Face à la montée des températures estivales, les toitures thermo-réfléchissantes s’imposent progressivement comme une solution passive crédible pour améliorer le confort d’été des bâtiments. Mais entre promesses marketing et réalités techniques, ces procédés nécessitent un cadre clair. Le guide publié par le CSTB en janvier 2026 apporte enfin des repères précis pour les professionnels du bâtiment.
Principes, domaines d’emploi, exigences de mise en œuvre et limites : Tour d’horizon d’une solution à manier avec méthode.
Toitures thermo-réfléchissantes : comprendre les enjeux, les solutions et le cadre technique.
Avant propos
Face à la multiplication des vagues de chaleur et à la pression croissante sur le confort d’été des bâtiments, les solutions passives reviennent au premier plan. Parmi elles, les toitures thermo-réfléchissantes, aussi appelées cool roofs, suscitent un intérêt croissant chez les maîtres d’ouvrage, concepteurs et entreprises.
Mais que recouvrent réellement ces systèmes ? Quelles sont leurs performances, leurs limites, et surtout dans quel cadre technique peuvent-ils être mis en œuvre aujourd’hui en France ?
Le guide technique d’évaluation des toitures thermo-réfléchissantes, publié par le CSTB en janvier 2026, apporte un éclairage structurant. Décryptage.
A consulter ou télécharger ici : Site du CSTB / Guide.
Pourquoi s’intéresser aux toitures thermo-réfléchissantes ?
Un enjeu climatique et urbain majeur.
Dans un contexte de réchauffement climatique, la maîtrise des surchauffes estivales devient un enjeu central pour le bâtiment. Les toitures sont particulièrement exposées au rayonnement solaire et peuvent atteindre des températures de surface très élevées, contribuant :
- à l’inconfort thermique des locaux situés sous toiture,
- à l’augmentation des besoins de climatisation,
- à l’amplification des îlots de chaleur urbains.
Les toitures thermo-réfléchissantes constituent une solution passive, agissant directement sur le rayonnement solaire sans recourir à des équipements énergivores.
Lire mon article sur le cool roofing.
Le principe de fonctionnement : réfléchir plutôt qu’absorber
Une toiture thermo-réfléchissante repose sur deux propriétés physiques essentielles :
1. La réflectance solaire
Elle correspond à la capacité d’une surface à renvoyer le rayonnement solaire incident, dans le spectre visible mais aussi infrarouge. Plus la réflectance est élevée, moins la toiture absorbe d’énergie.
2. L’émissivité thermique
Elle traduit la capacité d’un matériau à évacuer la chaleur accumulée sous forme de rayonnement infrarouge lointain.
👉 La combinaison de ces deux propriétés permet de réduire significativement la température de surface de la toiture, et par ricochet les flux thermiques transmis au bâtiment.
Lire notre article sur l’effet Albedo. « Pourquoi peindre son toit en blanc ? ».
Trois grandes familles de procédés
Le guide du CSTB distingue trois catégories principales de solutions thermo-réfléchissantes, utilisables en construction neuve comme en rénovation.
1. Les revêtements d’étanchéité thermo-réfléchissants
Il s’agit de membranes d’étanchéité dont la face supérieure présente des caractéristiques réfléchissantes. On retrouve notamment :
- des membranes bitumineuses auto protégées par granulats clairs,
- des membranes bitumineuses à protection métallique,
- des membranes synthétiques,
- des systèmes d’étanchéité liquide (SEL).
Domaines d’emploi :
Toitures-terrasses inaccessibles, zones techniques, toitures photovoltaïques, en climat de plaine comme de montagne (sous conditions).
2. Les éléments de couverture thermo-réfléchissants
Ici, la performance réfléchissante est intégrée directement dans l’élément de couverture :
- plaques nervurées en acier pré-laqué clair,
- panneaux sandwich métalliques,
- Tôles métalliques, couvertures métalliques spécifiques aux climats tropicaux ou cycloniques.
