheurs. Or, c’est bien lĂ tout le problème.
Sans une connaissance prĂ©cise et parfaitement maĂ®trisĂ©e de la pierre angulaire, aucune construction n’est possible. C’est le « canevas » prĂ©alable Ă toute construction.
Si la manutention, le levage, la taille ne me posent pas spĂ©cifiquement de problème (sauf pour les mĂ©galithes pesant plusieurs dizaines de tonnes), il en va tout autrement pour la prĂ©cision des calculs d’implantation, d’Ă©querrage et de constance dans le respect des plans.
Ca, je ne me l’explique pas, ni avec les « ombres projetĂ©es », ni avec les autres thĂ©ories officielles. L’Ă©querrage sort du domaine de la stricte compĂ©tence manuelle. Cela reste un mystère en ce qui me concerne.
On ne peut en tirer qu’une seule conclusion : Un savoir s’est perdu.
Lire mon article sur la pierre angulaire.
La manutention des pierres : Savoir faire
Je ne m’explique pas la manutention des pierres cyclopĂ©ennes, mĂŞme si je m’explique parfaitement la manutention des pierres utilisĂ©es Ă Gizeh par exemple. Jusqu’Ă 1 tonne, pour une pierre grossièrement dĂ©bitĂ©e en rectangle, le dĂ©placement et le levage ne pose vĂ©ritablement aucun souci Ă un tailleur.
Ma limite personnelle est 1 tonne, mais j’avoue ne jamais avoir eu l’occasion d’essayer avec des masses plus importantes. J’essaierai de vous en faire la dĂ©monstration dans une vidĂ©o dès que je pourrai me dĂ©gager du temps.
En revanche, ce n’est pas « proportionnel » mais « exponentiel » en terme d’effort et de difficultĂ© passĂ© ce « gabarit » commun Ă tous les peuples, et tous les âges.
Comme je l’Ă©voque dans certains de mes articles, ce format rectangulaire de 800 kg Ă 1 tonne se retrouve Ă©trangement partout, de l’Angleterre jusqu’en AmĂ©rique Latine, et quels que soient les siècles.
Pour rĂ©sumer, 1 tonne ne reprĂ©sente strictement aucun souci de dĂ©placement et de levage pour un maçon. Au delĂ , et je pense plus particulièrement aux mĂ©galithes de Sacsayhuaman (plusieurs tonnes, voir dizaines de tonnes), je n’ai aucune hypothèse sĂ©rieuse.
En l’occurrence, chaque fois que je songe aux linteaux qui font le plafond de la chambre du roi Ă Gizeh, je reste perplexe quant au levage de ces blocs de plusieurs dizaines de tonnes.
Sur ce point, et selon moi, aucune thĂ©orie officielle n’est sĂ©rieuse. Il manque une « clé » sur le plan technique.
En apartĂ©, j’ajouterai que le plus difficile des ouvrages Ă rĂ©aliser pour un maçon n’est pas le gigantisme des pyramides car c’est ce qui saute au yeux, mais bel et bien de garder la constance non pas sur les angles de la pyramide, mais sur le plus discret des ouvrages en prĂ©sence :
Les tunnels d’aĂ©rations (ou conduits).
L’Ă©trange exactitude des niveaux et des arases : IngĂ©nierie & savoir faire
On peut remarquer une constante sur la plupart des Ă©difices, y compris les Ă©difices en pierres cyclopĂ©ennes. Les arases, les traits de niveaux, et les harmonies globales sont d’une grande prĂ©cision et semblent pourtant si simples au premier regard.
Cette prĂ©cision dans la rĂ©alisation des structures est très Ă©tonnante si nous la comparons avec la grossièretĂ© des Ă©difices qu’on rĂ©alise aujourd’hui en maçonnerie.
La théorie de la pierre reconstituée : Faux, je le démontre ici
La théorie de la pierre coulée, ou reconstituée ne tient pas, du simple fait de la notion de coffrage et de résistance des matériaux « au jeune âge ».
La mention « au jeune âge » n’est pas une allĂ©gorie, c’est une notion technique qui dĂ©finit l’obtention de rĂ©sistance d’un matĂ©riaux coulĂ© (en MĂ©gapascal) dans les quelques jours qui suivent son coulage. En d’autres termes, le jeune âge c’est la première Ă©tape du sĂ©chage des mortiers, bĂ©tons, pierres reconstituĂ©es, bĂ©tons cellulaires, etc.
Retenez bien ces deux éléments :
- Coffrage.
- Résistance à la compression au jeune âge.
