Piscine et retrait-gonflement des argiles (RGA) : comprendre le risque et bien construire
Le RGA, un phénomène qui n’épargne pas les piscines
Le retrait-gonflement des argiles (RGA) est un mouvement de terrain provoqué par les variations d’humidité des sols argileux : ces sols se rétractent en période de sécheresse et gonflent lorsque l’eau revient. Ce phénomène, amplifié par le changement climatique, est aujourd’hui le premier poste d’indemnisation « catastrophe naturelle » en France pour les maisons individuelles, avec un coût moyen de sinistre estimé à environ 16 500 euros et des montants indemnisés qui sont passés d’environ 375 millions d’euros par an entre 1995 et 2015 à près de 1,5 milliard d’euros par an sur 2018-2022.
Avant propos
On parle surtout du RGA à propos des maisons, mais une piscine enterrée est tout aussi exposée : c’est une structure lourde et rigide (dans le cas du béton) ou légère et souple (dans le cas d’une coque), posée dans une fosse remblayée, au contact direct et permanent d’un sol dont le comportement change avec les saisons. Contrairement à une maison, une piscine est en plus en interaction constante avec l’eau : remplissage, vidanges partielles, arrosage des abords, débordements — autant de facteurs qui modifient localement l’humidité du sol et peuvent accentuer les mouvements différentiels.
Pourquoi les piscines sont particulièrement vulnérables au risque RGA ?
Plusieurs caractéristiques rendent le risque RGA spécifique aux bassins :
- Une fosse profonde et un remblai périphérique. Le terrassement crée une zone remaniée autour du bassin, où le sol n’a pas la même compacité que le terrain naturel. Ce remblai réagit différemment à l’humidité.
- Un déséquilibre hydrique local. La piscine elle-même retient l’humidité en profondeur pendant que les abords (terrasse, pelouse) peuvent s’assécher fortement l’été, créant un gradient d’humidité qui favorise les mouvements différentiels du terrain.
- Des équipements annexes sensibles. Terrasses, margelles, plages et locaux techniques sont souvent solidaires du bassin ou proches de lui ; un tassement différentiel peut désolidariser ces éléments et provoquer fissures ou décalages, même si le bassin lui-même tient bon.
- Des désordres parfois masqués. Une fuite consécutive à une fissure peut elle-même aggraver localement le phénomène en apportant de l’eau au sol, créant un cercle vicieux difficile à diagnostiquer.
Que dit la réglementation ?
La loi ELAN du 23 novembre 2018 (article 68) et l’ordonnance n° 2022-1076 du 29 juillet 2022 ont rendu obligatoire, dans les zones d’aléa RGA moyen ou fort, la réalisation d’une étude géotechnique préalable (étude G1) lors de la vente d’un terrain constructible, puis d’une étude géotechnique de conception (étude G2) avant la construction — mais ces obligations concernent formellement les bâtiments d’habitation neufs (maisons individuelles et petits collectifs de deux logements maximum), pas les piscines en tant que telles.
Lire notre article sur l’étude de sol G2.
En pratique, cela a deux conséquences importantes à connaître :
- Une piscine n’est pas légalement soumise à l’obligation d’étude de sol RGA, même construite en zone à risque. Vous ne serez donc pas bloqué administrativement si vous n’en faites pas réaliser une.
- C’est pourtant fortement recommandé, et de plus en plus systématiquement exigé par les pisciniers sérieux et les assureurs. Un sinistre RGA sur une piscine construite sans étude de sol en zone à risque connu est beaucoup plus difficile à faire indemniser, et la responsabilité du constructeur peut être écartée s’il peut démontrer que le client a refusé une étude qu’il avait proposée.
Vous pouvez vérifier gratuitement le niveau d’aléa RGA de votre parcelle sur le site Géorisques (georisques.gouv.fr) ou via la carte du BRGM (argiles.fr), qui classent le territoire en aléa faible, moyen ou fort.
L’étude de sol : quel type choisir pour une piscine ?
Les missions géotechniques sont normalisées (norme NF P 94-500) et se déclinent en plusieurs niveaux :
- G1 (étude de site) : donne une première vision du contexte géologique et des risques généraux (argile, remblai, nappe). C’est le niveau exigé pour la vente d’un terrain constructible.
- G2 (étude de conception) : c’est le niveau pertinent pour une piscine. Elle comprend des sondages et essais réalisés spécifiquement sur la zone d’implantation du bassin, et débouche sur des préconisations concrètes : profondeur d’ancrage, type de fondation (radier, plots, pieux), nécessité d’un drainage, comportement attendu du remblai.