Ces solutions sont courantes dans le tertiaire, l’industriel et les bâtiments logistiques, où les grandes surfaces de toiture renforcent l’intérêt de la démarche.
3. Les peintures thermo-réfléchissantes
Appliquées sur une étanchéité existante (bitume ou PVC-P), ces peintures constituent une solution de rénovation légère, souvent attractive en coût et en rapidité de mise en œuvre.
⚠️ Elles nécessitent cependant une vigilance particulière sur :
- la compatibilité avec le support,
- la sécurité incendie,
- la réparabilité de l’étanchéité,
- la durabilité dans le temps.
Lire mon article sur Thermostria.
Un cadre de mise en œuvre strictement encadré
Contrairement à certaines idées reçues, les toitures thermo-réfléchissantes ne relèvent pas du « simple coup de peinture blanche ». Le guide insiste fortement sur le respect des règles de l’art existantes.
DTU, ATec, ATEx : des références incontournables
La mise en œuvre doit systématiquement s’appuyer sur :
- les DTU de la série 43 (étanchéité) ou 40 (couverture),
- Ou, à défaut, sur des Avis Techniques (ATec), Documents Techniques d’Application (DTA) ou ATEx.
Le guide ne crée pas un nouveau référentiel autonome : il s’inscrit dans l’écosystème normatif existant et précise les attentes spécifiques liées au caractère thermo-réfléchissant.
On valide à 100% cette démarche, au sein de la rédaction.
Sécurité incendie : un point de vigilance majeur
L’un des apports clés du guide concerne la tenue au feu.
Pour les toitures apparentes, un classement BROOF(t3) valide est indispensable, et doit porter sur l’ensemble du complexe de toiture, pas uniquement sur le revêtement ou la peinture.
Point d’attention important :
👉 L’application d’une peinture thermo-réfléchissante sur une toiture existante peut invalider un classement feu antérieur, sauf si un nouveau procès-verbal couvre le complexe modifié.
C’est un point primordial pour les bâtiments ERP, ICPE ou soumis à des exigences spécifiques.
Entretien et durabilité : la face cachée des performances
L’impact de l’encrassement
Les performances thermo-réfléchissantes ne sont pas figées dans le temps. Pollution atmosphérique, poussières, mousses ou dépôts organiques peuvent dégrader la réflectance.
Le guide insiste donc sur la nécessité :
- d’un entretien régulier,
- de méthodes de nettoyage adaptées (sans haute pression),
- de produits compatibles avec la réglementation sanitaire.
Une durabilité évaluée par des essais rigoureux :
Pour les peintures thermo-réfléchissantes en particulier, le guide détaille une batterie d’essais exigeants :
- adhérence sur différents supports,
- vieillissement à la chaleur,
- résistance aux UV,
- comportement à l’eau stagnante,
- cycles gel-dégel en climat de montagne.
Ces essais visent à garantir que la solution ne dégrade ni l’étanchéité, ni la réparabilité, ni la sécurité de l’ouvrage.
Quelles performances thermiques aujourd’hui ?
Pas de seuil réglementaire en France métropolitaine.
À ce jour, il n’existe pas de valeur seuil réglementaire définissant une toiture thermo-réfléchissante en France métropolitaine. Les valeurs de réflectance et d’émissivité servent principalement de données d’entrée pour les calculs thermiques (facteur solaire de la paroi).
👉 Chaque projet doit donc faire l’objet d’une étude spécifique, souvent via une simulation thermique dynamique.
Un cadre plus contraint dans les DROM :
Dans les départements d’outre-mer, la réglementation thermique impose un facteur solaire de toiture ≤ 3 %, ce qui rend les solutions réfléchissantes particulièrement pertinentes… tout en soulignant les limites des méthodes de calcul actuelles.
Quel rôle dans la lutte contre les îlots de chaleur urbains ?