Le problème du coffrage
Pour couler, que ce soit du mortier, de l’argile (tuiles), du bĂ©ton, ou de la pierre reconstituĂ©e (appuis de fenĂŞtres par exemple), il faut nĂ©cessairement un coffrage.
Ici, inutile d’aller chercher des techniques exotiques : Sans coffrage pas de coulage.
Un coffrage doit être fermé sur 5 côtés : Dessous (fond), et sur les 4 cotés (pour une forme rectangulaire) afin de réaliser un « bloc ».
- Exceptions :
- Couler des arases de niveau sur de la maçonnerie ne nĂ©cessite que 2 cĂ´tĂ©s coffrĂ©s (ceinture d’un bâtiment, rampanage, etc.)
- Couler un linteau ne nécessite que 3 côtés : Dessous, et deux côtés dans la continuité des parpaings.
- Etc.
En revanche, pour couler un « bloc » qui servira de maçonnerie, seuls des coffrages 5 cĂ´tes peuvent ĂŞtre utilisĂ©s, aucune autre hypothèse n’est crĂ©dible.
La maçonnerie doit être homogène :
Tous les blocs doivent faire peu ou proue les mĂŞmes dimensions, sinon il faudra autant de gabarits de coffrage que de pierres Ă couler : C’est un non sens. Le bois de coffrage, aujourd’hui encore très coĂ»teux, ne peut en aucun cas (pour des raisons simples de disponibilitĂ©) ĂŞtre hĂ©tĂ©rogène.
La maçonnerie doit être rectiligne :
Les blocs ne peuvent pas ĂŞtre coulĂ©s en « galbe » car lĂ encore, les gabarits seraient plus difficiles Ă rĂ©aliser que de simplement tailler la pierre. En outre, le galbe suppose des moments de forces bien plus difficile Ă contraindre qu’un coffrage rectangulaire.
Le coffrage ne doit pas exploser :
Couler, ce n’est pas juste faire des seaux de sable au bord de la plage. Si vous avez dĂ©jĂ coulĂ© une fois des murs Ă bancher, vous aurez peut ĂŞtre vĂ©cu l’extraordinaire expĂ©rience des banches qui « lâchent ». La pression exercĂ©e par les granulats est telle, que mĂŞme des coffrages techniques solides arrivent Ă exploser.
Le coffrage doit être retiré après séchage :
Enfin, un coffrage est censĂ© ĂŞtre retirĂ©. Si les anciens bâtisseurs avaient utilisĂ©s des coffrages pour les cas ci-dessus, il serait alors impossible de les retirer après sĂ©chage. Cela existe, cela s’appelle un coffrage perdu. Dans notre cas, nous voyons bien qu’aucun coffrage perdu n’est visible.
Le problème du jeune âge
Le problème du jeune âge invalide de fait toutes les hypothèses de pierre coulĂ©e ou reconstituĂ©e. Les matĂ©riaux n’atteignant leur rĂ©sistance nĂ©cessaire au jeune âge, les empiler avant le sĂ©chage complet induirait un effondrement des blocs. La thĂ©orie selon laquelle les blocs seraient coulĂ©s puis adossĂ©s pour qu’ils prennent chacun le contour prĂ©cis de l’autre est donc erronĂ©e.
- Soit vous coulez, donc vous attendez le séchage définitif et par conséquent, vous ne pouvez pas amalgamer les joints et les formes.
- Soit vous coulez et vous tentez d’amalgamer les blocs et l’Ă©difice s’effondre, car le sĂ©chage ne sera pas accompli.
Inutile de rĂ©flĂ©chir dans cette hypothèse, la pierre coulĂ©e ou reconstituĂ©e n’est pas valide.
La question de la taille des pierres : Savoir faire
Pierre multi angulaire / Sacsayhuaman / Crédit photo : Peru.info / Lien vers la photo.
La question de la taille des pierres n’est pas un problème de technique, mais de connaissance et de maĂ®trise de l’art. Si nous nous posons aujourd’hui cette question, c’est tout bonnement parce que nous avons oubliĂ© les bonnes mĂ©thodes, et non que ces mĂ©thodes sortent tout droit d’une mystĂ©rieuse civilisation exogène.
Je prendrai le contrepied d’Etienne Klein qui lors d’une de ses confĂ©rences affirme que « avant » c’Ă©tait pas mieux, en affirmant pour ma part que avant c’est mieux fait en tout cas. Le temps corrompt les connaissances et les techniques (c’est mon avis personnel).