- G3/G4 : missions de suivi d’exécution, généralement inutiles pour une piscine de particulier sauf projet complexe (terrain en forte pente, présence de nappe, sol très hétérogène).
Comptez en moyenne 2 000 à 2 500 euros pour une étude G2 dédiée à un projet de piscine, un coût minime comparé à celui d’une reprise en sous-œuvre après sinistre (qui peut atteindre plusieurs dizaines de milliers d’euros). L’étude doit notamment répondre aux exigences de l’arrêté du 22 juillet 2020 lorsqu’elle s’inscrit dans le cadre réglementaire ELAN, même si son usage est ici volontaire.
Un point de vigilance signalé par des professionnels du secteur : les préconisations d’une étude G2 (notamment sur le drainage périphérique) sont parfois formulées de façon peu détaillée ou peu contraignante ; il est utile de faire préciser par écrit, avec le géotechnicien, les points concrets d’exécution (profondeur du drain, matériaux, raccordement) plutôt que de se contenter d’une recommandation générale.
Quel type de piscine choisir en zone à risque RGA ?
C’est le point sur lequel circulent le plus d’avis contradictoires — en partie parce que chaque fabricant valorise naturellement sa propre technologie. Il faut donc lire les argumentaires commerciaux avec un peu de recul. Voici les deux grandes familles et leurs arguments respectifs, tels qu’on les trouve dans la littérature technique et commerciale du secteur.
Piscine coque polyester (monobloc)
Arguments en sa faveur : la coque est une structure moulée d’un seul tenant, dotée d’une légère flexibilité propre au matériau composite. Cette souplesse relative lui permettrait de mieux accompagner de petits mouvements de terrain sans se fissurer, contrairement à un matériau rigide. Le remblai en gravier concassé qui l’entoure joue en outre un rôle d’amortisseur autour de la structure. Certains fabricants avancent des ratios de résistance à la déformation nettement supérieurs à ceux d’une structure béton classique.
Limites et conditions : cet avantage de souplesse ne fonctionne que si la mise en œuvre est irréprochable : radier parfaitement plan et stable, remblai drainant bien maîtrisé, éventuellement puits de décompression en cas de nappe proche. Une coque posée sur un support qui bouge de façon importante ou hétérogène peut malgré tout se déformer ou se désolidariser localement.
Piscine béton (parpaing, béton banché ou béton armé projeté)
Arguments en sa faveur : structure lourde, monolithique et fortement armée, la piscine béton est perçue par de nombreux professionnels comme la solution la plus robuste face aux mouvements de sol importants, à condition d’être posée sur des fondations dimensionnées pour cela (radier armé épais, voire fondations profondes). Elle permet aussi d’adapter précisément la conception (forme, ferraillage, profondeur d’ancrage) aux préconisations exactes de l’étude de sol, ce qu’une coque standardisée ne permet pas toujours.
Limites : une structure rigide « encaisse » moins bien un tassement différentiel non anticipé : si les fondations ne sont pas correctement dimensionnées, le béton peut se fissurer, et les réparations sont alors plus lourdes et coûteuses qu’une simple reprise de coque. Le chantier est aussi plus long et plus cher à l’installation.
En résumé
Il n’existe pas de réponse universelle « la coque est meilleure » ou « le béton est meilleur » : le facteur déterminant n’est pas tant le matériau de la piscine que l’adéquation entre le mode de fondation retenu et les préconisations de l’étude de sol. Une coque bien posée sur un radier et un drainage adaptés à un aléa moyen peut très bien se comporter ; un béton mal fondé sur un aléa fort peut se fissurer. Sur un aléa fort avéré, beaucoup de géotechniciens et de constructeurs orientent vers une conception béton armé avec fondations profondes (plots ou pieux ancrés sous la profondeur d’influence des variations hydriques), précisément parce qu’elle permet un dimensionnement sur mesure.
Les piscines hors-sol ou semi-enterrées ne sont pas à l’abri non plus : même sans excavation importante, la structure repose sur un sol qui continue de subir des variations de volume saisonnières, et un massif ou une dalle de pose mal dimensionnée peut basculer ou se fissurer.
Les solutions techniques de prévention
Quel que soit le type de bassin retenu, plusieurs dispositifs techniques permettent de limiter le risque, et sont généralement prescrits par l’étude de sol en zone d’aléa moyen à fort :
- Fondations adaptées à la profondeur hors influence des variations hydriques : radier armé renforcé, ou fondations semi-profondes (plots, puits) voire profondes (pieux) ancrées dans une couche de sol stable, sous la zone où l’argile est sensible aux variations saisonnières d’humidité (généralement entre 1,20 m et plus de 2 m selon les sites).