Les toitures thermo-réfléchissantes sont souvent présentées comme un levier contre les îlots de chaleur urbains (ICU). Le guide adopte une position prudente et scientifique :
- l’impact existe potentiellement,
- mais il dépend fortement de l’échelle (bâtiment, quartier, ville),
- et des interactions complexes avec l’environnement urbain.
👉 À ce stade, aucun indicateur simple et universel ne permet de quantifier cet effet.
Ce qu’il faut retenir pour les professionnels
✔️ Les toitures thermo-réfléchissantes sont une solution passive crédible, mais pas universelle.
✔️ Leur efficacité dépend fortement du contexte du projet (usage, climat, isolation, surface de toiture).
✔️ La mise en œuvre et la durabilité sont aussi importantes que la performance initiale.
✔️ Le guide CSTB apporte un cadre technique clair, indispensable pour sécuriser les pratiques et éviter les dérives commerciales.
En conclusion
Les toitures thermo-réfléchissantes ne sont ni une solution miracle, ni un simple effet de mode. Elles constituent un outil supplémentaire dans la boîte à outils du confort d’été, à condition d’être bien comprises, bien prescrites et bien mises en œuvre.
Avec ce guide, le CSTB pose les bases d’une reconnaissance technique encadrée, étape indispensable pour une diffusion maîtrisée de ces solutions dans le paysage du bâtiment français.
Encadré pratique n°1 – Toiture thermo-réfléchissante : de quoi parle-t-on exactement ?
👉 Une toiture thermo-réfléchissante n’est pas seulement une toiture claire.
Elle se caractérise par deux propriétés mesurables :
- Réflectance solaire : part du rayonnement solaire renvoyée par la surface.
- Émissivité thermique : capacité à évacuer la chaleur sous forme de rayonnement infrarouge.
🎯 Objectif : limiter l’échauffement de la toiture et réduire les flux thermiques vers le bâtiment, sans modifier la structure ni l’isolation existante.
Encadré pratique n°2 – Les 3 grandes familles de solutions
✔ Revêtements d’étanchéité thermo-réfléchissants :
Membranes bitumineuses ou synthétiques intégrant directement une finition réfléchissante.
➡ Solution pérenne, intégrée dès la conception ou en réfection lourde.
✔ Éléments de couverture thermo-réfléchissants :
Bacs acier, panneaux sandwich ou tuiles métalliques clairs.
➡ Particulièrement adaptés aux bâtiments industriels, logistiques et tertiaires.
✔ Peintures thermo-réfléchissantes :
Appliquées sur une étanchéité existante (bitume ou PVC-P).
➡ Solution rapide et économique, mais techniquement exigeante (compatibilité, entretien, feu).
Encadré pratique n°3 – Les points de vigilance à ne pas négliger
⚠️ Sécurité incendie
- Le classement BROOF(t3) doit porter sur l’ensemble du complexe de toiture.
- Une peinture appliquée sur une toiture existante peut annuler un classement feu antérieur.
⚠️ Durabilité réelle
- L’encrassement dégrade les performances dans le temps.
- Un entretien régulier est indispensable (sans jet haute pression).
⚠️ Réparabilité de l’étanchéité
- Les zones sensibles (relevés, évacuations, joints) ne doivent pas être peintes.
- La capacité de retrait de la peinture est un critère clé.
Encadré pratique n°4 – Ce que dit (et ne dit pas) la réglementation
📌 France métropolitaine
- Pas de seuil réglementaire définissant une toiture thermo-réfléchissante.
- Les performances servent de données d’entrée aux études thermiques (facteur solaire).
📌 DROM
- Facteur solaire de toiture exigé ≤ 3 %.
- Intérêt fort des solutions réfléchissantes, mais méthodes de calcul encore perfectibles.
📌 À retenir
👉 Aucune performance forfaitaire ne peut être revendiquée sans étude spécifique du projet.
Merci pour vos lectures et bon chantier.
Serge USTUN.