Laissez ChatGpt Ĺ“uvrer pendant 10 ans, et vos enfants ne sauront mĂŞme plus faire un trou dans une feuille de papier. C’est dit.
Par consĂ©quent la taille des pierres ne me pose personnellement aucun souci particulier. Il s’agit de savoir calepiner, tabletter, et reporter.
Or, ces trois techniques sont parfaitement maĂ®trisĂ©es depuis des siècles, et il n’y a rien lĂ de plus que du temps passĂ© Ă l’ouvrage et le perfectionnement de son art.
La consistance même de mon propos se retrouve dans les propos des détracteurs du savoir et théoriciens de découpe « laser » : « Les anciens ne pouvaient pas se permettre de lever une pierre, vérifier la taille, puis la redescendre pour la retailler etc. »
En effet, c’est très juste. Aucune ambiguĂŻtĂ© sur ce constat. Par consĂ©quent, la première taille Ă©tait la bonne.
La première chose qu’on apprend dans le bâtiment, c’est de ne pas s’y reprendre Ă deux fois pour rĂ©aliser un ouvrage. Un de mes formateurs Anglais, illustre charpentier, me disait toujours : « Mesure twice, cut one » (mesure deux fois, mais ne fais qu’une seule coupe).
Par consĂ©quent, la rĂ©ponse est dans la question. Si les anciens ne pouvaient pas se permettre de lever, descendre, relever, redescendre les pierres, c’est justement parce qu’ils connaissaient parfaitement les techniques de REPORT et que les pierres Ă©taient parfaitement dĂ©lardĂ©es avant leur mise en place.
Biais cognitif rĂ©current : Le nombre d’angles (voir ma photo ci-dessus)
En outre, il y a un bien cognitif très important en ce qui concerne les mĂ©galithes anciens, celui du nombre d’angles.
Les thĂ©oriciens supposent que c’Ă©tait parfaitement impossible de gĂ©nĂ©rer des tailles multi-angulaires parfaites, or dans la rĂ©alitĂ©, c’est un constat trompeur.
Encore une fois, c’est notre regard qui est trompĂ© par l’extravagance des Ă©difices.
Une pierre qui dispose de 3, 4, 5 ou 6 angles dĂ©lardĂ©s, n’oppose ces angles qu’aux pierres adjacentes. Autrement dit, pour chaque pierre rĂ©ellement au contact, ce ne sont que 1 ou deux angles qui sont opposĂ©s. La technique du report permet très largement ce dĂ©lardement sans poser aucune difficultĂ© Ă n’importe quel tailleur de pierre.
Si vous observez la photo ci-dessus (en tête du paragraphe), vous noterez que les pierres adossées ne sont taillées que sur 1 ou 2 angles maximum de la pierre principale. Celles qui viendront au dessus et aux côtés de ces dernières le seront également, et ainsi de suite.
Autrement dit, chaque pierre ne nĂ©cessite que 2 tailles, et non 10 ou 12 comme j’ai pu l’entendre par ailleurs. Ce n’est pas de la tomette, on ne pose pas les pierres en enclave (ce qui pour le coup serait de la magie), mais les unes au dessus des autres. Autrement dit, c’est la pierre du dessus qui sera taillĂ©e, et ainsi de suite.
La connaissance en RDM : Ingénierie
Crédit photo : salkantaytrekking.com / Cusco / Lien vers la photo.
La « RDM » est l’acronyme courant que l’on utilise dans le bâtiment pour dĂ©finir la science de calcul de la RĂ©sistance Des MatĂ©riaux (RDM).
1. Sans aucune connaissance de RDM et sans expĂ©rience empirique, un ouvrage tiendra d’une semaine, Ă quelques annĂ©es tout au plus. Notamment en ce qui concerne les linteaux, les ceintures (ou clĂ©s en ce qui nous concerne), et les aplombs.
Un linteau mal dimensionnĂ© peut casser dans les quelques heures qui suivent sa mise en place, mĂŞme s’il n’y a aucun poids dessus. C’est une question d’Ă©lasticitĂ© (module de Young), de cisaillement, et de flèche.
Lire mon article sur le linteau.
2. Il est tout Ă fait concevable de bâtir sans connaissance de rĂ©sistance des matĂ©riaux, un Ă©difice qui durera quelques dĂ©cennies. Notamment lorsqu’on travaille sur des matĂ©riaux non soumis (ou peu) au cisaillement et aux efforts tranchants : Le bois par exemple.
Cependant, ces Ă©difices ne rĂ©sistent jamais bien plus longtemps, et ils auraient aujourd’hui totalement disparus.