- Drainage périphérique : un drain placé en pourtour du bassin évacue les eaux d’infiltration et limite les variations d’humidité brutales au contact des fondations. Il doit être raccordé à un exutoire fonctionnel et respecter les prescriptions du DTU 20.1 (annexe C).
- Puits de décompression : utile en présence de nappe phréatique proche, pour éviter la poussée hydrostatique sur une structure vide (coque notamment).
- Géomembrane ou géotextile de protection horizontale : posée sous la construction, elle limite la dessiccation du sol argileux en été et l’infiltration excessive en hiver, réduisant l’amplitude des variations de volume.
- Désolidarisation des éléments annexes : plages, margelles et terrasses doivent être posées avec un joint de désolidarisation par rapport au bassin, afin qu’un mouvement différentiel de l’un n’entraîne pas de fissure sur l’autre. Une terrasse béton coulée solidairement au bassin, sans joint, est une erreur fréquente et coûteuse.
- Remblai maîtrisé : un remblaiement en matériau granulaire drainant (concassé, grave) autour du bassin, correctement compacté par couches, limite les tassements et facilite l’évacuation de l’eau plutôt que sa stagnation contre la structure.
Limiter les variations d’humidité autour du bassin après construction
La prévention ne s’arrête pas au chantier. Quelques bonnes pratiques réduisent le risque sur la durée :
- Éviter de planter de grands arbres (peupliers, saules, chênes…) trop près du bassin : leurs racines peuvent assécher fortement le sol argileux en été sur plusieurs mètres et accentuer le retrait.
- Maintenir une humidité aussi stable que possible aux abords immédiats en période de sécheresse prolongée (arrosage raisonné), sans pour autant détremper le sol.
- Vérifier régulièrement l’absence de fuite sur le réseau hydraulique et le système de filtration : une fuite chronique, même mineure, peut localement déséquilibrer l’humidité du sol pendant des mois sans être détectée.
- Assurer l’entretien des drains et des évacuations d’eaux pluviales à proximité du bassin, pour éviter toute stagnation contre les fondations.
Que faire en cas de fissures ou d’affaissement déjà constatés ?
Si des désordres apparaissent (fissures sur la structure, dallage qui se soulève ou s’affaisse, décalage entre la plage et le bassin), quelques repères utiles :
La garantie décennale peut couvrir la structure du bassin lui-même si elle est liée à un défaut de construction, mais elle ne couvre généralement pas les éléments annexes comme le dallage ou la terrasse, souvent traités comme des aménagements extérieurs.
Lire notre dossier sur la garantie décennale pisciniste.
Selon l’ampleur et la cause du désordre, les solutions vont de l’injection de résine expansive sous les zones affaissées (technique de plus en plus utilisée, plus rapide et moins coûteuse qu’une reprise en sous-œuvre classique) à des interventions plus lourdes de reprise de fondations dans les cas les plus sévères.
Une expertise (par un géotechnicien ou un expert en bâtiment spécialisé RGA) est indispensable avant toute réparation, pour identifier la cause réelle du désordre — RGA, défaut d’exécution, fuite de réseau — et éviter de traiter un symptôme sans traiter la cause.
En cas de sécheresse reconnue comme catastrophe naturelle par arrêté ministériel, une déclaration de sinistre auprès de votre assurance multirisque habitation (garantie Cat Nat) peut ouvrir droit à indemnisation, mais la couverture des piscines et de leurs abords dans ce cadre reste souvent limitée : il convient de vérifier les conditions précises de votre contrat.
Checklist avant de construire une piscine en zone argileuse
1. Consulter la carte d’aléa RGA de votre commune sur Géorisques ou argiles.fr.
2. Si l’aléa est moyen ou fort, faire réaliser une étude géotechnique de type G2 dédiée à l’implantation de la piscine, même si elle n’est pas légalement obligatoire.
3. Choisir le type de structure (coque ou béton) et le mode de fondation en fonction des préconisations précises de l’étude de sol, pas uniquement sur la base d’un argumentaire commercial.
4. Exiger un descriptif technique détaillé du drainage périphérique et de la nature du radier dans le devis du constructeur.
5. Prévoir des joints de désolidarisation entre le bassin et tous les éléments annexes (terrasse, margelles, plages).
6. Après construction, surveiller les abords, limiter les plantations d’arbres proches et entretenir le drainage.
Merci pour vos lectures et bon chantier.
Serge USTUN.