3. Sans notion très poussée de RDM (Résistance Des Matériaux), il sera très difficile (voir impossible) de bâtir un édifice qui dépassera le siècle.
Conclusion : Pour traverser le temps, les siècles, et parvenir jusqu’Ă nous, ces Ă©difices ont nĂ©cessairement Ă©tĂ© bâti par des ingĂ©nieurs aux connaissances pointues en rĂ©sistance des matĂ©riaux. La part de rĂŞve et de mystère n’est donc pas « comment » ont-ils pu faire, mais « à quel point » Ă©taient riches leurs connaissances de la physique des matĂ©riaux.
Je ne me l’explique pas.
Et les « petits bitonniaux » alors ? Savoir faire & Ingénierie
Les « petits bitonniaux » ou « poignĂ©es » ou bien encore « protubĂ©rances » sur les pierres intriguent absolument tous les chercheurs. Bien, c’est encore heureux que nous gardions une part de rĂŞve et de mystère dans tout ça.
Cherchez le centre de gravité des pierres, et vous comprendrez sans aucun doute possible leur utilité.
J’espère pouvoir faire une vidĂ©o sur ce point, mais le temps me manque et si je le peux, ce sera dans le cadre d’un projet de construction. J’aimerai construire une petite tiny house (ou studio de jardin) pour faire un time lapse, sur un projet très pragmatique que j’ai conçu.
Or cette dernière devra prendre son assise sur les gros blocs de pierre, ce sera l’occasion d’expliquer le levage, la taille etc.
Ces poignées ne sont effectivement pas là par hasard, et leur rôle est essentiellement axé sur le transport et le déplacement des pierres. Attention, pas nécessairement pour le levage, comprenons nous bien. Je parle de déplacement horizontal. Ils ont également un rôle lors de la présentation des pierres (le moment où les pierres sont définitivement posées en place).
Ce sont, selon moi, des « RIGs ».
Pour conclure :
Les mystères demeurent, et c’est tant mieux. Nous devons rĂŞver, nous devons nous questionner, c’est le meilleur des jeux intellectuels. En revanche, mĂŞme si je m’explique parfaitement certains actes techniques, d’autres demeurent des vĂ©ritables mystères.
- Taille des pierres : No problème, juste un biais cognitif.
- Levage des pierres : Oui jusqu’Ă 1 Ă 2 tonnes, très facilement pour 2 Ă 3 individus.
- Levage des pierres de plusieurs dizaines de tonnes : Aucune explication rationnelle, et surtout pas les dessins et croquis techniques que j’ai pu voir dans les articles. Ca dĂ©passe l’entendement.
- Pierre coulĂ©e ou reconstituĂ©e : C’est inconcevable en terme technique et en terme d’Ă©conomie du bâtiment.
- Connaissance de la rĂ©sistance des matĂ©riaux : Aucun doute, les anciens maĂ®trisaient parfaitement la RDM, Ă un niveau d’ingĂ©nierie.
- Maîtrise des notions de terrassement, de soutènement, de drainage et de nivellement : Ce semble évident non ?
- Connaissance des moments de forces : Vu plus haut, c’est inconcevable et pourtant, c’est factuel !
De quoi nous faire rĂŞver encore un peu, tous ces Ă©lĂ©ments, du moins lorsqu’on aborde le « bâti », devraient ĂŞtre proposĂ©s Ă la rĂ©flexion des bâtisseurs avant tout ! Je ne referme pas ce dossier, car de nombreuses autres questions restent en suspend.
Merci Ă vous.
Serge USTUN.






Et voilĂ donc la suite tant attendue, pile dans le timing promis, merci Serge ! Super intĂ©ressant. En plus, il va dans le sens que j’espĂ©rais. Ă€ savoir : une sorte de 3e voie, entre les tenants de la « raison » et ceux de la « science-fiction » (enfin c’est moi qui le dis comme ça, ils ne seraient peut-ĂŞtre pas d’accord). Un petit peu usĂ©e de voir leurs querelles de clocher, j’apprĂ©cie votre point de vue : oui, plein de choses sont finalement bien explicables, et oui aussi, certains points demeurent difficiles Ă expliquer. Comme quoi, avoir une vision nuancĂ©e sans « choisir un camp », c’est possible. On prend alors vos explications, et on continue Ă rĂŞver sur les mystères ^^
Bonne fin d’annĂ©e !
Julie
Merci beaucoup ! Très intéressant en effet.Bonnes fêtes !